DE LA VALEUR APOLOGETIQUE DE L ŒUVRE
Singulière complexité du problème ; — mais que la critique n'a pas le droit de Téluder^
I. Questions préjudicielles : du « jansénisme » et du « fidéisme » des « Pensées ». — D'après certains critiques [abbé Longhaye, Hist. de la litt, framu au XVIP siècle, t. II, p. 103-114; — Kreiten, Biaise
1. Sur la question qui a fait l'objet de cette leçon, je ne saurais mieux faire que de renvoyer le lecteur à un article publié depuis rimpression de mon livre par Tabbé Laberihonnière dans la Revue du clergé français^ du 1" février 1901, et intitulé VApologétlque et la méthode de Pascal : l'article a été recueilli dans les Essais de philosophie religieuse du môme auteur (Paris, Letliielleux, 11)03), l'un des livres de notre temps où le Pascal des Pensées se serait le mieux reconnu. On n'a jamais mieux montré que dans cet article, avec plus de force, de pénétration et de chaude éloquence, combien rapologétique pascalienne, si originale en son temps, était encore aujourd'hui d'une souveraine et efficace actualité.
Pascal [Stimmen aus Maria Laach^ t. 44) : — Lavigorie, op, cil,, p. 50-($7; — et parmi les laïques, Souriau, op. cit, et mi^me M. Brunschvicg, grande éd. des Prnsées\^ Tapologétique de Pascal, étant entachée de jansénisme et de fidéisme, est hétérodoxe dans son fond et, partant, dépourvue de valeur, ou peu s'en faut. — Qu'on pourrait se contenter de répondre que les Pensées, désignées pourtant à l'attention de V Index par la condamnation des Provinciales n'ayant jamais été condamnées, leur orthodoxie nous est suffisamment garantie par ce fait môme; — mais que ce serait là un faux-fuyant indigne de Pascal, et qu'il y a lieu d'envisager les ohjoctions et les difficultés bien en face.
A. Un jansrnis))ir dos Pensres. — Quo sans doute Pascal était janséniste, — que son jansénisme aurait vraiseniblablonient laissé quelques traces dans y Apologie une fois achevée, — et que môme, en assembhint avec art certains fragments, il est facile de leur faire exprimer le jansénisme le plus sombre. — Mais h ces textes on en pourrait opposer de tout contraires yCL h cet égard ringcnieux plaidoyer de Tabbé Guthlin) ; — que, sans allcM' aussi loin, il faut reconnaître, dans l'état actuel des clioses et des textes, qu'il est bien difticile de savoir la place, le sens et la portée ^('uérale de UA\e /jrnsée particu-
L*HOMME, l'œuvre, l'iNFLUENCE 155
lière, — et si môme elle devait faire partie de Y Apologie ; — enfin, plus on lit les Pensées^ et plus, je crois, Ton se persuade que, si Pascal avait pu terminer son œuvre, il aurait été nécessairement amené à atténuer son jansénisme (nous avons observé quelque chose d'analogue dans les Provinciales)^ car pourquoi entreprendre une Apologie^ si l'incrédule n'est pas libre d'en repousser ou d'en accepter les arguments? et s'il est incapable de vouloir son salut, pourquoi faire appel à son bon vouloir? (Cf. Pensées, M. 599, — B. 781 ; — et Boutroux, Rev, des cours, p. 385-387) ; — que d'ailleurs sur ce point, nous n'en sommes pas réduits aux conjectures et que nous avons le formel témoignage de Nicole (Cf. Sainte-Beuve, t. IV p. 503 <).
B. Du fidéisme dans les Pensées, — Qu'évidemment Pascal n'entend pas le « christianisme raisonnable » au sens tout déiste où l'entendra bientôt Locke 2. — Mais si ce savant n'avait pas cru à la
1. Il faut citer ici ce texte essentiel : a Nicole, écrit Sainte-Beuve, avait toujours été préoccupé de l'idée de rendre cette doctrine de la Grâce, qui était le côté odieux du Jansénisme, moins odieuse et plus accessible à tous. Il aurait voulu réaliser par là, disait-il, un désir qu'il avait souvent entendu exprimer à Pascal. »
2. Le ChHstianisme raisonnable est, comme l'on sait, le titre d'un ouvrage du « sage » Locke ; mais l'expression est des plus équivoques, et elle peut prêter à de fâcheux malentendus. Sous couleur, en etfet, d'exposer les principes d'une religion raisonnabley Locke, en réalité, jette les fondements d'une religion rationnelle^ ce qui n'est pas du tout la même chose. Ce n'est pas
puissance au moins relative de la raison dans Tordre même religieux, il n'aurait pas eu seulement l'idée d'entreprendre une Apologie : comment, en effet, concevoir une Apologie j si l'on se refuse à raisonner^? (Cf. d'ailleurs les textes recueillis par Rauh, op. cii.^ p. 197.)
le Christianisme raisonnable qu'il aurait dû intituler son livre, mais la Religion naturelle; son prétendu «christianisme» est un pur déisme ; et Pou se rappelle de quels justes sarcasmes Pascal a poursuivi cette enfantine conception, qui sera celle de Voltaire, de Rousseau, de Cousin et de Jules Simon : € Le déisme », a-t-il écrit, « presque aussi éloigné de la religion chrétienne que Tathéisme, qui y est tout k fait contraire... » Locke et ses disciples auraient bien fait de méditer ces fortes paroles qu'ils pouvaient lire d'ailleurs dans Tédition de Port-Royal. Est-il besoin d'ajouter que, pour Pascal, le christianisme est une religion parfaitement « raisonnable », aussi et même plus « raisonnable » que les philosopliies les mieux déduites? « La dernière démarche de la raison est de reconnaitre qu'il y a une infinité de choses qui la surpassent », lisons-nous dans les Pensées. Et ailleurs : « Il n'y a rien <le si conforme à la raison que ce désaveu de la raison. » On peut croire fjue la raison de Pascal éUiit, pour le moins, aussi exigeante (jue celle de Locke et que, lorsqu'il parlait de ce qui est « conforme à la raison », peut-être voyait-il aussi loin que Tauteur, si étrangement surfait, de VEssai sur Venlendemenl humain.
