OFFICES DE CICÉRON
J*ay veu M. de Bridieu : il m'a dit qu*à la cour tous les beaux esprits [lisaient] les Offices de Cicéron, et qu'ils les porto ie ni comme leurs bibles : Chevalier Miton, Méré* On en lent une fois au conte Saint -Paul Longue ville ^. Tous les beaux esprits ad 111 iroient Cicéron ^. M. Bridieu montroit que la religion elevoit encov plus haut ses peiisées, et que, en Cicéron, il n'y a voit que des demy beautés, lesquelles estant perfectionnées par le christianisme sont tout autrement lumineuses. En un mot, la religion
^ Cette phrase se peut interpréter aussi en ce sens que les premiers écrits français parus déjà, auraient eu peu de succès. En ce cas, il faut descendre à l'écrit sur la Prédication qui est de 1679.
' Ce nom dôfiguré cache ou celui du P. Bon h ours, c:ju celui du P. Laurent Lebrun, né à Nantes le 4 man> i6û8, mort à Paris le i^"" septembre 1663, Voir la longue liste de ses poèmes latins dans* la Bibliothèque... du P. Sommer\'ogel, t, ÏV, col. 1630.
'^ Sur l'abbe de SaiJit-Paul Longueville. Voir Poft-Royai, L IV,
* Le passage est à rapprocher d'un jugement de Eossuet sur Cicéron, que j'ai cité déjà : a M, Bossuet estime que les plus beaux livres de Cicéron, ce sont les loix ^ {io\. 44). (Voir Revue Bossuet, 1. c, p. m.)
répare le bon sens. Cicéron permet de se vanger : cela est contre le bon sens. Nous anons une société entre Dieu et T homme. Les philosophes reiglent la société auec les hommes et non auec Dieu (fol, 114, V").
Les Miton et les Méré, qui faisaient des Offices de CicéR)n leur Bible ou leur bréviaire, nous ramènent à la période de la vie de Pascal non encore soumise à Tinfluence exclusive ou du moins prédominante de Port-Royal. Raison de plus pour ramasser dans notre recueil tous les témoignages qui, sous couleur de jugements littéraires ou théologiques, concernent ses amis de la veille comme ceux du lendemain. Au reste, les Pascalins proprement s dits, La Chaise, Goibaud de Dubois, tout aussi bien que Bridieu, Nicole, et autres critiques assez rigoureux des Pensées et des autres travaux de Pascal, intéressent, chacun dans leur genre, son œuvre et sa physionomie. Tous nous éclairent, par leurs conversations, sur les milieux divers qu'il eut à traverser.
Pour faire court et ne point nous perdre dans les innombrables conversations de omni re scibili relatées dans notre manuscrit, nous nous bornerons à relever^ pêle-mêle et sous leurs différents titres, divers jugements de toute, sorte portés par les membres de ce cercle anonyme. Le P. Rapin, déjà rencontré, y voisine avec Lumbert, le critique littéraire de ces Messieurs de Port-Royal, avec Naudé, le P. Martin \,
^ Contrairement à ce qui a été dit page 20, n . j , etbieii que le P- Martin, Bénédictin, se soit occupé des éditions des Pères, il s'agit plus probablement dans ces entretiens d'un de ses homonymes, désigné par une indication plus complète, comme t)riginairc du Poitou et appartenant à rOratoire. Les jugements portés prononcés par lui et cités plus haut sur saint Augustin, saint Thomas et Descartes (voir p, 20) donnent à penser qu'il est en question dans les deux fragments que voici : te PHILOSOPHIE. Elle tend à rendre Thomme heureux. L'homme ne îe sçauroit estre que par la possession de Didu. Il faut donc que la philosopliie le regarde dans toutes ses parties : ainsi, la Logique le regarde comme la vérité qui règle l'esprit ; la Morale, comme
Bridieu et plusieurs autres qui nous rapportent les sentiments de leurs amis ou leur propre opinion ^ Le commentaire en prendrait trop de place ; bornons- nous à souligner le jugement sur Montaigne, accompagné toujours de la note caute legendus, qui n'a rien pour surprendre lorsqu'on se rappelle ÏEntreiien sur Epiciète,