‹ Partus AncillaeChapitre 45 sur 75 · TA · texte numérisé non relu

TA

Ulpianus, lib. XVI ad Ed. (fr. 14, $$ 2; 5 D. de publ. act. 6. 2j.

Partus ancilae furtivae, qui apud bonae fidei emptorem eonceptus est, per hanc actionem petendus est, etiamsi ab eo qui emit possessus non est. Sed heres furis hanc actionem non babet, quia vitiorum defuncti successor est. 3. Interdum tamen, licet furtiva mater distracta non sit, sed donata ignoranti mihi et apud me conceperit et pepererit [competit mihi in partu Publiciana] « necesse est partum usucapi » ut Julianus ait, si modo eo tempore furtivam matrem ignorem. 4. Idem Iulianus generaliter dicit ex qua causa matrem usucapere possem, si furtiva non esset, ex ea causa partum me usucapere, si furtivam esse matrem ignorabam : [ex omnibus igitur causis Publicianam habebo]. 5. Idem est et si ex partu partus est et si non natus, sed post mortem matris exsecto ventre extractus est, ut et Pomponius libro quadragesimo scripsit.

Parlons d’abord des 8$ 2, 3 et 4.

L'enfant est conçu chez l'acheteur de bonne foi. Mais où est-il né ? Ulpien envisagerait-il le cas de partus qui tombe dans les mains du défendeur éventuel ? Nous ne croyons pas. M aurait dit : qui apud b. f. emptorem conceptus ET EDITUS est. J'y insiste : dans tous les fragments d'Ulpien qui traitent le problème en question, il n’y a point d’omission semblable. On ne peut pas donc considérer l’absence de ET EDITUS comme une omission. Alors les mots possessus non est (par l'acheteur de bonne foi) voudraient dire que l'usueapion n'a pas encore commencé, L'espèce se présente sous le jour suivant. J'ai acheté l'ancilla. Elle a conçu l'enfant. Ensuite je suis dépossédé, J'intente l'action publicienne. Pourrai-je réclamer l'enfant qui a été conçu chez moi, mais qui est né:

RE dun 7

MO

gbez mon adversaire. Oui, répond Ulpien partus per hanc actionem petendus est.

Mais les conditions de l'action publicienne sont très préeïises. Une seule condition peut être absente, c’est l’accomplissement de l’usucapion, le délai de la possession n'étant pas &ncore achevé. Mais la possession, le juste titre de la tradition doivent être présents. Or, le partus n'était pas encore « possessus ». Ulpien prononce une règle exorbitante. Il faut l’appuyer pour qu'elle ait l'effet juridique. Quel est le titre sur lequel le demandeur pourrait fonder sa prétention ? Papinien évoque le titre de l’ancilla pour le cas où le possesseur prend connaissance du fait qu’il n’est ni le propriétaire quiritaire, ni le propriétaire prétorien. Ulpien procède de la même manière, mais dans une espèce qui est plus étonnante. Cette règle ne sera pas appliquée au successeur de vices du voleur, au heres furis. Quant à l’espèce en question, il faut construire sa base juridique. La possession individuelle faisant défaut, l'acheteur de bonne foi exerçait d’une façon indirecte la possession du partus in utero en possédant l'ancilla. I est privé de cette possibilité qu'il exerçait en vertu du juste titre de la tradition de celle-ci. C’est ce titre qu'il va invoquer en intentant l’action publicienne.

Dans le $ 3, s’il est pur, Ulpien développe cette idée en s'appuyant sur l'autorité de Julien. Pour l'espèce qu'il envisageait, la théorie juridique de Julien coïncidait avec la: sienne. Mais en aucune façon, nous ne pouvons en tirer de déductions générales sur Sa théorie du titre de l’acquisition d'un part.

Le $ 4 serait caractéristique en ce sens. Dans le paragraphe précédent, Ulpien devait répéter « conceperit et pepererit » de

Julien. Ce n'’étaid pas un argument tout à fait convaincant pour sa règle sur la publicienne dans l'espèce. C'est pourquoi il pose la question à un point de vue général et cite ce passage de Julien que nous possédons dans l'original (fr. 33 pr. D 4. 3, cité et examiné dans le paragraphe précédent). Or, la question de l'action publicienne n’y est pas touchée. La dernière phrase limite la portée de la sentence et démontre pourquoi Ulpien, ou plutôt les compilateurs, l'ont citée : ex omnibus igitur causis Publicianam habebo.

