‹ Pascal et son tempsChapitre 2 sur 24 · PASCAL A PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

PASCAL A PORT-ROYAL

I. Qu'est-ce que c'est quç « être de Port-Royal ». — IL. Pascal ne sera jamais vraiment « de Port-Royal ». — III. Les « Solitaires » et Pascal. — lY. Les occupations de Pascal. — Les Méditations de Pascal.

Le lendemain donc de la fête des rois de l'année 1655, Pascal converti s'en allait avec M. de Luynes à Port-Royal des Champs. C'était pour une retraite temporaire. Sans doute il voulait y décider de quelle manière désormais il organiserait sa vie. Resterait-il définitivement làbas, solitaire parmi les solitaires? Reviendrait-il à m. i

Paris pour y suivre, mais cette fois d'une âme toute chrétienne, dans le recueillement et l'austérité, sa carrière de savant et de philosophe? Luimême ne pouvait encore le savoir. Il était aux mains de M. Singhn, il était aux mains de Dieu : souple, obéissant, abandonné.

Port-Royal a été jusqu'à sa destruction le cœur du jansénisme. C'est par lui que se conservait l'esprit de M. de Saint-Gyran. Les « disciples de saint Augustin », c'est-à-dire les gens dévoués à l'esprit de M. de Saint-Cyran et à la doctrine de Jansenius, vivent dispersés à travers le monde. Il y en a à Rouen, à Clermont-Ferrand, à Bordeaux, partout. Ils sont de toutes les conditions et de toutes les professions : celui-ci conseiller et avocat du roi, cet autre curé, cet autre chartreux, cet autre grand seigneur. Ils remplissent fidèlement les devoirs de leur état, ils vivent comme tout le monde, sauf qu'ils sont plus stricts, plus

dévots; et ils appartiennent à un parti. Mais tout <c disciple de saint Augustin » n'est pas de Port- Royal.

Qu'est-ce donc que « être de Port-Royal? »

Les Solitaires de Port-Royal ont renoncé à tout. Ceux qui sont prêtres, naturellement, conservent leur caractère; de même M. Pal}u et M. Hamon, médecins^ soignentles malades. M aisles autres ne sont plus rien. Ceux d'entre eux qui avaient commencé les études de théologie cessent de poursuivre les grades. Aucun ne songe à recevoir les ordres : la responsabilité du sacerdoce, dont ils ont une idée très haute, les effraye. Ils font pénitence, ils méditent, ils étudient; ou bien encore ils travaillent de leurs mains : ils sont solitaires ». C^est tout. Contre les murs du couvent de Port-Royal (à Paris d'abord, et ensuite auxChamps)sontdes maisons vraiment rustiques, où ils habitent (1). Ils savent que derrière ces murs oïl ils ne pénètrent jamais, vivent et meurent de saintes filles qui prient et qui expient.

(1) Ils habitaient, aux temps héroïques, dans les dépendances de l'Abbaye. Ils habitaient aussi aux Granges et à Vaumurier. Voyez le tome I des charmants Mémoire* pour ierviràVhiitoire de Port-Royal, par M. Fontaine. Cologne, 1738. 3 vol. L'imitation des ConfestioM de Saint Augustin n'en g&te pas trop le naturel

Ils sont persuadés que ces filles, ignorantes de la Tradition, des saints Pères et de toute théologie, conservent cependant par l'ardeur et la sincérité de leur foi le vrai sens de la vie chrétienne, le pur esprit de saint Augustin et de M. de Saint- Cyran. Ils tachent de vivre comme ces filles, mais pas en communauté. Ils règlent eux-mêmes, individuellement, sur les indications de leur directeur et do leur conscience, leurs occupations et leur pénitence. Ils se réunissent pour la prière et à la chapelle. Us se réunissent encore dans les cas graves, pour délibérer sur les intérêts de la secte. Probablement ils ont mis en commun leurs ressources ; et une bonne partie de leur fortune est placée sur le couvent. L'administration de ces ressources est confiée à quelques mains sûres, et c'est un des points secrets et des cas réservés de leur existence commune.

Voilà ce qu'étaient les « solitaires ». Encore distinguait-on parmi eux, à ce que je crois, ces a Messieurs de Port-Royal ». C'étaient ceux qui étaient restés des «Messieurs ». A eux plus particulièrement étaient le gouvernement et l'autorité. On comprend que nul ne fût admis parmi eux aisément et du premier coup. Voyez l'histoire de Nicole.

