‹ PascalChapitre 146 sur 181 · Provinciale, I, p · texte numérisé non relu

Provinciale, I, p

Et comme ils furent pour la plupart des religieux irréprochables , des prêtres d'une haute vertu ; que Sanchez, Suarès, Escobar lui-même, eurent une réputation méritée de sainteté, il est juste d'accuser moins encore les casuistes que la casuistique.

Le cardinal Henry, pour expliquer la morale relâchée de certains casuistes , fait remarquer que la plupart de ces docteurs appartenaient à TEspagne, où régnait l'Inquisition ; où chacun courait le risque « d'être dénoncé, excommunié et, au bout de l'an , déclaré suspect d'hérésie et comme tel poursuivi en justice ». Et il attribue à un sentiment de charité l'indulgence excessive que les casuistes espagnols permettaient aux directeurs à l'égard de pécheurs vraiment indignes du sacrement*.

Ce n'est là qu'un petit côté de la question. Le vice de la casuistique est inhérent à sa nature même, quelle qu'en puisse être l'utilité.

La casuistique, ou science des cas de conscience, n'est pas nouvelle.

Les anciens l'ont connue : Socrate et Sénèque l'ont pratiquée comme moralistes ; Cicéron lui consacre une partie du traité des Devoirs. Elle s'est particulièrement développée dans l'Église, parce qu'elle répond à un besoin essentiel de la direction des âmes. Elle est en effet un complément nécessaire de la théologie morale. Les principes de conduite que celle-ci enseigne restent dans le domaine abstrait de la théorie ; il en va tout autrement de la pratique, où ces mêmes principes se rencon-

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