Les paragraphes 3 et 4 éveillent, en effet un soupçon au point de vue de pureté du texte, Nous voulons dire de ce critère que M. Collinet a relevé dans ses contributions (4). En effet, les deux fois que nous rencontrons la mention de publicienne elle n'est pas suivie du mot « actio ».

Nous sommes enclins à admettre l'interpolation. L'incohérence de l'espèce du $ 2 et des hypothèses des paragraphes suivants trahit l'interpolation. L'expression « COMPETIT » au fieu de « DANDA EST » est byzantine. Le défaut mentionné du not « actio » après la Publiciana est une autre preuve. Les mots de la fin du $ 4 « ex omnibus igitur, ete. » ont l'air d'une tournure postclassique. Nous croyons que cet ensemble de critères met l’interpolation hors de doutes. Les parties du texte qui ne sont pas mises entre parenthèses, même si elies proviennent d'Ulpien, sont tirées de l’autre partie du commentaire.

Arrêétons-nous sur le $ 5. Une première question s'impose :

quel est ce partus dont l’autre sera extrait au moyen de l'opération césarienne ? D'abord il est clair que c'est une fille. Si

(1) N. Rev. Hist. de Droit fr. et étr. 1910, p. 85 sqq.

glle était conçue chez moi et née, alors il n’y a rien d'extraordinaire, d'hypothèse revient au cas simple où la question du partus ex partu n'existerait pas. Il est donc évident qu'il s’agit du part de l'hypothèse prévue dans le $ 2. Alors comment peut-on considérer la solution. La fille de l'esclave furtive dont je suis dépossédé, née chez une tierce personne doit accoucher d’un enfant, mais meurt avant l'accouchement. Le moment qui sépare sa propre naissance du moment de l’accouchement éventuel ne sera pas moindre que 12 ans. Nous savons que l’action publicienne est annale. La durée de l’usu- <apion est annale elle aussi, Comment donc concevoir le texte. Il prévoit non pas l’usucapion classique maïs la longi ternporis praescriptio. Donc l'hypothèse serait postclassique, quand le délai de l’action publicienne est lié avec l'introduction de la procédure extraordinaire. Est-ce une interpolation ? Est-ce un texte d'Uilpien qui n’a rien à voir avec l’action publicienne comme les paragraphes précédents ? Ulpien prévoit-il déjà la fusion de l’usucapion avec la prescription ? Nous ne saurons pas nous arrêter sur ces questions et nous nous abstiendrons de nous prononcer sur la portée du texte,

En tout cas le $ 2 est pur. C'est très important. Ce trait qui le caractérise est intéressant : l'embryon existe lui-même, et la portée juridique de ce fait est frappante. Le possesseur peut revendiquer par l’action publicienne le part dont il n’a pas encore pris possession. L'idée de continuité de l'être humain à partir de la conception s’y manifeste, Quelle est la. caractéristique de cette idée ? Comment peut-on concevoir sa présence dans les fragments d’'Ulpien ?

AU

Uipien et Tertullien, Problème de l'identité de Tertullien jurisconsulte et de Q. Septimius Florens Tertullianus. Style du passage des Questiones et style des œuvres du théologien. Reconstitution du curriculum vitæ de Tertullien basée sur les dates établies et sur les dates probables de sa vie et de ses œuvres. Ulpien seul cite Tertullien, Doctrine chrétienne du partus.

| Essayons de saisir la filiation des idées qui se présente dans cette solution juridique. Nous eroyons qu’au fond de notre problème gît l'influence chrétienne, Nous ne saurions pas affirmer qu'Ulpien lui-même était chrétien, bien que cette hypothèse ne soit ni gratuite ni invraisemblable. Bien que, à notre connaissance, elle n'ait été posée nulle part, l’ensemble de données nous rend encelins plutôt à donner une réponse positive.

Les problèmes historiques à trancher sont les suivants 4° L'identité de Tertullien, théologien, et de Tertullien, jurisconsulte du Digeste ; 2° Le caractère des citations de Tertullien dans le corpus ; 3° La doctrine chrétienne de Tertullien et la doctrine d’Ulpien.

Des investigations toutes récentes (1) sur la langue de Ter-

(1) Eïnar Lôfstedt. Zur Sprache Tertullians, dans Lunds Universitets Arsskrift, 1920. N. KF. 1. Bd 16. N. r. 2 ; Teeuven, Sprachlicker Bedeutungswandel bei Tertullian. Ein Betrag sum Studium der Christ-

tullien semblent nous autoriser à reviser le problème de l'identité des « deux Tertulliens ». D'autre part, les résultats de notre étude fournissent les critères internes qui manquent, selon M. de Labriolle (1), pour résoudre la controverse. Les principales objections qu’on a faites jusqu’à présent ne soutiennent pas la critique dans la lumière des études toutes récentes, tandis que l’ensemble de données nous a convaincu de reprendre la question.