Nicole, sur les désirs de son père et selon sea dispositions naturelles, travaillait à devenir un docteur en théologie. Vers l'âge de vingt ou vingtdeux ans, il se lie avec Port-Royal. « Ce fut à peu près vers ce même temps (1647), raconte son biographe (1), qu'il eut l'avantage de connaître le célèbre monastère de Port-Royal des Champs, et les pieux et savants solitaires qui habitaient au dehors de cette maison. Comme il aimait la retraite et le silence, et qu'il était assuré d'y trouver l'un et l'autre, il tenta d'y avoir un libre accès. Il ne lui fut pas difficile à trouver. Outre qu'il y avait déjà été plusieurs fois dans le seul dessein d'y entendre les exhortations de M. Singlin, confesseur des religieuses de cette maison, il y avait deux tantes religieuses fort estimées pour leur piété. C'en était plus qu'il ne fallait pour donner à M. Nicole une libre entrée dans cette maison. Il en profita, et devint dès lors, malgré sa grande jeunesse, l'ami des pieux solitaires de ce désert, et un objet d'estime pour les plus savants. « Mais avec cela, il n'est pas encore de Port-Royal. De là il devient régent (et régent

(1) Nicole. Continuation des Essais de Morale, tome quatorzième, première partie, contenant la vie de M. Nicole et l'histoire de ses ouvrages. Luxembourg, 1732, p. 13. L'auteur de cette biographie est Tabbé Go(ijët.

appointé) aux Petites Ecoles, qui se tiennent en cinq chambres ou classes, dans une maison de M. Lambert, au cul-de-sac de la rue d'Enfer, près la maison de Port-Royal de Paris. Lors d'une première dispersion, toujours comme régent, il suit un groupe d'élèves aux Granges et à Vaumurier. Et il n'est toujours pas un des « Messieurs de Port-Royal ». Enûn il renonce à la licence et au doctorat; il renonce à tous les titres et à toutes les dignités : et désormais il sera de Port-Royal. « M. Nicole, note ici le biographe, prit une résolution qu'il ne tarda pas à exécuter; ce fut de se retirer à Port-Royal des Champs. Là, livré à une solitude profonde, et n'étant plus occupé que de la prière et de l'étude, il suivait les traces des pieux solitaires qui habitaient ce désert, et s'engraissait cemme eux du jeûne et de l'austérité de la pénitence. Il y méditait continuellement l'Ecriture Sainte, et y joignait l'étude des Pères de l'Église et de l'histoire ecclésiastique, dans la vue de s'instruire parfaitement de ses devoirs et d'être utile à son prochain, si Dieu l'y appelait un jour. Il s'y mit sous la conduite de Messire Antoine de Singlin, confesseur et supérieur des religieuses de ce monastère, et qui était en même temps le directeur de M. le Maistre,

célèbreavocalydeM. Arnauld et de M. de Sacy, » Eh bien! malgré ce long noviciat, Nicole n'a jamais élé considéré comme un des purs de Port- Royal; il y a subi une sorte de suspicion : on l'accusait de donner dans a les chimères des Thomistes » et de « gâter Tesprit de M. Arnauld ». On le lui a reproché en face plus d'une fois, et vertement. Historien, et historien fort instruit des systèmes théologiques du passé, il discernait les complexités de problèmes que la naïveté et l'ignorance des solitaires résolvaient sans peine. Ce n'était pas, comme le grand Arnauld, une simple machine à mettre en forme les idées et les sentiments un peu vagues du parti. Il avait ainsi porté dans le parti un esprit déjà formé par ailleurs, des habitudes, des méthodes, des préférences intellectuelles; avec cela, une sorte d'obstination douce. Il a fini par sortir du parti. Par Nicole, jugez de Pascal.

Pascal n'a pas subi l'épreuve du long noviciat de Nicole. Il est arrive à Port-Royal un peu brus-

s PASCAL ET SON TEMPS

quement, mais la joie n'en fut que plus vive : quelle magnifique conquête, et quelle conquête imprévue I Le bruit courait en eflfet que Pascal avait été sur le point de contracter un mariage brillant et qu'il y avait renoncé pour Port-Royal. On savait qu'il était un admirable savant destiné à la gloire ; et si la plupart des solitaires étaient incompétents pour juger de ses titres scientifiques, il n'en était pas un sans doute qui ne connût de nom la machine Arithmétique, laquelle donnait au bois et au cuivre le pouvoir mystérieux, jusqu'alors réservé à la raison, de calculer et de compter.

Mais à côté de la joie voici la défiance, au moins chez les maîtres de Port-Royal. Ils connaissaient assez Pascal pour savoir que c'était une deuxième conversion. Et de quelle manière pitoyable la grâce de la première conversion avait été dissipée I Le lecteur se rappelle (nous l'avons raconté) avec quelle sévérité la mère Angélique jugeait alors Pascal : elle disait « qu'il n'y avait pas lieu d'attendre un miracle de grâce en une personne comme lui » . Et sans doute le miracle semblait s'être produit; mais le mondain qu'était Pascal, ce mondain qui s'était opposé pour un triste débat d'argent à la vocation évi-

dente de sa sœur, était-il si entièrement transmué, si vraiment converti, que le chrétien vécût seul en lui, et qu'il fût mûr pour la Solitude? La mère Angélique, par charité, essayait de ne pas se poser cette question; M. Singlin, par prudence, devait se la poser, et M. Singlin gouvernait Port-Royal. Il gouvernait Pascal par surcroît.

