ACTE TROISIÈME
KARLOO.
Que les chaînes, monsieur le Duc, soient retirées cette nuit à tous les abords de l'hôtel de ville...
ALBE
Et si je reluse?...
KARLOO.
Alors, que Votre Excellence ne me demande plus mes armes, et qu'elle prenne tout de suite ma tête!... c'est plus simple.
RAF AELE, à son père.
Il a raison, mon pèrel
ALBE
Noircarmes, voyez-vous quelque difficulté à ce que l'on demande?
NOIRCARMES.
Mais non, Monseigneur, — pour une nuit....
ALBE
Eh bien, soit, et laissez-moi I
Karloo salue et va pour sortir.
RAFAELE, vivement, à mi-voix.
Mon père, pas encore...
ALBE, haut.
Attendez !... (a Rafaëie.) Quoi donc?...
RAFAËLE.
Je VOUS en prie, rendez-lui son épée : Rien n'est humiliant pour un soldat, comme d'être désarmé.
ALBE
Petite folle. Un soldat de la milice qui ne sait pas seulement s'en servir I
RAFAËLE.
Oh! que si 1
Qu'en sais-tu?
RAFAtLE.
C'est que je l'ai vu à l'œuvre.
ALBE
Où donc?
RAFAËLE.
Ce jour OÙ je suis allée au couvent de Groenendaal, vous savez, mon père,... où l'on m'a insultée, en me jetant des pierres?
ALBE
Oui. les bandits!
RAFAËLE.
Celui qui m'a si bien défendue...
ALBE
C'est lui?
RAFAÉLE.
C'est lui!
ALBE
Ah! vive-Dieu! que ne le disais-tu!... à la bonne heure! (Haut, très gracieusement.) Capitaine, approchcz, je vous prie. (Karloo redescend.) Voici une dame qui, à ce que j'apprends, vous a quelque obligation.
KARLOO.
Monsieur le Duc, je n'ai fait que mon devoir, qui est de protéger toute femme insultée.
Et moi, seigneur Karloo, je fais mon devoir de femme, qui est de m'en souvenir.
ALBE
Karloo!... mais je connais ce nom-là... Capitaine, n'étiez-vous pas à Gravelines?