‹ PascalChapitre 175 sur 181 · Lettre 5 à Thomas Burnet · texte numérisé non relu

Lettre 5 à Thomas Burnet

pas leur misère, qui n'en gémissent pas, Tétonne et rirrite. De là ces accents émus qui prêtent à la dialectique de Pascal une étrange intensité. Avant d'atteindre au port, il a été assailli par la tempête, bien différent d'un Bossuet, d'un Bourdaloue qui semblent habiter des régions inaccessibles aux orages. Pascal a >cru comme eux ; mais il n'a pas leur paisible sécurité, leur conviction sereine : Q a sondé plus avant la profondeur de cet abîme qu'il nous dépeint entr 'ouvert sous nos pas, entre les deux infinis qui nous enferment; il a souffert de notre impuissance à combler le vide que nous sentons en nous et autour de nous.

Ce tourment de l'infini, que le xviii® siècle n'a guère connu, qui, sous des formes vagues et flottantes, a été le mal de notre temps : Pascal Fa ressenti si profondément que la sensibilité maladive de nos contemporains a cru retrouver en lui l'écho de ses propres défaillances ^ Aussi les pessimistes modernes Tenrôlent-ils volontiers dans leurs rangs et le comptent-ils pour un des leurs. Il faut dissiper leur illusion.

Le pessimisme qu'ils professent n'a rien de conmiun avec celui de Pascal. Schopenhaueret ses disciples déclarent que la vie est mauvaise en soi et ne vaut pas la peine d'être vécue; que le mal qui est dans le monde,

1. Sainte- Deu?e rapporte ce jugement de Chateaubriand sur Pascal : « La Gn du \vr siècle lui avait légué ce. scepticisme qui régnait alors partout, lui avait mis ce ver au cœur. Il en a triomphé tout en en mourant. C'est là sa physionomie, c'est ainsi qu'il a sa vraie grandeur. » Sainte-Beuve ajoute avec raison : <( Dans ces paroles si vives et si poignantes, il y a encore trop de l'homme de ce temps-ci, du Pascal tel que chacun le porte et l'agite en soi, du Pascal d'après Werther et René. »

inhérent à la destinée humaine, n'a pas de remède : c'est pourquoi leur pessimisme aboutit au découragement absolu, au désir de l'anéantissement. Le pessimisme de Pascal, sauf quelques traitsexcessifs, ne lui est pointparti • culier : c'est le pessimisme chrétien, conséquence du premier péché. La vie n'est donc mauvaise que par la faute de l'homme ; et nous pouvons obtenir de Dieu qu'elle redevienne meilleure, puisque le Sauveur nous a rachetés. Le mal qui règne dans le monde n'est donc nullement irrémédiable. Et bien que Pascal en ait assombri le tableau, son pessimisme, au lieu de jeter l'homme dans le découragement, conduit à une soumission confiante et à une espérance immortelle. « Je tends les bras à mon libérateur, s'écrie Pascal ; et, par sa grâce, j'attends la mort en paix, dans l'espérance de lui être éternellement uni ; et je vis cependant avec joie, soit dans les biens qu'il lui plaît de me donner, soit dans les maux qu'il m'envoie pour mon bien *. »

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