Cependant il fallut se rendre : la conversion de Pascal était définitive, et le miracle était accompli. M. Singlin n'en peut douter. Mais il put douter que Pascal eût l'esprit, disons la vocation, de Port-Royal et de la Solitude,

Port-Royal redoutait par un instinct juste et involontaire l'esprit critique. Le Port-Royal de M. Singlin, de M. de Sacy et de la mère Angélique, exige une foi nue. Ce n'était pas seulement par adoration du mystère, ni par mépris de Torgueilleuse raison humaine : c'était par une nécessité. La foi de Port-Royal s'applique à quelques idées simples, mal analysées et encore plus mal liées. Y introduire la clarté et la liaison, les soumettre au contrôle de la raison, ne se peut essayer qu'au détriment de leur intégrité, de leur simplicité, de leur ingénuité : il faudrait les définir avec subtilité; il faudrait leur ajouter

des correctifs et des compléments. EUes cesseraient d'être grâce, adhésion du cœur, mouvement quasi involontaire, dépôt quasi divin. Elles deviendraient des notions compliquées et humaines. Pas d'esprit critique à Port-Royal!

Or Pascal avait l'esprit critique et constructif.

11 était essentiellement la « méthode scientifique » . Lorsque l'avocat Le Maître se convertit. Le Mattre cessa du coup d'être l'orateur éloquent. Il renonça, il put renoncer à ce qui avait été jusque-là sa vie. Et cependant il gardait dans un coin de sa chambre de solitaire le manuscrit de ses plus beaux discours! Pascal, lui, ne pouvait pas laisser à la porte de sa chambre, ni dans un coin de sa chambre ce qui avait été sa vie. Il ne lui fallait que du courage pour oublier gloire et mariage ; il ne lui fallait que de la volonté pour briser ses tubes de verre, pour reléguer dans un grenier « le récit de la grande expérience de l'équilibre des liqueurs », le « traité de la pesanteur de l'air », ou le traité « du triangle arithmétique ». Mais ni volonté, ni courage n'auraient contraint son esprit à n'être plus son esprit. Pascal sait que la vérité a les mêmes exigences toujours, sa matière seule diffère; que l'esprit a les mêmes devoirs toujours; ses objets seuls dif-

fèrent. Sous le titre de vanité des sciences^ il dit dans une pensée célèbre : « La science des choses extérieures ne me consolera pas de l'ignorance de la morale en temps d'affliction ; mais la science des mœurs me consolera toujours de l'ignorance des choses extérieures. » C'est le même mot de science qu'il emploie, et par là il veut dire que dans la vie morale de l'homme, comme dans les « choses extérieures » il y a des faits à obser^'er; il y a à découvrir la liaison des faits et leur principe. Il veut dire encore que dans l'un et l'autre domaine il faut le même regard aigu et froid, la même sévérité à n'admettre pour vrai que ce qui est donné par l'expérience^, par l'évidence, ou par des principes indubitablement vrais. Et sans doute il y a certitude et certitude; science et science. Mais il n'y a qu'un devoir intellectuel. D'ailleurs Pascal ne renonce même pas à ce qui a été l'objet de ses études. Bon à Mme Périer de nous raconter là-dessus que son frère a fait fi de toutes les sciences, et que nous devons le traité de la cycloïde à quelques heures d'insomnie causées par un grand mal de dents I En réalité Pascal n'a renoncé ni à la géométrie, ni à Montaigne, ni à Epictète, ni même au chevalier Méré. Il a dit adieu à tous ses sentiments

d'amour-propre, d'intérêt personnel, à toute vue humaine et grossière; il ne vit plus que pour Dieu et le prochain; mais il vit, et il vit de tout ce qui faisait sa vie. Tout ce qui faisait sa vie : science proprement dite, philosophie, mondanité, tout cela lui a appris à s^estimer son prix; tout cela a servi à l'éclairer sur sa vraie condition ; tout cela, ce me semble, l'a conduit par la main jusqu'à la conversion. Arrivé à la grande paix et à la grande certitude de Dieu et de Jésus-Christ, il reprend tout ce passé, non pas comme Le Maître reprendra un jour le manuscrit de ses plaidoyers, par un sentiment de complaisance, mais pour y chercher un aliment nouveau à la vie de l'âme dans la foi. Il le reprend. Et Port-Royal ne peut supporter cela.

