‹ Pas-de-CalaisChapitre 2 sur 8 · ÉDITEURS · texte numérisé non relu

ÉDITEURS

3 et 5, place de Valois

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LE PAYS ET LES GENS

Une vaste région de plateaux secs, à peine ondulés, coupés de quelques longues vallées basses et humides, occupe le centre et la plus grande partie du Pas-de- Calais. Ce plateau nu, presque sans arbres, où le moulin à vent qui broie colza, navette ou céréales, est souvent le seul point culminant, ne laisse pourtant pas de présenter, pendant la belle saison, des aspects variés. Très fertile et bien cultivé il devient au printemps une mer de verdure, que l'action du soleil transforme en vagues onduleuses et dorées quand la moisson appelle locomobiles, faucheuses et batteuses. L'Artois est un de nos plus riches greniers de blé. Ailleurs un tapis de colzas d'un jaune éclatant dispute les grands espaces au violet doux des navettes en fleurs. Et cet immense manteau, [diapré de teintes vives, est bordé de longs rubans verts par les étroits vallons où courent entre deux rangées de saules et de peupliers, maints jolis petits ileuves et ruisseaux, la Canche, l'Authie, laTernoise, laSensée, laScarpe, le Cojeul. la Lawe, le Souchez, etc.. Mais quand vient avec l'hiver le règne des vents de Nord- Ouest, rien n'est plus mélancolique que ces plaines sans lin, brunes de boue ou aveuglantes sous une robe de neige.

Ce plateau, c'est l'Artois par excellence ; la population laborieuse y a semé une infinité de villages, telle

que. du haut de la flèche aiguë de la plus modeste église, le regard embrasse le territoire de plusieurs communes.

A l'Est, la campagne, ni plus accidentée ni moins agricole, se couvre d'énormes taches noires, le ciel y est obscurci par la sombre fumée sortant des hautes cheminées de briques. Nous sommes dans le district de la houille, dont Bélhune, Lens, Carvin sont les capitales; le pays est riche, le sol produit en abondance moissons, betteraves, plantes oléagineuses, légumes, tandis que le sous-sol vomit à la surface des trésors de charbon qu'emporte un réseau serré de voies de fer et de canaux. Ce district serait bien plus -opulent encore si la grève n'y venait périodiquement arrêter le travail. Le plus récemment exploité de nos bassins, celui du Pas-de-Calais tient aujourd'hui, par l'importance de l'extraction, le premier rang, même au-dessus du bassin de Valenciennes et d'Anzin dont il est la continuation.

Quand le voyageur a quitté la région des mines pour se diriger vers le Nord, il aborde près de Saint- Omer, une contrée tellement différente, quoique bien voisine, qu'il peut se croire transporté à mille lieues. C'est ici le pays bas, le pays conquis sur les eaux de la mer et sur celles des marais. De Saint-Omer à la côte du détroit et de la mer du Nord, la grande partie du territoire, aujourd'hui si peuplée, était un golfe profond dont l'entrée évasée s'étendait de Calais jusqu'au-delà de Dunkerque.

Voici maintenant une région d'un caractère tout particulier dans ce pays de plaines : c'est le Boulonnais, petit pays montueux, pittoresque, qui prolonge «es assises jusqu'à la mer sous forme de dunes

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abruptes, du cap d'Alprech jusqu'aux deux caps Gris Nez et Blanc Nez, termes des plateaux que la •géographie appelle collines d'Artois.

Là, sur ces hautes terres dominant la Manche et enceignant la ville, avait été installé le fameux camp de Boulogne; la colonne de la Grande Armée en éveille le souvenir.

La capitale du charmant pays boulonnais est une belle ville où l'esprit industrieux des habitants tire un très heureux parti des ressources locales. Si les manufactures de plumes, de ciment, de carrosserie occupent de nombreux travailleurs, les hôteliers savent attirer et retenir les visiteurs anglais, gens pratiques qui apprécient les facilités de la vie sur le continent, et l'établissement des bains, l'un des plus complets du littoral français, exerce une puissante attraction sur les Parisiens. Le gazouillement britannique est si général dans la grande ville et dans les'gracic uses petites cités du pays, à Marquise, à Desvres, à Samer, à Guines, qu'il est impossible d'oublier qu'avant d'être les hôtes du Boulonnais nos voisins en ont été longtemps les possesseurs. L'empreinte anglaise est sensible partout, môme dans les noms géographiques que le savant a plutôt francisés que traduits; on écrit le cap Blanc Nez. ce qui est un pléonasme et un contresens ; mais les habitants prononcent le Blanez, ce qui se rapproche mieux de l'étymologie anglaise, Blackness, la pointe noire.