1° Quelles sont les objections qu'on présente pour réfuter l'hypothèse de l'identité des deux personnages ? Une, que les premiers éditeurs de Tertullien ont invoquée, consiste dans l'absence dans Saint Jérôme (de viris illustribus) d'indication que Tertullien ait été jurisconsulte. Pagenstecher dans le discours, édité en 1743, a combattu cette opinion en citant Saint Jérôme, où celui-ci déclare qu’il est inutile d'énumerer toutes les œuvres de Tertullien, les unes étant connues, les autres perdues (9). Dès lors, les études approfondies des œuvres du théologien ont établi avec certitude que celui-ci possède une science profonde du droit, qu'il aborde les questions juridiques, non pas comme un simple amateur, mais comme un érudit et même, selon toute probabilité, un jurisconsulte qui pratiquait (3) la jurisprudence. Eusèbe (4), d’ailleurs, le

lichen Sondersprache, 1926 Paderborn. €f. aussi Kalinka. Digestenkritik und Philologie, dans Zeitsch. d. Sav. Stift. 1927, p. 319 sqq. qui exprime les vœux de collaboration des philologues pour la critique et l'étude historique des textes juridiques et en particulier du Digeste. Une étude fort intéressante sur Salvius Julien (Rechniz. Studien gu Salvius Julian, Weimar 1925) parue tout récemment est, en effet, très utile pour les romanistes. Toutefois, certaines conclusions de l'auteur sùnt sujettes à caution. Avec raison Eduard Fraenkel, compterendu, dans Zeitsch. d. Sav. Stift. 1927, p. 402, n. 1. ;

(1) Tertuilien, jurisconsulte, dans Nouv. Rev. Hist, de Droit, 1906,

(2) De Labriolle, 1. c., p. 8. l (AS {3) Harnack. Chronologie der altehristlicheu. Lit. IF, 2, 190%, Leipziz,

(4) Historia eccles. IT, 2. 4.

dit tout explicitement lui aussi : TepruAAt avôc rodç PuuatwvvéyLoc AxptBwxds &vhp. Il n'y a pas de doutes donc, que Tertullien, théologien, ait été jurisconsulte. Mais est-ce qu'il était ce Tertullien dont les passages sont conservés dans le Digeste ? L'identité de cognomen ne nous autorise pas à elle seule, à conclure à l'identité de personnage. Le Tertuilien au Digeste était-il Q. Septimius Florens Tertullianus de Carthage — le fils du centurion proconsulaire ?

M. Monceaux (1) oppose une objection que M. de Labriolle tient pour sérieuse : « Les auteurs cités dans le Digeste sont ordinairement des jurisconsultes romains, tout au moins fixés à Rome, ayant conquis une grande renommée en matière juridique et investis d’un jus respondendi. Tertullien ne remplit aucune de ces conditions. » Chacune de ces affirmations ne soutient pas la critique.

Gaius était-il un jurisconsulte renommé au temps d'Hadrien, ? Rien ne le prouve. Selon toute probabilité, il était un théoricien qui ne touchait jamais à la jurisprudence. Jamais non plus il n’a joui du ius respondendi. Ses contemporains pe le citent point, ni les jurisconsultes du temps des Sévères, et pourtant, il est un des iuris auctores, un des cinq jurisconsultes de la loi de Valentinien III, surnommée « la lei des citations » (2). Faut-il dire que les fragments de ses œuvres se trouvent dans le Digeste. Le critère relevé par M. Monceaux n’a pas été décisif, semble-t-il, pour les compilateurs des Pandectes, Le jurisconsulte s'était-il fixé à Rome, avait-il

(1) Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, I, 181.

(2) La découverte des nouveaux fragments des Institutes de Gaius. (The Oxyrihynchus Papyri Part. XVII. N. 2103. London 1927) prouve que Gaius était déjà connu avant cette loi. V. P. Collinet. Les nouveaux fragments des Institutes de Gaius, dans Nouv. Revue Hist. de Droit, 1928, p. 92 sqq.