Cette attitude de Pascal, si grande et si digne de lui, mais si contraire à l'esprit de Port-Royal, apparaît avec une précision émouvante dans l'entretien de Pascal avec M. de Sacy. On se rappelle que Pascal, ayant été mis par M. de Sacy sur le sujet des « lectures philosophiques dont il s'occupait le plus », résuma à son interlocuteur l'essentiel de Montaigne et d'Épictète. Quand Pascal a fini cette exposition, M. de Sacy prend à son tour la parole, et ce n'est pas pour louer Montaigne, ou

PASCAL ET SON TEMPS ii

Épîctète, ni pour en approuver la lecture. « Vous êtes heureux, monsieur, lui dit-il, de vous être élevé au-dessus de ces personnes qu'on appelle les docteurs, plongés dans l'ivresse de la science et qui ont le cœur vide de la vérité. .. Ce sont des viandes dangereuses, mais que l'on sert en de beaux plats ; mais ces viandes, au lieu de nourrir le cœur, le vident. On ressemble alors à des gens qui dorment et qui croient manger en dormant; ces viandes imaginaires les laissent aussi vides qu'ils étaient. » Mais Pascal ne cède pas si vite I « Je vous avoue, monsieur, dit-il, que je ne puis voir sans joie dans cet auteur [Montaigne] la superbe raison si invinciblement froissée par ses propres armes, et cette révolte si sanglante de l'homme contre l'homme... Il est vrai, monsieur, que vous venez de me faire voir admirablement le peu d'utilité que les chrétiens peuvent retirer de ces études philosophiques. Je ne laisserai pas néanmoins avec votre permission de vous en dire encore ma pensée, prêt néanmoins à renoncer à •toutes les lumières qui ne viendront pas de vous... » M. de Sacy écoute encore, mais il n'est qu'à demi convaincu. Il compare ces lectures à de grands poisons « que des médecins habiles savent préparer adroitement »; il ne pouvait

croire néanmoins qu'elles fussent avantageuses à beaucoup de gens dont l'esprit se traînerait un peu et n'aurait pas assez d'élévation pour lire ces auteurs et en juger et savoir tirer les perles du milieu du fumier, aurum ex stercore Tertulliani^ disait uû père. Ce qu'on pouvait bien plus dire à ces philosophes dont le fumier par sa noire fumée pouvait obscurcir la foi chancelante de ceux qui le lisent. C'est pourquoi il conseillerait toujours à ces personnes de ne pas s'exposer légèrement à ces lectures... » Et Pascal s'obstine à ne céder pas; il ne cédera jamais. « Pour l'utilité de ces keturea, conclut-il, je vous dirai fort simplement ma pensée. Je trouve dans Ëpictète un art incomparable pour troubler le repos de ceux qui le cherchent dans les choses extérieures et pour les forcer à reconnaître qu'ils sont de véritables et de misérables aveugles... Montaigne est incomparable pour confondre l'orgueil de ceux qui hors la foi se piquent d'une véritable justice, pour désabuser ceux qui s'attachent à leurs opinions et qui croient dans les sciences des vérités inébranlables... Mais si Épictète combat la paresse, il mène à Torgueil... Et Montaigne est absolument pernicieux à ceux qui ont quelque pente à l'impiété et aux vices... C'est pourquoi ces lectures

doivent être réglées avec beaucoup de soin, de discrétion... Il me semble seulement qu'en les joignant ensemble elles ne pourraient réussir fort mal» parce que Tune s'oppose à l'autre; non qu'elles puissent donner la vertu, mais seulement troubler dans les vices l'àme se trouvant combattue par ces contraires dont l'un chasse l'orgueil et l'autre la paresse, et ne pouvant reposer dans aucun de ces vices par ses raisonnements, ni aussi les fuir tous. » Ainsi raisonne Pascal devant M. de Sacy. Fontaine qui nous rapporte cet entretien, évidemment sur des notes laissées par Pascal et recueillies à sa mort. Fontaine le secrétaire de M. de Sacy et lercffrés&atBaA le plds ingéim de PorfrAojal, le bon Fontaine qui, dans ses Mémoires, ignore les Provinciales, conclut en ces termes le récit de l'entretien : « Ce fut ainsi que ces deux personnes d'un si bel esprit s'accordèrent au sujet de la lecture de ces philosophes, et se rencontrèrent au même terme où ils arrivèrent néanmoins d'une manière différente :

M. de Sacy y étant arrivé tout d'un coup par la claire vue du christianisme, et M. Pascal n'y étant arrivé qu'après beaucoup de tours, en s'attachant aux principes de ces philosophes. » Voilà bien la situation : en arrivant à Port-Royal, Pas-

cal n'y porte pas Pascal tout seul, soumis et dépouillé : il y porte aussi son temps.- C'en était assez pour qu'il ne pût jamais « être de Port- Royal ». On en verra plus loin des preuves.

