‹ Partus AncillaeChapitre 3 sur 75 · LUE · texte numérisé non relu

LUE

d'un personnage quelconque nous sommes devant la coneeption qu'on pourrait définir comme celle du réalisme naïf : la guerre a éclaté parce que tel roi a pris froid et était tel matin de mauvaise humeur. Plusieurs passages des historiens de l'antiquité manifestent cette conception.

Conçoit-on le processus historique comme la résultante « des lois historiques » où le rôle de la personnalité humaine est effacée, nous voici en face de la conception « métaphysique » de l’histoire. Renforcée par des idées rationalistes et matérialistes, par des études, de statistique qui envisagent Îles masses et « l'homme moyen », elle a remplacé ie réalisme naïf pour être remplacée à son tour par le réalisme eritique. On peut appeler de la sorte cette conception de l’histoire qui sonsidère la personnalité humaine comme l'agent réel du processus historique, mais qui en même temps tient compte de tendances que l'esprit humain moderne est enclin à appe-

ler « les lois ».

Alors l'esprit humain devient l'objet de l'étude, Et si on entreprend l'étude d'un phénomène historique on l'envisage ou plutôt on devrait l'envisager comme l'expression, comme la manifestation de cet esprit. On examine dès lors la vie de l'esprit humain à travers les monuments que celui-ci a créés autrefois. Soit des textes littéraires ou épigraphiques, soit des œuvres d'art, soit des débris archéologiques, tous ces wmonuments deviennent des sources de notre connaissance de la vie humaine d'autrefois.

Cependant si l'étude historique tâche de découvrir les traits individuels de l'époque (ou du phénomène étudié) elle est basée en même temps sur la conscience du lien qui les unit toutes, non seulement en tant qu’elles appartiennent à la nrême

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durée, mais aussi dans le sens de leur interpénétration mufuelle.

Une erreur fréquente s'ensuit, dans notre science de l'histoire de droit romain comme dans les autres branches de science historique. Quand un savant historien a sous les yeux un texte, il Finterprète, parfois, comme si c'était lui-même qui l'avait écrit. Alors la méthode de l’investigation historique si perfectionnée qu'elle soit ne nous amènera pas à la eompréhension historique. Afin d'y arriver il ne suffit pas d'envisager le texle sans parti pris : il faut faire appel à notre sapacité de sympathiser avec la vie. Alors nous pourrons passer de ses manifestations extérieures jusqu'aux sources réelles du devenir. C'est ce qu’on peut appeler le sentiment

historique (1).

Sous ce rapport l'histoire de droit romain a subi des influences particulières. Sa situation était difficile. La causr en est dans l'actualité de ce droit -— nous faisons allusion à sa « réception », ce qui déterminait les juristes à envisager des problèmes purement pratiques. Les sentences oblitérées depuis deux mille ans renaissaient à la vie et devenaient comme autant de décisions prononcées ad hoc. Plus grande était l'autorité qu’on attribuait aux sentences des jurisconsultes romains, plus il semblait naturel de replacer leur pensée dans une ambiance spirituelle semblable à celle du zux* siècle, C'est bien eette époque que nous avons principalement en vue, puisqu'elle est celle de développement florisgant de notre discipline sous l'influence de l’école dite histo-

(4) V, plus bas, # 5.

PAU D PSS

rique. Et c'était justement l’époque où la conception « métaphysique » du milieu comme facteur déterminant l’activité d'une personnalité et des lois historiques effaçait à peu près sette personnalité envisagée alors comme le produit de ce milieu et des circonstances, |

Cependant, dès lors il existe une tendance qui se dégage de plus en plus dans les écoles romanistes modernes, — la tendance à accentuer le rôle de l’individualité. La méthode a influencé ici la théorie. En effet, il semble que la critique et Panalyse de textes eux-mêmes, en liaison avec l'étude approfondie des interpolations, aient fait porter plus d'attention

à l’œuvre individuelle des jurisconsultes romains. L’empreinte

de l’individualité dans le style des textes est mise au jour. Ce fait coopère bien au profit de la tendance relevée. Le ALTER UND FOLGE de Fitting, les ROMS JURISTEN de Kalb, les traités consacrés à tel jurisconsulte comme LABEO d'Alfred Pernice ou PAPINIANO de Costa, les études consacrées aux professeurs de Beyrouth par M. Paul Collinet sont

la manifestation de cette tendance.

Mais la survivance de conception qui a précédé celle du réalisme critique existe. Les expressions, l’opinion de Julien, ou d’après Labeon, peuvent être souvent remplacées facilement par d’autres : au temps de Julien ou au temps de Labeon. Je ne cite ici que deux exemples dans ce sens : |

4° M. Girard (Manuel p. 1009, note 2) à propos du texte de Tryphoninus dont il restreint la portée en invoquant des considérations spéciales. L'usage de l’onomastique romaine pris en considération, il est très probable que Claudius Tryphoninus était provincial d’origine, surtout si on fait attention

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