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une grande renommée de son vivant — cela seul ne peut pas les décider. Ce qui importe c’est, d'après l'exemple de Gaius, l'autorité dont ont joui ses œuvres actuellement. En outre, M. Monceaux laisse inaperçu d’une façon étrange l’autre témoignage d'Eusèbe (1) :r& re &Xkx evdoËoc ua rüv u&Auora éri Pépnc Xaurpüv. Donc.cette objection même si elle était grave en elle-même ne tiendrait pas, car Tertullien remplissait la condition requise par l’auteur. « Comme il est malaisé, dit M. de Labriolle, de croire qu’une fois chrétien il ait continué de consacrer son activité à un métier de cette sorte, il faudrait en conclure qu'il avait eu le temps de se tailler une réputation dans le domaine juridique avant même sa conversion, ce qui n’est guère possible. » D'abord il ne serait point étrange de voir un chrétien continuer à remplir les occupations de sa profession ou de son métier. Nous en possédons plusieurs exemples (2). Mais étant donné le caractère passionné de la conversion de Tertullien, certes, il serait difficile d'admettre qu'il eût pu s'occuper longtemps après sa conversion d’autre chose que de polémique avec les adversaires de l'Eglise. Cependant cette observation nous semble plutôt corroborer la solution positive du problème, En effet, le Tertullien du Digeste est l’auteur de deux ouvrages seulement. Un petit traité (liber singularis) sur le pécule castrense et les « huit livres des questions ». Il serait incompréhensible que le jurisconsulte éminent de son temps qu'il était, comme le dit M. Krü-

(1) Cf. Harnack, |. c. 293, note 3 à la fin,

(2) Parmi les écrivains, citons un Julius Africanus, l'ami du roi chrétien d'Edesse qui a écrit « Kestoi », le contemporain de Tertullien, Ayant embrassé le christianisme, il à su réunir à l'étude profonde de la théologie ses occupations d'homme politique dans l'intérêét de sa patrie. Il se rendait à la chasse .avec le prince héritier, il étudiait la Médecine et les Mathématiques, comme il le taisait avant sa conversion. (V. Harnack. Texten und Unters. VII, 4, p. 43-44),

ger {1), ait composé seulement ces deux traités. On peut en conelure que l’activité de Tertullien, jurisconsulte, a été vite interrompue. Dès lors lorsqu'il est retourné à Carthage, la jurisprudence est devenue dans ses mains une arme Solide . pour la cause de l'Eglise. L'hypothèse de M. Monceaux que le jurisconsulte était le parent du théologien est gratuite. M. Krueger (2) invoque une objection à la thèse de l'identité qui n’est point plus soutenable. « La critique qu’il (Tertullien) dirige contre la procédure suivie à l'égard des chrétiens par le gouvernement de province est faite d’une façon si étroite qu'on ne peut songer à l’attribuer à un jurisconsulte éminent. » Cependant, l’étroitesse de l'esprit ou un certain fanatisme est une question de tempérament plutôt que ae science. Les passages du Digeste, où sont conservés les fragments de Tertullien sont des passages de pure technique, où le tempérament de l’auteur ne se laisse pas apercevoir, si, d’ailleurs, M. Krueger en juge d’après les textes. Si l'affirmation qu'il était un jurisconsulte éminent, est fondée sur des considérations générales, telles que le fait de ses citations dans le Digeste, elle est très critiquable. Quelles sont les raisons d'affirmer que Tertullien était un éminent jurisconsulte et très renommé, lors de son vivant ? La réponse que nous pouvons tirer de l’état des sources serait plutôt négative. En effet, il n’est cité nulle part dans les œuvres de ses contemporains, exception faite pour Ulpien. I] n'apparaît de nouveau qu’au Digeste, après un oubli plus ou moins voulu. Cette fortune n'est-elle pas la même ou à peu près que celle de Tertullien, apologiste ? Après avoir été le point de mire

(4) Geschichte der Quellen, p. 203, n. 4.

{2) EL c. 181.

4e ses coréligionnaires et adversaires, il tombe dans l’oubli apparent et on le passe sous silence, bien qu'on l'utilise et qu'on l’imite (4). I] n’est cité pour la première fois que par Lactance (parmi les auteurs latins) et par Eusèbe (parmi les auteurs grecs), c'est-à-dire vers le 1v° siècle (9). Cela se comprend : il était difficile pour les chrétiens de s'appuyer sur les œuvres d’un homme tombé dans l’'hérésie, Il était difficile pour les jurisconsultes invoquer l'autorité d'un fervent adorateur du Christ. Le silence, donc, devient compréhensibte. Gette dernière question est, cependant, à élucider, Contimuons l'étude des objections à notre thèse. Il n'en reste qu’une seule à rappeler. Elle ne tient pas non plus. Le style, a-t-on dit, du jurisconsulte et du théologien, sont différents. C’est se méprendre sur le style de Tertullien, apologiste, que d'invoquer cette objection. D'abord, peut-on croire que le style d'une œuvre technique se laisse facilement comparer avec le style d’une harangue passionnée, où l’âpreté de la lutte intellectuelle saisit l’apologiste ? Ensuite, le style si original de Tertullien, théologien, est caractésisé par la création de mots ou plutôt de l'adaptation de mots existants à l’expression d'idées nouvelles (3). Le caractère parfois obscur de cet auteur s'explique bien par cet effort de créer de nouveaux modes d'expression qui ont contribué à la formation de la fatinité chrétienne. M. Norden (4), dit même que la souplesse #4 la ductilité caractéristique de la langue latine aux temps