Cependant, et quoiqu'il ne fût pas resté aux Champs toute l'année 1655, il comptait sans doute y faire son principal séjour. Au mois de février de l'année 1656, un de ses amis, le chartreux Jean-Baptiste Boue, écrivait à M. Périer : a Que fera M. Pascal, si l'on disperse les amis de la vérité ? » Quelques mois après dom Boue écrivait encore : « Saluez tous ceux qui nous sont unis et particulièrement M. Pascal et me dites ce qu'il est devenu, car je vous mandais dans ma dernière, par la seule appréhension, ce qui est arrivé en effet (1). »

D'ailleurs Paàcal suivait de près l'éducation de ce neveu qu'il aimait comme un fils, Louis Périer. Louis Périer était aux petites Écoles; on l'avait mis dans ce groupe qui fut envoyé à La Chesnay, près Versailles, et il faisait partie do cette quatrième « chambre » qui réunissait les élèves les plus forts : entre autres, le jeune Ra-

(1) J'emprunte ces deux citations aux documents publiés avec' un commentaire si sûr dans le précieux Pascal inédit de M. Jovr. Vitry-le-François, Tavernier, 1908.

cine (1). Pascal était sans doute plus souvent à La Chesnay qu'à Port-Royal même.

Quoi qu'il en soit, Pascal, en entrant dans Tintimité de Port-Royal, eut une surprise.

Le monde lui avait montré sans doute bien des hommes et bien des femmes dignes de son attention. « A mesure que Ton a plus d'esprit, écrivait-il lors de sa mondanité, Ton trouve plus de beautés originales (2). »I1 en trouvait donc beaucoup. Mais dans le monde l'originalité n'éclate point. La m<^e crée un modèle commun de distinction auquel chacun doit ressembler; et la civilité, qui interdit les trop vives saillies, cache sous un vernis de politesse ce moi qu'elle couvre, mais qu'elle n'ôte point.

Les gens de Port-Royal étaient tout à fait différents. Pour se retirer dans cette étrange solitude,

(4) Nicole. Continuation de» Estait de morale, tome 7, p. 31. (2) Ditcours tur les Passions de l'Amour.

il leur avait fallu briser toutes les conventious, même les conventions religieuses qui n'admettaient guère de solitaire qui ne fût moine, et de pénitent qui ne fût prêtre. Leur décision prouvait une indomptable volonté, et leur persévérance, une énergie surhumaine. Aucune règle venue du dehors ne leur imposait le partage de leurs journées et l'application de leur travail. Chacun d'eux se matait selon son cœur et faisait pénitence selon son individualité : a Chaque solitaire, même après sa conversion, écrit Sainte-Beuve, garde des traits distincts de son tempérament et de sa nature. » Il faut dire plus, il les exagère. La tension de la volonté roidit les muscles, accentue la physionomie. Le moi n'est pas couvert, il est été; — à sa place se développe une spontanéité, plus originale dix fois et plus personnelle. Pascal le remarque, « la diversité est si ample, écrit-il quelque part, que tous les tons de voix, toutes les marches, tousser, moucher, éternuer. . . » Il n'achève pas sa phrase. La Bruyère l'achèvera : « Un sot n'entre, ne sort, ne marche, ni ne s'assied, comme un homme d'esprit. » Pascal se montre donc sensible à la différence qu'il y a jusque dans les moindres choses entre un homme et un autre homme. Il fait plus : les traits carac-

téristîques, les tics de ces hommes singuliers, au milieu desquels' maintenant il vit souvent de corps, toujours de cœur et d'esprit, il les note, il s'en sert pour avoir une connaissance plus complète de l'homme. Il y a, dans ses Pensées^ plus d'une anecdote de Port-Royal.

Il écoute prêcher M. Singlin, il remarque sa méthode, qui était fort ennemie du syllogisme et de la dialectique. M. Singlin allait un peu au hasard, disant toujours des pensées graves et solides, et étant quelquefois éloquent par surcroît; et cela éclaire Pascal sur l'ordre de la charité : « Jésus-Christ, saint Paul, ont l'ordre de la charité, non de l'esprit; car ils voulaient échauffer, non instruire. Saint Augustin de même. Cet ordre consiste principalement à la digression sur chaque point, qu'on rapporte à la fin pour la montrer toujours. » On ne peut mieux définir la méthode de M. Singlin.

