DEUXIÈME LEÇON
LA VIE EXTÉRIEURE DE PASCAL JUSQU^À LA PREMIÈRE « CONVERSION » (l623-1646)
Qu'il faut laisser à Tun de ses pairs le soin de nous présenter Pascal : citation de Chateaubriand: « Il y avait un homme... » — Quelle part faire à la biographie dans nos études? Que cette part doit être assez grande, et pourquoi : « Il n'y a pas d'écrivain qui soit plus engagé dans ses livres de toute sa personne et de toutes les parties de son humanité. » (Lanson, Litt. franc, ^ 1'"*' éd., p. 443.) — Apparente contradiction avec l'un de nos principes; — mais que la rigidité des principes généraux en critique doit parfois fléchir et s'adapter aux exigences des études particulières.
1. Comme on s'en apercevra du reste aisément, je me suis appliqué, en rédigeant ces notes, à développer de préférence les leçons ou parties de leçons qui, à Tépreuve, m'ont paru, je n'ose dire plus originales, — du moins un peu moins invspirées que le reste des travaux antérieurs. De là un manque apparent de proportions dont on voudra bien ne pas me tenir trop rigueur.
1. La race. — Blaiso Pascal est né à Clermont- Fcrrand, le 19 juin 1623; — la «dynastie» des Pascal ou Paschal en Auvergne (Cf. Tarbre généalogique publié par P. Faugère, Lettres^ opuscules, etc., (le M""^ Pêrier, p. 47G et p. 418) : que sa famille était tout le contraire d'une famille de « déracinés ». — Les gloires auvergnates : Vercingétorix, Grégoire de Tours, Michel de THospital, Domat, les Arnauld, Chamfort, Desaix, M. Paul Bourget; — énergie un peu âpre, austérité du «génie arvernais». — «Une province, pour ne parler que des morts, dont le sang a donné Turenne à Tarmée, THospital à la magistrature et Pascal aux sciences et aux lettres, a prouvé qu'elle a une vertu supérieure » (Chateaubriand, Voyage à Cle?'mont), — Dureté du climat : aspect sombre et triste de Clermont-Ferrand. — Une page un peu romantique de Michelet sur TAuvergne, sa population et son génie [Histoire de France, 11, p. 38-51, éd. de 1842). Cf. aussi: G. Hanotaux, Histoire du cardinal de Richelieu, 1. 1, p. 191-192 (Paris, Didot, 1893), et Paul Sébillot , Littérature orale de l'A uvergne ^ ( Paris ,
1 . L'auteur de ce curieux ouvrage y rapproche fort ingénieusement, tant au point de vue géographi(iue qu'au point de vue ethnique, l'Auvergne de la Bretagne. Ce témoignage a d'autant plus de valeur à nos yeux que M. Sébillot est Breton, et qu'il a longuement étudié les choses de son pays. Sans vouloir d'ailleurs attribuer à ces rapprochements plus d'importance qu'il ne convient, il nous plaît qu'on puisse découvrir des analogies assez
l'homme, l'œuvre, l'influence 17
Maisonneuve, 1898). — Que Pascal est bien un représentant de cette race.
11. Le milieu. — La famille d'une bonne noblesse de robe : gravité et sérieux; — une certaine fortune; — piété un peu indépendante (Cf. Gonod, Recherches sur la inaison où Biaise Pascal est né et sur la fortune d Etienne Pascal son père^ Glermont, 1847, 8% ou Michaut, op. cit., 2'- éd., p. 10-16).