{({) Bardenhewer. Geschichte der altkirchlichen Litteratur II Freiburg +914, pp. 440 sqq. ; Teeuven, I. c. p. 1, Lactance en cherchaït la cause dens les difficultés que présentait la langue de Tertullien. Hilaire &e Poitiers avec plus de raison en voit la cause dans son montanisme gpestérieur.

{2) Teeuven, I. c., p. 1, n, 4.

&) Teeuven, 1. c., p. 11 sqq. surtout 15 sqq.

(4) Die Antike Kunstprosa, T, I, p. 607.

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anciens ont repris vie dans le langage chrétien, notamment dans celui de Tertullien. Donc, si nous voulons chercher es traits communs dans les styles des fragments juridiques et théoriques, nous devons nous rendre compte d'avance qu'ils peuvent se manifester principalement par l’utilisation des notions et des mots traditionnels pour de nouveaux besofns et cela dans les œuvres théologiques. Nous sommes bien renseignés sur l'empreinte juridique dans les œuvres de l’apologiste. Nous voyons donc qu'aucune des objections présentes ne tient debout. La probabilité de l'identité est grande. Harnack (1), Fitting (2) penchent pour l'identité. Cependant la réfutation des objections n’établit pas encore la thèse, bien que.les données relevées pour les combattre soient assez éloquentes. Classons les faits déjà relevés qui corroborent l'établissement de l'identité

Le témoignage d'Eusèbe où il parle de l'érudition juridique de Tertullien ; le témoignage du même auteur que Tertullien brillait en qualité de jurisconsulte à Rome : l'empreinte accentuée dans ses œuvres qu'exercent des notions juridiques qui servent à exprimer des rapports nouveaux du christianisme ; le fait que nous possédons seulement deux ouvrages juridiques en 9 livres de Tertullien, jurisconsulte, dont on pourrait attendre un plus grand nombre.

En outre, Tertullien, théologien, était fils d'un centurion proconsulaire (3). Etait-ce une simple coïncidence que le premier ouvrage (4) de Tertullien est le liber singularis de pe-

(1) Chronologie 293, n. 1.

(2) Alter und Foîlge. Tertullian,

(3) St. Jérôme. De vir. illustr, 53. Chronique ad. ann. 2224. Je cite ces témoignages d’après Harnack. Chronologie II, 2, p. 292.

(4) H nous semble que le lib. sing. de pec. castr' était écrit vraiment avant les quaestiones. Le problème spécial que l'auteur y traite devait précéder l'ouvrage d'ordre général.

æadio castrensi. Il est peu probable. Ce iproblème spécial, faamilier à l’auteur, l'aurait décidé, semble-t-il, à débuter :par lui dans la littérature juridique. Rappelons ‘aussi de fait :intéressant relevé par Fitting (1). L'équipement pour le service amilitaire, qui fait partie du péecule castrense, selon le témoignage du fr. 4 pr. D. 49, 17, n’y a été compris que du temps de Sévère. Comment ce fait se présente-t-il dans le milieu historique ? Le fragment ne rapporte-t-il pas l'usage admis dans les troupes africaines de la legio tertia Augusta, dont mn détachement était sous le commandement du père de Tertulllen ? Or, après l’avènement de Septime Sévère, des légioms de l'Afrique, dont ce prince était originaire comme les légions danubiennes ont été vues de l'œil le plus favorable - Bar le prince.

€omment peut-on concevoir les dates de sa conversion et de son activité littéraire ? Pouvons-mous reconstituer l'ordre &hronologique de son œuvre ? Si nous établissons la simple possibilité de Ja coexistence des deux activités -dans l’espace æt dans Je temps, alors dla probabilité de l'identité, vu l’ensemble .des données, atteindra, à notre sens, à la certitude.