M. Singlin était peu soucieux de coquetterie. Il ne se faisait raser que tous les huit jours; même il oubliait quelquefois. N'est-ce pas vraisemblablement à une aventure arrivée à M. Singlin, dans la nouvelle église de Port-Royal de Paris qui était toujours pleine lorsqu'il devait prêcher, qu'on doit cette boutade de Pascal :

a Ne diriez-vous pas que ce magistrat» dont la vieillesse vénérable impose le respect à tout un peuple, se gouverne par une raison pure et sublime... Voyez-le entrer dans un sermon, où il apporte un zèle tout dévot, renforçant la soli&ité de la raison par l'ardeur de la charité. Le voilà prêt à Touïr avec un respect exemplaire. Que le prédicateur vienne à paraître, que la nature lui ait donné une voix enrouée et un tour du visage bizarre, que son barbier Tait mal rasé, si le hasard Ta encore barbouillé de surcroît, je parie la perte de la gravité de notre sénateur. »

M. Hamon, le médecin de Port-Royal, aux pieds de qui Racine voulut être enterré, était petit et de chétive apparence, il s'en allait par les villages monté sur un âne, sans soutane et sans bonnet carré, souvent en guenille; et les gens ne le prenaient pas au sérieux. Il eut beaucoup de peine à inspirer la confiance et à s'imposer. Pascal devait y faire allusion quand il a écrit cette phrase qu*il a barrée : « Ils ne peuvent pas croire qu'un homme qui n'a pas de soutane soit grand médecin, b

Il a lu dans VApologie de Raimond Sebond les effets du vertige, il les note : « Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus

large qu'il ne faut, s'il y a au-dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra ». Et il se rappelle qu'il a à côté de lui un philosophe, qui est, de tous les hommes, le plus accessible au vertige. C'est Nicole. Pascal parle à Nicole de la supposition de Montaigne; vous devinez l'effet; et Pascal d'écrire : « Plusieurs n'en sauraient soutenir la pensée sans pâlir et sans suer. » C'est ainsi que Pascal, qui a appris de Montaigne et d'Épictète à « se servir de pensées nées sur les entretiens ordinaires de la vie », nourrit ce qu'il écrit d'observations piquantes qu'il fait aisément autour de lui dans ce monde si étroit et si varié de Port-Royal.

Il fait aussi des observations profondes. Il connaissait de loin la vie chrétienne à la Saint- Cyran, à la Lemaître, à la Port-Royal. Jadis quand on le pressait, lors de sa ferveur première, de se joindre aux Solitaires, il était épouvanté : et il disait — à sa sœur probablement — qu'il ne se portait pas assez bien pour affronter un tel régime. Il me semble voir Durtal frémir pour son estomac, quand l'abbé Gevresin lui imposa Notre-Dame de VAtre, Tout cela, il a beau se

morigéner lui-même, lui semble inhumain et absurde.

Maintenant, il voit de près tout cela, il vit de cette vie, sa santé s'en accommode, comme la dyspepsie de Durtal s'accommode des légumes cuits à Teau, des huiles et des laitages de trappistes. Il se lève à quatre heures du matin, il suit tous les exercices religieux, il se prive de toutes les délicatesses de la vie; il met même les balais au rang des meubles superflus, ce qui est excessif, comme le lui dit Jacqueline. Et sans doute sa maladie n'en est pas guérie, mais jamais il ne l'a portée plus allègrement. En même temps, lui, comme tous les solitaires, il est soulevé par une joie intérieure, par un contentement et une tranquillité qui lui sont d'autant plus sensibles qu'il a encore toutes présentes les angoisses de la veille. Et il conclut.

Il conclut que tout ce qui s'y voit, ce qui s'y fait est « contre le sens commun et la nature », il le dit, il le répète; et cependant c'est le suprême bon sens et c'est le bonheur. « U n'y a que trois sortes de personnes, écrit-il ailleurs, les uns qui servent Dieu Fayant trouvé, les autres qui s'employent à le chercher ne l'ayant pas trouvé, les autres qui vivent sans le chercher ni l'avoir

trouvé. Les premiers sont raisonnables et heureux; les derniers sont fous et malheureux; ceux du milieu sont malheureux et raisonnables. » Il a été durant toute Tannée 1654 de ceux du milieu « malheureux et raisonnable ». Il a enfin trouvé Dieu, dans la religion — la seule, contre la nature, contre le sens commun, contre nos plaisirs ; — et il est « raisonnable et heureux ».

Jadis il s'agitait beaucoup dans le monde»

cherchant les compagnies et la conversation; maintenant dans la solitude, il s'aperçoit que lui et ceux qui vivent comme lui éprouvent un plaisir inintelligible pour tous les autres. Il en est stupéfait :

« Le plaisir de la solitude, écrit-il, est une chose incompréhensible. » Et il ajoute : a J'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. »

Enfin il reconnaît que cette politesse, dont le monde se prétend le conservatoire, et dont l'Honnêteté se croit le modèle, eh bien, on la trouve, parfaite et plus achevée, dans ces gens qui ne se soucient point du monde. Et il résume ainsi toutes ses impressions : « Nul n'est heu-

c'est que je n'en suis pas capable. » Y a-t-il même dans cet art des règles sûres, les principes du plaisir n'étant pas fermes et stables^ étant divers et variables dans chaque particulier, « avec une telle diversité qu'il n'y a point d'homme plus différent d'un autre que de soi-même dans les divers temps »? Il en doute. Cependant il sait : « que si quelqu'un en est capable, ce sont des personnes qu'il connaît, et qu'aucun autre n'a sur cela de si claires et abondantes lumières ».