La mère de Pascal, Antoinette Bégon : son
esprit, sa piété, sa charité. -:- Son père, Etienne Pascal ; — détails biographiques : fait son droit à Paris; — « Elu », puis second Président de la cour des aides de Glermont; — sa religion sans austérité, non exempte de superstition (Gf. Michaut, p. 17) ; — sa culture scientifique ; — son intelligence presque supérieure ; — qu'il représente assez bien l'état
frappantes entre la patrie de Pascal et celle de Chateaubriand (cf. aussi Chateaubriand, Voyage à Glermont). — Un savant critique américain, M. Thomas J. Shahan, a voulu aller plus loin encore. Observant que l'Auvergne et la Bretagne sont les deux provinces où la race celtique s'est conservée la plus pure, il veut faire de Pascal un Celte, un « Gaulois », et il explique par là quelques-uns des principaux traits de son génie. Il rappelle ce qu'ont dit des Celtes Henri Martin, dans son Histoire de France, Renan, dans sa belle étude sur la Poésie des races celtiques; en un mot, il nous fait involontairement songer, en parlant de Pascal, à ce que, au cinquantenaire des funérailles de Chateaubriand, MM. de Vogué et Brunetière nous ont si bien dit des lointaines origines ancestrales du génie de l'auteur de René. Cette vue est ingénieuse : il se pourrait même qu'elle fût profonde ; et, en tout cas, elle expliquerait bien ce qu'il y a de si absolument français, de si pleinement « autochtone » dans l'œuvre et dans l'âme de Pascal.
18 PASi'AI.
(l'esprit qui donna naissance h la philosophie de Descaries et en Ht le succès.
Les quatre enfants d'Etienne Pascal : Ânthonia, Taînée, morte en bas âge. — Gilberte (M""* Périer), rainée, née le \i janvier 1020: sa beauté, son intelligence, sa distinction. — Biaise, né à Clermont le 19 juin 1023. — Jaquette ou Jacqueline, née le 4 octobre 1025 : sa vivacité d'esprit, son précoce talent de versification : elle devient « une manière de poète de cour » (Brunschvicg, p. 42) ; caractères de sa piété de jeune fille : son aversion pour la vie religieuse (Cf. Cousin, Jacqueline Pascal^ p. 42), sa tolérance (Cf. ses vers sur la mort cVune Huguenote^ cl la strophe : Mon Dieu^ je 7ie pénètre pas,.. (Id., il)i(l., p. 1)2) ; — mais voyez aussi (p. 71) les Stances pour remercier Dieu au sortir de la petite vérole ; — que ce sera la digne sœur de Pascal.
m. La jeunesse dé Pascal. — En 1()20, mort de sa mûre : d'oii piMit-etrc ce qu'il y eut de peu féminin dans son génie. — Lo père vend sa charge et s'établit à Paris (1()31). — Précocité du jeune Biaise : éducation qu'il reçoit (Cf. A. Binet, De la précocité intellectuelle dans la famille Pascal^ Archives niédicales d'Anf/ers, ISOT, t. l, p. :^77-38i); — que cette éducation tout intellectuelle, plus scientifique que littéraire, est à opposer à celle de Montaigne (Cf.
l'homme, l œuvre, l'influence 19
Sainte-Beuve, Port-Royal^ t. II, p. 457) et à rapprocher de celle de Stuart Mill (Cf. Brunschvicg, p. 3).
Pascal a-t-il « invente » la géométrie à douze ans? Version de M""^ Périer; — version de Tallemant des Réaux [Historiettes^ 188-189) ; — diverses opinions émises (Cf. en particulier J. Bertrand, op, cit.j p. 14-16); — adoption d'une solution moyenne.
Ardeur de Pascal à la géométrie; — ses relations avec les savants de l'époque (Cf. Brunschvicg, p. 7, Adam, VÉdticatioii de Pascal^ et Henri Berr, Pascal et sa place dans l'histoire des idées^ Revue de synthèse historique^ octobre 1900, etMichaut, op, cil,, p. 19).
Etienne Pascal compromis (mars 1638) ; — sa fuite en Auvergne ; — son retour en grâce par Tintermédiaire de Jacqueline (avril 1639) : un mot de Richelieu sur les enfants d'Etienne Pascal : « 11 en fera un jour quelque chose de grand » [Lettres^ etc., p. 445). — Etienne Pascal intendant pour les tailles en Normandie; — toute la famille à Rouen (début de 1640).
La machine arithmétique. — Premiers ébranlements de santé (1641) ; — acharnement au travail; — intermèdes de vie mondaine.
La date de 1646 a été si décisive dans la vie de Pascal, qu'il convient de couper sa biographie à ce moment-là.
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