Tertullien est né vers l’an 450 ou 160 (2). Il est établi .que ses livres Ad Martiras, Ad nationes libri, I, «enfin :Apologetiæumm, ont été écrits dans l’année 197 (3). En «adoptant avec M. Harnack l’an 455 ou avec M. Monceaux, 160, nous avons 42 (resp. 37) années de sa vie, durant lesquelles devait se former :8a personnalité. Sa jeunesse s'est passée à -Garthage, où ill fit aussi ses études. Les études appelées ‘de nos jours -su-

(4) Peculium Castrense, p. 36.

(@) M. Monceau (op. cit., p. 178), penche pour l'an 160 .; M. Harmenk préfère 155, vu la date de « Ad uxorem ».

\8) iManceaux, I. c. 208 ; .Harnack, 1. c. 295

périeures, commençaient à cette époque ordinairement à seize ans (4). I dut donc entrer à la statio de Carthage vers l’an 171-176, mais c'était, croyons-nous, l'école de philosophie et de rhétorique par laquelle il passa avant d'aborder l'étude du droit. Son érudition dans les questions de philosophie nous autorise à le tenir pour sûr. Donc, c'est seulement vers l’an 174-178, approximativement, qu'il a pu entrer dans la statio iuris docentium de Carthage. Malgré son zèle dans les études et son avidité pour la science, il est peu probable que Tertullien ait pu finir ses études plus tôt ; car, selon 5es propres témoignages, sa vie de jeunesse fut pleine des divertissements que les théâtres et les lieux d'amusement fournissaient aux jeunes gens. C’est vers l'an 178 (resp. 184) qu'il aurait dû achever ses études de droit et devenir un rhéteur et un jurisconsulte formé. Alors, le plus probablement, dut-il partir pour Rome, afin de voir la capitale et y commencer sa carrière de jurisconsulte. Le premier spectacle qui a frappé son imagination devait être le cortège triomphal de Marc- Aurèle, en 178, dans lequel figuraient les Germains et les Parthes. I] l’a conservé dans sa mémoire. C’est de cet événement, semble-t-il, qu'ils se souvient, quand il dit dans le « de cultu feminarum » (1, 7), écrit peut après l'an 200, « gemmarum quoque nobilitatem vidimus Romae de fastidio Parthorum et Medorum caeterorumque gentilium.….. » Nous ne savons d’autre triomphe dont il pouvait être le témoin oculaire. La date de sa naissance, adoptée par M. Harnack semble alors préférable, M. Harnack propose l'an 190 comme date probable de sa conversion. C’est à Rome, croyons-nous, qu'il

(1) P, Collinet. Hist. de l'Ecole de Droit de Beyrouth, p. 112 eq.

a écrit son livre perdu, « Ad amicum philosophum », où selon Saint Jérôme (Adversus Jovianum, I, 13) il se plaisait, « divertissait » dans la matière délicate si discutée par les pères chrétiens : Certe et Tertullinus cum ADHUC esset adolescens LUSIT in hac materia. Tertullien pouvait facilement ” achever son livre de peculio castrensi, pendant les premières années de sa carrière juridique, mais les quaestiones furent écrites, probablement, quand il avait déjà embrassé le christianisme, La nouvelle foi ne l’a pas saisi d'un seul coup et étant « adolescent », il écrivait selon Saint Jérôme, « en s'amusant ». C'était plutôt le plaisir intellectuel qu'il goûtait de la nouvelle doctrine que la foi passionnée. Il pouvait facilement réunir les deux activités. Ce n'est que plus tard que l’activité de polémiste: et d’apologiste l’a saisi entièrement et il est retourné à Carthage pour ne plus revenir à la carrière juridique si brillamment commencée.

Comment a-t-on vraiment pu invoquer la différence du style des fragments de Tertullien au Digeste et de ses ouvrages apologétiques et autres. Si l’on voulait comparer les uns et les autres — on ne devait pas prendre en considération le traité de pure technique comme « de peculio castrensi ». Les passages des Quaestiones qui seraient très probablement susceptibles d’être comparés ne sont qu'au nombre de deux. En outre, nous possédons trois citations des Quaestiones de Tertullien, toutes les trois dans les « libri ad Sabinum » d’Ulpien et une citation du « de peculio castrensi » dans la constitution de Justinien. Il est évident qu'on ne peut pas traiter les problèmes du style dans les citations. Les deux fragments des « Quaestiones » ne peuvent pas présenter grand champ aux recherches stylistiques. Toutefois, examinons ces passages.

— Re —

TertuHianus, lib, I.quapst (fr. 28 D. 44, 4).