Voilà les idées de Méré et Méré lui-même.

Seulement, ces idées, Pascal les a accommodées au jansénisme. Cet art d'agréer est soutenu, expliqué, par la doctrine janséniste des délectations et du péché originel, et par l'expérience de la conversion : et il débute par une vive attaque contre l'intellectualisme stoïcien, en « humiliant cette superbe puissance du raisonnement qui prétend devoir être juge des choses que la volonté choisit » (1).

A l'art d'agréer, d'ailleurs, Pascal ajoute les règles de l'art de convaincre, qu'il n'avait pas donné dans le Traité de l'esprit de géométrique. Il reconnaît que de telles règles sont bien simples,

(1) Opuicules et PenséeSt éd. Brunsghvigg, p. 184.

bien familières, à côté des formules ambitieuses et compliquées des Logiques; on croira les avoir vues partout ! Mais ceux qui ont l'esprit de discernement en reconnaîtront l'originalité. Et il commente là-dessus vme belle page de l'Art de conférer de Montaigne. Ces réflexions sur l'originalité étant la partie la plus neuve de VArt d'agréer^ la Logique du Port-Royal ne les oublie point.

Ce sont des pensées un peu bien élevées. Il en a d'autres, d'un ordre plus modeste. Il invente une méthode pour apprendre à lire aux enfants.

C'est un épisode, oserai-je le dire, tout charmant dans la vie de Pascal, et dans l'histoire de Port-Royal.

On a fort assombri l'image de Pascal : on a dit qu'il n'y avait dans la vie de ce perpétuel malade ni gaieté, ni enfantillage. Sa méthode de lecture prouve qu'il s'est plu à regarder les enfants, qu'il s'est intéressé à leurs petits efforts : il les a vus, plissant le front, se mordant les lèvres, et quand ils ont épelé, pé-a^ ne pouvant en faire sortir papa. Il a compati à leurs grandes petites peines. Il est venu à leur secours.

Autour de lui tout le monde s'émerveille. Le 26 octobre 1655 Jacqueline écrit à son frère pour avoir le secret de sa méthode. Et le théologien de

la petite Église, le maître, le cerveau puissant, le grand Arnaud, le jour même où Ja Sorbonne fulminait contre lui la dernière sentence, de Thôtel des Ursins, où il se cachait, savez-vous ce qu'il écrivait à la mère Angélique Saint-Jean (31 janvier 1656). « Vous rirez de ce qui me donne occasion de vous écrire. Il y a un petit garçon d'environ 12 ans qui ne sait pas lire ; j'ai envie d'essayer s'il le pourra apprendre par la méthode de M. Pascal. C'est pourquoi je vous prie d'achever ce que vous aviez commencé d'en mettre par écrit, et de nous l'envoyer. Je ne sais si la mère a bien voulu que vous lussiez la lettre à un Provincial (la première), je voudrais bien savoir ce qu'elle en dit. » Nous ne rirons pas, nous sourirons et nous serons touchés de cette lettre d'Arnaud au lendemain de la première Provinciale.

Pendant ce temps, en Pascal, la vie intérieure ne se tarissait point. Nous en avons un émouvant témoignage.

Saint Ignace de Loyola et surtout François de Sales avaient formulé, avec une maîtrise infaillible, les règles de laMéditation. Ils avaient rendu la Méditation méthodique, aisée et féconde : Tusage en était devenu général. La Méditation était particulièrement en honneur à Port-Royal. Quand Jacqueline était dans le monde, religieuse de cœur, sinon de fait, la mère Angélique lui envoyait des sujets à méditer, et elle écrivait parfois ses réflexions. Nous avons celles que lui inspira le Mystère de la mort de Jésus-Christ.

Elles ne sont pas très belles ni très pathétiques, les réflexions de Jacqueline. Ce cœur de femme sensible est raisonneur. Ses formules, pour employer une expression de Pascal, sont brutales comme un coup de bâton.

D'abord cette jeune fille poète ne voit rien, son imagination ne lui suggère aucun tableau. « Si vous voulez méditer Notre Seigneur en croix, recommandait saint François de Sales, vous vous imaginerez d'être au mont du Calvaire, et que vous voyez tout... » Jacqueline ne voit même pas le corps du Sauveur : « La mort de Jésus n'a rien d'extraordinaire, écrit-elle, c'est-à-dire que son corps a été privé de vie comme tous les autres, et il s'est tenu mort dans la posture et la manière

qui était propre à son état. » Non son corps n'a pas été « comme tous les autres », j'en atteste ces admirables mises au tombeau^ du quatorzième et du quinzième siècle, où le cadavre divin s'abandonne dans une lassitude qui a quelque chose de plus douloureux que la mort même.

