M. DENIS
Disciple de M. Hersan, il enseigne à Monsieur le Dauphin l'histoire des expériences. Mme de Sablé l'a fait préférer à M. Rohaut. Monsieur le Dauphin est rauy quand il le voit.
M. Denis explique toutes les maladies par la circulation du sang 4. Dans la fleure on a le frisson, on tremble, on a soif, on rêve, on a chaud, on sue quelques fois. Or, supposé que dans
1 Floquet, dans Bossuet précepteur (p. 112 et suivantes), signale les travaux de Rohault, de Rocmcr, de Blondel, de du Verney. Il a ignoré le détail indiqué ici, et il ne paraît pas avoir cpnnu les conférences de Denis.
- Le « mépris janséniste de la science » (Michaut, Pensées, p. X) et le dédain de la spéculation astronomique transparaissent claire ment dans cette pensée de Nicole.
Il s'agit certainement du médecin J.-B. Denys, donl Moreri donne la notice et signale les conférences tenues à Paris en 1672 (il fournit la date de chacune), sous le patronage du Dauphin, Est-Gl le Denys cité dans Port Royal ( 1 \" . s< >7 ) comme ayanl recueilli les dits de Nicole ?
1 Au folio [43, \", on lit. sous Le titre: Circulation du sang I II' couverte par Erar (sic) Paolo Soave, Vénitien religieux de l'Ordre des Servîtes, publiée par Guillaume Herveus, \n médecin de Eeu ' harles rr. Roy de la Grande-Bretagne, el illustré* (..ii \i Des Cartes
Elle < si prouvée par La construction du cœur, par celle d< valvules et leur dive] le disposition, par La Ligature «les arten 11 du co b du ■ oeui
la veine cave, il y ayt une partie de sang difficile à eschauffer, quand elle passe dans les ventricules droits du cœur, tout cela arrive, car ce sang ne pouvant pas couler aux extrémités, il faut nécessairement qu'on ayt froid, puis, ce sang montant au cerveau, agite les nerfs, ce qui fait trembler, et comme le bois verd, quand il vient à brusler, brusle mieux que l'autre, il en est de mesme de cett'humeur, d'où vient la chaleur, la soif et la sueur. La paralisie vient quand le sang ne peut passer ; quand il remonte ail cerveau, voyla l'apoplexie (fol. 103).
Les jugements sur les auteurs, que nous relevons un peu pêle-mêle, ont beau ne se référer à Pascal qu'à travers ses amis, qui jugent ou sont jugés, ils n'en émanent pas moins d'un cénacle où les Pascalins paraissent avoir eu souvent voix prépondérante, et par là sont loin d'être étrangers à notre sujet. Voici les principaux selon l'ordre, sinon le hasard du manuscrit où, sans doute, les diverses appréciations ont été consignées au fur et à mesure, un peu comme dans le Menagiana 1.
JUGEMENT DES AUTEURS DU XVIIme SIECLE QUI ONT ESCKIT EN FRANÇOIS
M. Amiot a traduit Plutarque sur le grec très bien, quoyque d'autres veillent (pour veuillent) qu'il l'ayt faite sur une traduction italienne. M Vaugelas tient que c'est un trésor de la langue françoise, son stile commence à beaucoup vieillir. C'estoit le livre de Montagne ; il vaut une bibliotecque.
M. Coeffeteau, Evesque de Marseille, a escrit beaucoup de choses ; son grand ouurage est l'histoire romaine. Il escrit si bien que messieurs de l'académie se forment sur luy pour faire leur
1 Voir, à propos de certaine chronologie à découvrir soit dans les conversations de Ménage, soit dans celles que résuma notre anonyme, ce que j'ai noté dans mon Histoire critique de la Prédication de Boardaloue, t. III, p. 455 et 469.
dictionnaire. M. de Marolles, abbé de Villebois (lire Villeloin) dit qu'il estoit paresseux et qu'il a fait des fautes dans ce qu'il a traduit de l'Histoire d'Auguste. On la peut lire plus seurement dans les originaux ou dans la traduction qu'en a fait M. de Marelle M. le cardinal d'Ossat avoit toujours l'Institution, de Calvin l pour l'antiquité et pour Testât ; mais ce n'est pas là où on les doit apprendre : il ne touche les choses que superficiellement. Les choses sont plus éclairées de nostre temps.
M. de Malherbe a esté fort célèbre de son temps pour ses vers mais moins pour sa prose : on trouve quelques-uns de ses vers un peu contraints.
Michel de Montagne est éloquent. Un Espagnol dit de luy Si vous avés lu Montagne, vous avés lu Plutarque et Seneque mais si vous avés lu Seneque et Plutarque, vous n'avés pas lu Montagne. Les beaux esprits l'admirent aujourd'huy : ses expressions sont fortes, mais elles sont gauloises : son langage n'est pas pur ; son stile est coupé et précis : il représente les choses vivement dans toute leur évidence : c'estoit le livre de M. Paschal. Il le blasme cependant beaucoup : aussi a-t-il des endroits dangereux
1 J'ai cité dans l'Histoire critique de la Prédication de Bourdaloui (t. III, p. 458) le passage qui nous apprend l'estime que l'orateur avait pour ce style. Je le complète ici par le contexte :
Il a originairement écrit en françois : il y a 7 volumes en irançois et 3 en latin ; on le rimprime en Hollande.