Si aliquam rem possideam pt.candem pastea comducam, an amittam possessionnem ? MULTUM REFERT in his quid agatua : >FRIMUM ENIM REFERT, uirurn sciam me possiderse an ignorem : et utrum quasi non meam rem conducam an quasi meam : £t sciens imearn esse, utrum quasi proprietatis ;respectu an possessionis tantum. Nam «et si rem mmeam tu possideas ‘et ego emam a te possessionem eius rei vel stipuler, ntilis erit et ‘emptio æt stipulatio, et sequitur, ut et precarium et conduetio specialiter possessionis solius <onducenae vel précario rogandae animus interveniat.

multum refert… primum enim refert — cela rappelle des tépétitions relevées par M. Einar Lôüfstedt (1). « Jlle est scilicet îille est qui, etc. », ou par exemple : Quod sciam, non sumus nostri, sed pretio empti, « empti » (2) et quali pretio ? M. Lôfstedt souligne que les critiques de Tertullien n’ont pas encore remarqué cette tournure caractéristique. Aïlleurs (3), l'auteur indique sur la liberté extrême avec laquelle TertuHien emploie le mot «et » dans les propositions correspondantes (korrespondierenden Sätzen). Parfois, dit-il, les influences rythmiques se laissent apercevoir ee qu’on n'a pas, malheureusement remarqué. Si nous lisons le passage cité à partir de wtrum sciam jusqu'à la fin, nous nous rendons compte que l'abondance de « et » ne sert, parfois, qu'à donner une certaine cadence rythmique à des phrases bien mesurées (4). T est évident que c'est le rythme de la prose et non pas le

(4) L. c. 74 sqq.

() Einar loss selon Agobardinus, il 0. 74.

(3) L. c. 25 sqq,

(& HU faut dire ea sûr selon da longueur des voyalles et en s'ahstenant de faire l'accent à la fin de chaque mot, comme dans le français moderne,

«raètre » des vers. Enfin, # la page 29 et suivantes, l'érudit suédois préserite une towmmure que mous trouvons aussi dans le passage cité, c’est læ liaison copulative (kopulative: und! asyn: détisehe Verbindung). Comparons notre texte : utilis erit et emptio' el stipulatio… et sequitur… ut et precariunt et condvetio specialiter possessionis solius conducendae: vel precario rogandae. Les: trates du: style des œuvres postérieures de Tertuilien s'aperçoivent donc nettement déjà dans: otre passage. Nous n'insistons pas davantage, car nous croyons que les doutes sur l'identité des « denx » Tertulliens, sont désormais injustifiables.

2 Une question délicate reste à élucider. Comment se fait-il que nous trouvions chez Ulpien seul les trois: citations des œuvres de l’apologiste, tandis que les autres jurisconsultes de son temps ne le citent nulle part ? Les citations se trouvent dans les livres 3,8 et 15 du commentaire ad. Sabinum, livres écrits encore du vivant de Papinien, alors que le jurisconsulte n'avait point de raisons d’être prudent. Partageait-il secrètement la foi de Tertullien ? Le fait des citations ne nous en donne que la probabilité bien faible.

Lactance (De inst. div. 5, 41) blame un Domitius qui à exposé dans le livre VIT de officio proconsulis toutes les punitions qui devaient être appliquées aux adorateurs de la vraie foi. Ce Domitius doit être Ulpien. M. Lenel, dans la Palingenesie, place le témoignage de Lactance après la section « de sacrilegqiis » et donne le titre « de christianis » au passage prétendu perdu. M. Lenel, lui-même, n’en est point sûr. La section suivante « de lesione maïestalis » aurait suffi à elle

seule pour les supplices des chrétiens (1). L'exactitude histo-

(4 CF. A. d’Alès. Ea théologie de Tertullien, p. 386.

rique des expressions de Lactance est sujette à suspicion. D'abord pour l’âpreté des reproches, puis pour la confusion possible des causes da punition avec les applications qu’on en faisait : la lesio maiestatis, par exemple, et l'applicati:, dans l'espèce, vis-à-vis d'un chrétien. Au titre de jurisconsulte, Ulpien, même étant en secret un adhérent de la doctrine chrétienne, aurait très bien pu composer le traité sur l'office du proconsul et n'aurait pu, en ce cas, délaisser la question alors importante de la Lesio maïestatis. Le témoignage donc ne peut être produit, il nous semble, ni pour ni contre l'hypothèse. ;

Cependant, est-elle soutenable ? Bien qu'elle puisse expliquer plusieurs petits faits, nous croyons que, vu l'insuffsance de documents et de témoignages, elle ne l'est pas,

Une seule chose nous semble certaine : c’est qu'Ulpien partageait les vues de philosophie naturelle de Tertullien. La citation dans le livre 8 et le passage cité à la fin du paragraphe précédent en font foi.