Jacqueline écrit ces froides réflexions d'une manière sèche, monotone et insupportable. Après avoir dit le fait, elle passe à l'idée qu'elle introduit toujours par cette formule : « Cela m'apprend que... » En plus, Jacqueline ramène tout à elle; elle se fait le centre ou l'application de toutes ses idées.

Dans cette méditation sans couleurs, sans émotions, sans vie, Jacqueline est le géomètre.

Dans une méditation analogue, c'est le géomètre Pascal, qui a une âme tendre et une imagination de feu.

Il s'agit de ce morceau qu'on intitule à tort Mystère de Jésus. C'est probablement, — et le manuscrit confirme cette hypothèse, — une méditation sur le premier mystère douloureux du rosaire, l'agonie de Jésus. Il faudrait lire Premier mystère^ V Agonie de Jésus. Cette méditation est d'une tout autre sorte que le Mémorial du 23 novembre 1654, mais elle en fait revivre le

sentiment, et elle en prolonge le retentissement.

Cette fois, oui, Pascal s'est transporté au jardin des Oliviers. Il a fermé les yeux, il a vu le jardin, la solitude « dans l'horreur de la nuit », les trois disciples qui dorment, le maître en agonie, a délaissé seul à la colère de Dieu ». Il ne décrit pas cela, à quoi bon, il n'écrit que pour lui. Mais, à chaque instant, au cours de sa méditation, un mot évoque le tableau tragique.

Ce sont d'abord des idées presque abstraites, presque des raisonnements. « Jésus souffre dans la passion les tourments que lui font les hommes, etc.. ». ff Je crois que Jésus ne s'est jamais plaint que cette fois... ». Pascal est encore maître de sa pensée, et il peut conclure ses premières réflexions :

« Jésus sera en agonie jusqu'à la fin du monde, il ne faut pas dormir pendant ce temps-là. »

Le sentiment devient plus vif, les réflexions plus pressées, les formules plus courtes.

a Jésus dans l'ennui. »

Pascal revoit ses propres tourments, ce vide de son âme, cette agonie devant la conversion : « Jésus étant dans l'agonie et dans les plus

grandes peines, prions plus longtemps. » Il prie, et voici que l'évocation devient plus solennelle. Jésus est là. Il parie. Il dit les paroles nécessaires : « J'ai pensé à toi pendant mon agonie, j'ai versé telles goultcs de sang pour toi... C'est mon affaire que ta conversion... Souffre les chaînes et la servitude corporelle... je te suis plus ami que tel et tel. » La voix est si proche, si douce que Pascal répond : a Seigneur, je vous donne tout. » Et la voix reprend : « Je t'ai aimé plus ardemment que tu n'as aimé tes souillures. »

Puis la voix se tait, la vision s'en va : « Emmy les affections et résolutions , dit saint François de Sales, il est bon d'user de colloques, et parler tantôt à Notre Seigneur, tantôt aux anges et aux personnes représentées aux mystères. » Pascal l'a fait. Il ne lui reste plus qu'à suivre le dernier conseil de saint François de Sales, à fixer « ses affections et résolutions, mais résolutions, spéciales et particulières. » « Il faut ajouter mes plaisirs aux siennes..., faire les petites choses comme grandes... » dit-il, et le reste.

Cette méditation a donc été poursuivie selon les méthodes de saint François de Sales.

Mais c'est Pascal qui méditait.

Il est visible que cette méditation est postérieure à rachèvement de sa conversion. Elle est probablement contemporaine de son arrivée à Port-Royal, quand ses amis Roannez, Méré voulaient le retenir.

Elle révèle une fois de plus l'importance extrême que prend, dans la pensée de Pascal et dans sa foi, la personne de Jésus-Christ.

Elle nous montre en Pascal ce sentiment d'une prédestination individuelle. Certes tout chrétien doit croire que Dieu le voit, le connaît, l'appelle par son nom; c'est une idée des plus familières à saint François de Sales, une des bases de sa mystique, c'est le refrain de M. de Saint-Cyran. Mais chez Pascal, cette idée a pris comme une réalité physique. C'est plus qu'un sentiment, plus qu'une expérience; je ne sais quel nom donner à cette sorte d'intuition. :

a J'ai versé telles gouttes de sang pour toi ! »

Pendant que Pascal cherche une méthode pour apprendre à lire aux petits enfants et médite sur la mort du Christ, l'orage se déchaîne autour de Port-Royal.

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