‹ PascalChapitre 147 sur 181 · Hist, ecclésiastique, 8" discours · texte numérisé non relu

Hist, ecclésiastique, 8" discours

trent , se mêlent et parfois se combattent. Il est donc indispensable que le directeur, qui doit se prononcer non sur une thèse de théologie, mais sur des actes, s'accoutume à discerner ce qui est permis ou défendu, dans cette complexité de motifs et de circonstances que présente la vie. La casuistique religieuse est née de la nécessité d'éclairer les jeunes prêtres destinés à la confession, de guider leur inexpérience, de les exercer à tenir compte de la variété des cas, des conflits qui peuvent naître entre diflEérents devoirs et surtout des caractères et des états de conscience. Ce dernier point demande une attention particulière ; car on ne saurait appliquer la même mesure à ceux qui sont avancés dans la voie du bien et à ceux qui y font en quelque sorte leurs premiers pas : on risquerait de décourager les âmes dont les bonnes dispositions sont encore chancelantes, en leur appliquant la même sévérité qu'à celles qui sont affermies dans la piété. Les futurs directeurs de conscience doivent apprendre des personnes qui ont acquis la connaissance du cœur humain cette juste mesure qui demande tant de tact et de ménagements. Quoi de plus difficile, en effet, que de tenir le milieu entre Texcès de la sévérité et l'excès de l'indulgence? On navigue entre deux écueils. « Deux maladies dangereuses, dit Bossuet, ont affligé de nos jours le corps de l'Église. Il a pris à quelques docteurs une malheureuse et inhumaine complaisance, une pitié meurtrière qui leur a fait porter des coussins sous les coudes des pécheurs, chercher des couvertures à leurs passions... Quelques autres, non moins extrêmes, ont tenu lescon-

sciences captives sous des rigueurs très injustes; ils ne peuvent supporter aucune faiblesse*. »

Entre ces deux contraires, le casuiste s'avance sur une pente glissante : il imagine des cas compliqués, il suppose des circonstances extraordinaires, au lieu de se borner aux cas ordinaires qu'il est aisé de démêler; il multiplie les hypothèses embarrassantes, les questions douteuses, et se complaît à y déployer la sagacité de son intelligence et les ressources de sa dialectique. De là les subtiles distinctions de certains casuistes. Vous héritez d'un parent riche , et vous vous en réjouissez; est-ce un péché? Oui, si vous vous êtes réjoui de sa mort; non, si vous vous êtes réjoui seidement du bien ^'il ^^^s laisse. Vous allez vous promener dans

1. Oraison funèbre de M. Cornet Bourdaloue dit de même : « Je ne dis pas que nous devions flatter les pécheurs par de lâches complaisances, vous n'ignorez pas combien j'ai ce sentiment en horreur; Je ne dis pas que nous ne devions point obliger les pécheurs à tout ce que l'EvangUe a de plus austère. Mais Je dis qu'à cette sévérité qui pourrait, seule, éloigner les pécheurs, il faut joindre cette douceur qui les ramène. Je dis qu'il faut proportionner cette sévérité aux dispositions des sujets, comme la grâce elle-même s'y accommode, et non pas l'appliquer sans discernement et sans prudence, aux uns trop, aux autres trop peu, à ceux-ci hors de leur état, à ceux-là par-dessus leurs forces. » (Sermon iur la grâce, \'* p.} — « Il y a toujours eu deux courants opposés dans l'Église : aux docteurs sévères, qui veulent qu'on se sépare tout à fait du monde, s'opposent tes moralistes plus indulgents, qui cherchent une manière honnête de s'accommoder avec lui ; les jansénistes et les jésuites sont de tous les temps. Au milieu du troisième siècle, pendant la persécution de Dèce, le poète Commodien , qui était de l'école de Tertullien , se plaint amèrement de ces ecclésiastiques faciles qui, par bonté d'âme, par intérêt ou par peur, dissimulent aux fidèles la vérité, cherchent à leur rendre tout aisé, tout uni, et ne leur disent jamais que ce qu'il leur fera plaisir d'entendre. » (Boissier, Études d'histoire religieuse, Revue des Deux-Mondes, i*' juillet 1887.)

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un lieu où vous devez rencontrer un adversaire qui vous provoquera ; s'il vous attaque et que vous vous défendiez, est-ce un duel?... De tels raffinements présentent un vrai danger, particulièrement redoutable en ce qui touche aux mœurs.

Les pécheurs eux-mêmes tendent à pousser les casuistes dans cette voie, en cherchant à ruser avec la morale, en imaginant des prétextes pour ne pas quitter leur péché. Leurs artifices sont un nouvel écueil que signale Bossuet : « On fatigue les casuistes par des consultations infinies. Et à quoi est-ce, dit saint Augustin, qu'on travaille par tant d'enquêtes sinon à ne trouver pas ce qu'on cherche? C'est pourquoi nous éprouvons tous les jours qu'on embarrasse la règle des mœurs par tant de questions et tant de chicanes qu'il n'y en a pas davantage dans les procès les plus embrouillés. La chair qui est condamnée cherche des détours et des embarras ^ »

« Je ne veux pas dire qu'il ne se rencontre quelque part des obstacles même dans les voies de la justice. La variété des faits, les changements de la discipline, le mélange des lois positives font naître assez souvent des difficultés qui obligent de consulter ceux à qui Dieu a confié le dépôt de la science. Mais il ne cesse pas d'être véritable, et nousle voyons tous les jours par expérience, que les consultations empressées nous cachent quelque tromperie. Et je ne crains pas de vous assurer que, pour régler notre conscience sur la plupart des devoirs

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