Il nous reste à exposer comment on peut concevoir cette filiation de doctrine et pourquoi nous croyons qu’il s’agit d'innovations chrétiennes et non pas de l'application des vues Stoïciennes qui influençaient à si haut degré la philosophie chrétienne d'alors et, notamment, la philosophie de Tertullien.

3° [1 s’agit de l'application nouvelle de la théorie stoïcienne sur les « rationes seminales ». Pour comprendre quelle place occupe Tertullien et après lui, Ulpien, dans l’histoire de la doctrine, il faut rappeler quelques phases de celle-ci.

Il nous semble que le fondement du $ 2 cité est inspiré non pas par des considérations d'ordre économique, mais par

des considérations de principe sur la nature humaine. La solution énoncée étant importante en théorie touche, vraiment, la question d'ordre naturel, où la doctrine philosophique adoptée serait décisive, de même que dans l’autre passage où Tertullien est explicitement cité. Les deux idées sont même liées, comme nous le verrons plus bas.

Le passage de Tertullien que nous avons cité plus haut, selon Oehler (1, 147) se termine par une phrase significative : Homo est et qui est futurus ; etiam fructus omnis iam in

semine est,

Peut-on conclure de cette phrase à l'identité de l'être humaïn à partir de sa conception, ce qui permettrait au possesseur de bonne foi de se porter vis-à-vis de cet être, quand il est encore in utero de la mère, avant de commencer la possession virtuelle, comme possesseur non pas en vertu d’une fiction juridique, mais en vertu des caractères naturels à lui propres. Tel est à notre avis le sens du paragraphe.

La phrase de Tertullien, bien qu’elle renferme cette idée de l'identité, doit être, néanmoins, élucidée, parce qu’on pourrait objecter ceci : l’idée stoïcienne du Adyos ercpuarwxés n’at-elle pas la même portée, par exemple chez Sénèque. (Natur. quaest. Lib. IT, 29. 3) :

Ut in semine omnis futuri hominis ratio comprehensa est et legem barbae canorumque nondum natus infans habet {totius enim corporis et sequentis actus in parvo occultoque liniamenta sunt), sic origo mundi non minus solem et lunam et vices siderum et animalium ortus, etc.

Dans la semence humaine tous les éléments virtuels d’un homme sont contenus. N'est-ce pas la même idée. Tertullien, en outre, polémisait, le plus souvent avec les acadé-

miciens, et était, le plus souvent, d'accord avec: F& doctrine du Portique (1). Cependant, l’idée nouvelle se: présente sous une forme à peu près pareille. Le passage de Sénèque veut comparer les germes de la « terre en grossesse: » ave les germes de l’homme. Saint Augustin compare les germes de la terre avec le germe la semence d'un arbre (2). Elle n’est, pas superficielle cette différence. Malgré son penchant. vers la doctrine stoïcienne, Tertullien, lui aussi, n'aurait pas fait la comparaison de Sénèque. La semence et le germe humaïm sont considérés par les chrétiens d’une façon nouvelle. La conception du Christ a frappé l'imagination des fidèles philosophes, et le retentissement du fait unique à partir de la création s’est fait sentir dans les spéculations sur la Nature La Résurrection a été l'événement qui a mis une empreinte profonde sur la doctrine entière.

En mettant de côté le traité perdu sur l’origine de l'âme, nous possédons deux œuvres de Tertullien qui nous renseignent suffisamment sur la doctrine. Ce sont le DE ANIMA et le DE RESSURRECTIONE CARNIS. Les adversaires prineipaux qu’il combat dans le DE ANIMA, sont donc les platoniciens et les gnostiques. Tertullien affirme que l’âme est corporelle, bien que ce soit un corps sui generis. Dans le DE RESSURRECTIONE CARNIS il insiste sur l'unité essentielle de l'être humain.

On ne peut donc pas envisager séparément le sort de l'âme et du corps, car la génération atteint à la fois l’homme tout entier (3). I combat les stoïciens et affirme que l'embryon est déjà dans le sein maternel animé, (De Anima Cap. 25).

(4) Cf. H. Meyer. Geschichte der Lehre von den Keaimkräften. Bomm, 1914, p. 219 ; Harnack. Texten und Unters, VIL 4, p. 78.

(2) H° Meyer Le: "p.1223;

(3), D’Alès, 1. &, p. 125:

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