Calais, quoique pays reconquis aussi, n'est pas ville du Boulonnais; la cité patriote a son histoire propre qui est glorieuse. Elle a aussi sa vie industrielle et maritime qui fait d'elle l'émulede Boulogne. Calais, comme l'autre grand port, voit chaque année

des milliers et des milliers de voyageurs anglais aborder sur ses quais élargis; le pêcheur du Courgain et de Sangatte fait concurrence aux pêcheurs du Portel. Les fabriques de tulle de la sœur jumelle de Calais, Saint-Pierre (les deux villes n'en sont plus qu'une seule depuis que les remparts de Calais ont été rasés), lui font une riche ceinture.

Il n'y a vraiment que ces deux ports dans le département. Etaples se comble, et Berck se développe lentement. Le gouvernement de la République qui a donné un si grand essor aux travaux d'utilité générale, a entrepris l'agrandissement et l'amélioration de nos ports les plus voisins de l'Angleterre, pour satisfaire — et aussi pour l'accroître — l'activité sans cesse grandissante de nos relations commerciales avec le premier des marchés d'importation et d'exportation. Les nouveaux bassins et quais de Dunkerque dans le Nord, de Calais et de Boulogne dans le Pas-de- Calais, compteront parmi les travaux les plus considérables et les plus bienfaisants de cette féconde époque.

Saint-Omer, au sommet du triangle de terrains conquis sur la mer, est une ancienne place forte, une belle ville aux larges et longues rues propres et claires, du calme le plus constant. Ce calme audomarois n'est pas du sommeil, c'est le recueillement intelligent des travailleurs de l'esprit. Les plus belles ruines du Pas-de-Calais, celles de l'abbaye de Saint- Bertin se trouvent à Saint-Omer; c'est une luxueuse abbatiale gothique dominée par une tour de style flamboyant, qui a pour pendant à l'autre extrémité de la ville la curieuse cathédrale de Notre-Dame, un peu massive, mais imposante. L'industrie vit cependant à Saint-Omer où des fabriques de pipes de

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terre renommées occupent de nombreux ouvriers.

Le chef-lieu du département, l'ancienne capitale des vaillants Atrébates qui tinrent en échec le génie de César, Arras a perdu la ceinture de remparts que Vauban avait nouée autourde ses maisons serrées aux pignons flamands. Les nouvelles conditions de la guerre ont rendu superflues ces belles fortifications, et les faubourgs industriels de Saint-Laurent et de Sainte-Catherine ne vont pas tarder à se confondre avec la ville. Du haut d'un magnifique beffpoi de 75 mètres dominant l'un des plus remarquables des hôtels de ville du Nord, la vue parcourt une vaste plaine où un seul pointsaillant, lesdeuxtours jumelles de Saint-Eloi, sur une colline brusque, accidente un paysage de betteraves et de froment. Ramené sur la ville, le regard voit se croiser un labyrinthe de vieilles petites rues aboutissant à deux belles places à arcades et à pignons à degrés; une masse imposante à lignes rigides, le palais de Saint- Vast, contigu à une cathédrale moderne, attire l'attention, et plus loin, au delà des belles promenades ombreuses des Allées, c'est la puissante citadelle, surnommée aujourd'hui la Belle Inutile. Arras ne manque ni de pittoresque, ni d'intérêt. La vie intellectuelle y a de l'intensité, et l'industrie des raffineries et de la métallurgie tend à s'accroître.

Béthune, au centre du bassin noir, avait, elle aussi, un passé guerrier. La nature et l'industrie y ont. substitué un présent quelque peu agité par les grèves, mais prospère en somme. Lens dans sa plaine, Lillers la manufacturière de chaussures, sont de dignes rivales de Béthune.

L'un des mieux cultivés, des plus fertiles de la

France, le département du Pas-de-Calais est aussi l'un des plus laborieux. L'industrie très variée ne se concentre guère que sur deux ou trois points : Saint- Pierre, Lillers, Frévent. Mais à chaque pas s'élève une cheminée d'usine ; au lieu d'une grande ruche ou se pressenties essaims de travailleurs, on y rencontre une infinité de petits groupes dont les ouvriers à demi cultivateurs, ont la vie plus calme mais non moins féconde que les quarante mille mineurs courageux et turbulents de la région houillère.

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