INTRODUCTION
Jamais Pascal n'a été tant réimprimé que de nos jours ; et Ton comprend l'attention dont il est Tobjet. Il n'y a pas d'écrivain qui soit mieux approprié à l'état actuel de nos âmes; il n'y en a pas qui ait pénétré plus profondément l'abtme de nos misères et plus vivement ressenti les étranges conflits de notre nature : on dirait qu'il a connu le malaise moral dont notre siècle est atteint.
Si l'on demande en quoi notre travail diffère des ouvrages qui ont paru ces dernières années sur Pascal, la réponse est dans ce texte de ses Pensées : « Pour entendre le sens d'un auteur, il faut accorder tous les passages contraires*. • Tout auteur a un sens auquel tous les passages s'accordent, ou il n'a pas de sens du tout \ d
D'aucuns se sont bornés à déplacer çà et là quelques morceaux, à édifier sur quelques fragments isolés des hypothèses chimériques, à demander aux Pensées des arguments pour une thèse, en laissant de côté ce qui la démentait. D'autres se sont scandalisés do certains passages qu'ils ont cru devoir attribuer à des états d'âme extraordinaires, parce que Pascal y exprime,
1. XVl, 10 bis, 6d. Ern. Ilavet, Delagravc, Paris, 1883. — C'est celle que nous citerons toujours sur les Pensées et VEntrelkn de Pascal avec M, de Saci.