‹ Pascal et son temps: 3 parties: 1-2: (8. éd.). 3: (6. éd.)Chapitre 6 sur 13 · I. y traduisit de TËpictète. Il choisit mal, puisqu'il · texte numérisé non relu

I. y traduisit de TËpictète. Il choisit mal, puisqu'il

choisit un opuscule apocryphe : un dialogue entre Épictète et l'empereur Adrien. C'était du

\ stoïcisme mis en formules antithétiques et en

jeux de mots; mais enfin c'était du stoïcisme.

Coras fit imprimer sa traduction et la dédia à

François de Valoy, roy d'Ecosse et dauphin de

j France. Elle s'intitula ainsi : Altercation m

I FORME DE DIAUMSUE DE l'eMPEREUR AdRIAN ET DU PHI-

I LOSOPHE ÉpicitTE, Contenant soixante et treize çues-

I tiom et autant de réponses. Rendu du latin en franr

çois, par M. Mattre Jean de Coras^ docteur is-droits et conseiller du Roff au Parlement de Tolose^ ateq la paraphrase du mime auteur., A Tolose^ chez Jean André, libraire à la Porterie, à l'enseigne de l'Escu de Venise, aveq privilège du roi. — MDLVIII. ,♦

La traduction est curieuse, la paraphrase est

plus curieuse encore. Coras proGte des réponses I d'Êpiclète pour composer presque des homélies. Il tourne tout en christianisme. Son commentaire ^ est un pieux travestissement d'Épictète ; des sentiments de foi mal déCnis et complexes, mais certainement très intenseSi s'y révèlent et s'y satisfont.

r.oras était à mi-chemin entre l'orthodoxie et le calvinisme. Le poète Rivaudeau (de son vrai nom Ribaudoau) était un franc Réformé. Il était le petit-Gls du jurisconsulte Tiraqueau, si grand et si pauvre que François I*' l'appela au Parlement de Paris et lui Gt remise du prix de sa. charge. André Rivaudeau était passionné pour le latin et le grec ; il n'aimait pas moins la Bible. Il écrivit en 1566 une tragédie à' Aman dédiée à Jeanne de Foix. L'année suivante, il publia un X \ livre d'une autre sorte : La Doctrine d'Ëpictëte

STOÏCIEN, COMME l'hOXXE SE PEUT RENDRE VERTUEUX,

UBRE, HEUREUX, SANS PASSION; troduU du gtec en français par André de Rivaudeau, gentilhomme du Bçf-Poitou. Observattane et interprétations du mime auteur^ sur les plus obscurs passages. A Poitiers^

1567; 4 feuillets et 54 pages. C'est le Manuel tEpictite^ avec un commentaire.

L'intention de Rivaudeau paraît dans quelques lignes de la dédicace à son ami, Honoré Prévost, un prolestant comme lui. « Or, quant à ccste-cy (œuvre), dit Rivaudeau, elle se doit peut-être estimer petite pour mon regard; mais certes très grande pour le respect d'Êpictète, duquel je vous peux assurer parce livret, qu'après la lecture des saints Écrits, vous n'en sauriez trouver en tout fie reste, de meilleur écrivain, ni qui vous apporte plus de consolation et de contentement. »

C'est donc pour la sève morale et non pour la beauté du style, c'est pour y chercher consolation et contentement, et non pas s'y complaire en artiste — ou pour enrichir la langue française des dépouilles d'un illustre grec; disons plus, c'est par piété chrétienne — et réformée — que Rivaudeau traduit Êpictète.

Au reste, la façon serrée don t il rend son auteur est la meilleure preuve de son désintéressement d'écrivain; en voici, par exemple, quelques passages, ceux mêmes que Pascal rappelait à M. de

Sacy : c Ne désire point que les choses qui se

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joie chez Épictète quelques-uns de ses seotiments les plus vifs et les plus nobles.

Ce sonl là deux faits individuels qui demeurent isolés. Us montrent du moins avec quelle facilité le stoïcisme, s'il renaît, pourra se marier aux croyances générales. Il ne viendra pas> comme le

^ platonisme, en ennemi ou au moins en suspect : il sera un auxiliaire, un frère. Ainsi saint Nil, au commencement du cinquième siècle, avait aisé-

I ment adapté le Manuel à la vie monastique; il n'avait eu qu'à changer 0tai en ec^, à substituer saint Paul à Socrate et à supprimer quelques^ f

détails inp\ «IfpoStatwv. • - \ \

Mais ce n'était ni chez des demi-réformés I

mystiques comme Coras, ni chez des huguenots 1

fervents comme Rivaudeau, encore moins chez des catholiques pieux, que le stoïcisme pouvait ]

être autre chose qu'une distraction virile, une '

^ distraction d'un instant.

Il y avait alors en France des gens doctes, sérieux, scrupuleux, de hauts magistrats surtout, qui ne partageaient point l'inquiétude mystique de leur siècle. Le sentiment religieux ne les tour-

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I mentait pas. Nourris de Tantiquité, ils avaient une vertu sereine; ils se laissaient gouverner par une notion claire et haute de la dignité humaine et

j des devoirs des hommes. Ils étaient raisonnables.

^ ils estimaient qu'on doit rendre un culte à Dieu;

i ils suivaient sincèrement la religion de l'Ëtat;

ils en demandaient les secours» ils en embrassaient les espérances immortelles, ils en acceptaient les enseignements dogmatiques; mais ils ne lui livraient qu'une moitié de leur vie et de

['• leur esprit. Pour le reste, ils se suffisaient à eux-

mêmes.

La Réforme les avait d'abprd attirés : elle les effraya ensuite. Cette notion de la foi qui boule-

; verse lés âmes, cette fièvre de conversion ne

.! leur convenait pas. Et puis, dans l'État, la

i Réforme, nouvelle venue, apportait des germes

fde révolte; la guerre civile la suivait. En même temps, le catholicisme se corrigeait des désordres qui lui avaient aliéné tant d'âmes nobles et judicieuses; il prenait dans la controverse un avan- ^tage scientifique très marqué; il était la religion de TËtal. Les gens dont nous parlons revinrent donc à lui. Par eux» comme ils étaient une élite.

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