‹ PascalChapitre 46 sur 181 · n ft'agit du duc de Roannez · texte numérisé non relu

n ft'agit du duc de Roannez

larmes, il partit le lendemain de la fête des Rois (7 janvier 1655) avec M. de Luines pour aller en Tune de ses maisons (cliâteau de Vaumurier), où il resta quelque temps. Mais, parce qu'il n'était pas là assez seul à son gré , il a obtenu une chambre ou cellule parmi les solitaires de Port-Royal d'où il m'a écrit avec une extrême joie de se voir traité et logé en prince, mais en prince au jugement de saint Bernard , dans un lieu solitaire où l'on fait profession de pratiquer la pauvreté*. »

C'est à Port-Royal des Champs qu'il eut alors avec M. de Saci le célèbre entretien sur Épictète et Montaigne qui nous a été rapporté par Fontaine , et dans lequel on trouve , par avance , les grandes lignes de la philosophie chrétienne de Pascal : contradictions qu'offre la nature de l'homme par son mélange incompréhensible de grandeur et de bassesse ; impuissance des philosophes à expliquer cette énigme , les uns ne voyant que la grandeur, comme Épictète, les autres que la bassesse, comme Montaigne; et TÉvangile seul capable de la résoudre par le péché qui a fait déchoir l'homme de sa grandeur primitive.

On rapporte à la même époque l'écrit Sur la conversion du pécheur.

Pascal dut pourtant quitter cette solitude , où il trouvait le repos du corps et de l'âme. « Il ne s'ennuyait point là, nous dit Jacqueline, mais quelques affaires l'ont obhgé de revenir contre son gré, et pour ne pas

1 /(/., ibid., p. 361.

tout perdre, il a demandé une chambre céans, où il demeure depuis jeudi, sans qu'on sache chez lui qu'il est de retour... On dit qu'U s'est fait moine, d'autres, hermite, d'autres, qu'il est à Port-Royal : Il le sait et ne s'en soucie guère ^ »

Mais Jacqueline ne le trouve pas assez contrit, assez pénitent. Elle lui écrit le 19 janvier : « J'ai autant de joie de vous trouver gai dans la solitude que j 'avais do douleur quand je voyais que vous Tétiez dans le monde. Je ne sais néanmoins comment M. de Saci s'accommode d'un pénitent si réjoui et qui prétend satisfaire aux vaines joies et aux divertissements du monde par des joies un peu plus raisonnables et par des jeux d* esprit plus permis (ceci s'adresse au savant), au lieu de les expier par des larmes continuelles^. »

Elle approuvait toutefois ces jeux d'esprit, lorsqu'ils pouvaient être utiles aux petites écoles de Port-Royal, dont elle avait la direction. Pascal, dont Imtelligence n'était jamais en repos, avait cherché une méthode nouvelle pour apprendre à lire aux enfants, celle que l'on pratique aujourd'hui et dont Pascal est le vérital)le inventeur. Jacqueline lui écrit le 26 octobre pour lui soumettre quelques difficultés : « Nos mères m'ont commandé de vous écrire afin que vous me mandiez toutes les circonstances de votre méthode pour apprendre à lire par be, ce, de, etc., où il ne faut point que les enfants sachent le nom des lettres... Je ne vois pas comme on peut leur faire comprendre facilement que les lettres

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