C'estoit la meilleure plume de son temps : son Commentaire sut Job est ce qu'on a de luy de meilleur. Ce sont des homélies qu'on a recueillies de luy, on les vend à part.
Il a ensuitte traduit son Institution en latin, dont la première édition a pour deuise : Non veni mittere pacem, sed bellum Caractère d'une bonne mission; quelques autn - traittés ont esté traduits pai d'aul re - en latin.
Ce qu'on écriuoit contre luy ne scruoit qu'à luj donner du Lustre i.nii Be aduei aires escriuoient nul, son éloquence .i respandu son hérésie.
Le P. Bourdalou 1 hum sa prélace ou sa 1 ettre <!<• Bon institution .m Roy d'Angletem la pièce la plus acheuée que nous ayons en • loqut ne < .
et peu justes et ce n'est pas un auteur à mettre entre les mains de tout le monde.
Charron est assez beau, mais trop libre : les habiles le mettent après Montagne. Ces auteurs commencent fort à vieillir.
M. de Voiture est de nos jours l'auteur qui a passé pour le plus poly. Il a escrit des lettres et des vers, et a mieux réussi dans les lettres. Ses lettres amoureuses, dit-on 1, ont beaucoup d'esprit et peu de passion, et c'est pour cela que le chevalier de Méré les condamne. Il n'y a pas grande perte ; il y a de fort belles lettres, mais il y en a qui sont remplies de bagatelles.
Balsac a fait beaucoup de bruit dans son temps, mais à présent il n'en fait plus tant ; on est revenu de ce grand stile figuré qu'il affecte : le stile coupé plaist infiniment plus 2. Ses ouvrages sont en deux tomes in-folio : on lui est obligé d'avoir perfectionné la langue, formé le stile et les périodes 3.
M. Arnaud d'Andilly a beaucoup escrit et peut estre trop ; il n'est pas tousjours exact dans ses traductions et dans sa Vie des Pères ; on luy attribue la traduction de Jean Climacus, mais elle est de M. le Maistre ; celle des Confessions de saint Augustin n'est pas exempte de fautes 4.
1 Ce dit-on indiquerait que l'auteur des jugements, Bridieu peutêtre, veut faire entendre qu'il n'a pas lu ces lettres profanes.
2 Sur Balzac on trouvera plus loin (p. 57) un jugement également rigoureux, sous la signature de Bourgeois. Je l'ai cité dans la Revue Bossuet, 1. c, p. 112. On y lit : « On se moque à présent de Balsac. On dit d'un homme : il parle Balsac. »
3 C'est presque le mot connu : Balzac a fait faire sa rhétorique à la langue française. Voir mon Balzac inédit, dans les Etudes du 5 janvier 1907.
1 II est bon d'ajouter, comme complément de ces notes sur les auteurs, des restrictions assez mordantes, de Dirois sans doute, signataire de quelques articles qui suivent ceux-ci, anonymes, et qui, outre d'Andilly et Le Maistre ici nommés, touchent et Boileau et Louis XIV.
SATYRES DE BOISLEAU
Dom Messier, Chartreux, n'estime pas la satyre de l'homme de M. Boisleau ; il dit que tout porte à faux. Il y a un jeune homme de Montauban qui le réfute.
M. Antoine Arnaud, docteur de Sorbonne, est l'esprit le plus fort et le plus éclairé du siècle : il est grand théologien, grand philosophe, grand mathématicien l, comme ses. ouvrages sur toutes les sciences le monstrent. On ne peut pas escrire avec plus de force, quoyqu'il n'ait pas toute la délicatesse ; aussi ne la cherche-t-il pas. Il ne parle pas la moitié si bien qu'il escrit.
Isaac le Maistre, ou M. de Sacy, prestre, frère de M. le Maistre aduocat, escrit fort poliment. Il a fait la Vie de dom Barthellemy des Martyrs, qui est un chef-d'œuvre. Il a traduit Y Imitation, et traduit l'escriture. Son stile n'est pas encore sans deffaut : il a quelques expressions qui ne sont pas naturelles.
M. le Maistre, aduocat, qui a renoncé à cette profession où il excelloit, pour vivre en retraitte, il (sic) a composé plusieurs beaux ouvrages de piété : la Vie de saint Bernard, la traduction de saint Jean Climacus ; il estoit éloquent, mais il n'estoit pas théologien, il falloit revoir ses ouvrages.
M. Hermand, chanoine de Beauuais, est un homme de grandi vertu et d'une profonde érudition ; il a escrit en françois la vie de saint Chrisostome, de saint Athanase, de saint Grégoire de Xazianze, saint Basile. Son stile me semble trop estendu et trop enflé ; il n'a pas toute l'exactitude -.
Perrot d'Ablancourt est un autre très célèbre pour ses traduc-