1. Ne pourrait-on pas expliquer de la manière suivante le « fidéisme » — apparent ou réel — de certaines pensées ? C'est, je crois, un fait d'expérience psychologique générale, que les nouveaux <^ convertis » ont un irrésistible penchant au fidéisme. Rien, d'ailleurs, n'est plus naturel. Ils trouvent dans leurs nouvelles croyances une sécurité, une paix qu'ils cherchaient depuis longtemps ailleurs, et que la raison raisonnante n'avait pu leur assurer. Dans l'exaltation première de la foi conquise, ils n'ont que mépris pour cette « raison impuissante », pour cette « nature imbécile » qui n'ont pu les conduire au vrai. Plus tard, assurément, l'intelligence reprend ses droits ; l'équilibre et la conciliation se font entre les divers « ordres » de vérités et de connaissances. Or, c'est là peut-être ce qui est arrivé à Pascal. Sa « conversion » a eu beau n'être pas, comme on l'a vu, une conversion véritable : elle a eu, dans son âme ardente, les effets habituels d'une conversion véritable. Et parmi ses pensées^ celles qui peuvent paraître le plus
l'homme, l'œuvre, l'influence 157
II. Caractères généraux de Tapogétique de Pascal. — A. C'est d'abord une apologétique sentimentale^ non intellectuelle^ : je veux dire par là que, pour Pascal, la foi est une affaire de sentiment et de volonté plus que d'intelligence : « Le cœur a ses raisons... », voilà sa devise. — De là son dédain à
suspectes à une orthodoxie rigoureuse seraient précisément les plus anciennes, les plus rapprochées, par leur date, de la nuit du 23 novembre 1654, celles aussi que, dans la rédaction définitive de son livre, il se fût le plus appliqué à orlliodojisev^ si je puis ainsi dire, dont il eût tout au moins singulièrement atténué le ton provocateur et un peu agressif.
1. Je n'entends pas ici — et pas plus d'ailleurs que Pascal — opposer le sentiment et la raison, mais bien plutôt le sentiment et le raisonîiement. 11 y a dans tout sentiment un fond de raison — implicit thought, disait excellemment Newman — qui, pour ne pas se développer et s'épanouir sous forme discursive, n'en est pas moins réel, et que Pascal eût été le dernier à nier, lui qui, dans le Discours sur les passions.de Vamour, déclarait que «les passions, n'étant que des sentiments et des pensées, appartiennent purement à l'esprit ». Au reste, sur cette question si difficile et si délicate des rapports de la raison et du sentiment dans l'acte de la croyance, je me rallie entièrement aux conclusions de l'abbé Brémond dans un très pénétrant et remarquable chapitre de son beau livre intitulé l'Inquiétude religieuse (Paris, Perrin, 1901), sur M. Brunetière et « Virrationel » de la foi, chapitre dont on ne saurait trop recommander la lecture ù ceux qui s'intéressent à ces sortes de problèmes. — 11 serait bien h souhaiter (lue l'abbé Brcmond réalisât le dessein qu'il semble annoncer à la fin de son élude, et nous parlât directement un jour de l'apologétique de Pascal : il seraitadmirablement préparé à cette étude par la connaissance approfondie qu'il a de la vie et de l'œuvre de Newman. — Voir aussi sur cette question le livre plus récent de l'abbé Bainvel, la Foi et l'acte de foi (in-12, Lethielleux, 1899). — Le langage que j'ai tenu ici ayant paru un peu équivocjue, j'ai essayé de préciser et de développer ma pensée dans un article 6e la Revue du cierge' français (15 septembre 1900), Encore sur l'apologétique de Pascal. Pour remettre, je crois, les choses au point, je n'ai guère eu qu'à commenter ce mot de Pascal, que je cite encore plus loin, l'un des plus profonds qui, selon moi, aient été prononcés : « Une religion \, purement intellectuelle serait plus proportionnée aux habiles, mais / elle ne servirait pas au peuple. »
l'égard des preuves mi^taphysiques (Cf. Pensdf.'. M. 424, — H. 2r>2 ; — M. l'.i, — B. 278 ; — M. a59 ; — B. 279, etc. \; il ne supprime pas la raison, il veut la Buimrdonner (M. 919, — B. 556), et, bien loin de vouloir comme Kanl « supprimer le savoir pour faire place ii la croyance ' », il ne veut, lui, que reslreintlre la part du savoir pour augmenter celle de la croyance ; — que, sur ce point, saint Fran- (;oiH do Sales (Cf, le Traité <k famoiir dv Dieu) et Bossuet (Cf. le Sermon sur le respect rlû à la parole de Dieu) et, généralement, tous les grands docteurs du christianisme catholique ont entièrement partagé l'avis de Pascal ; — et qu'en tenant ce langage, un penseur et un savant commis i'ascal n'est pas suspect de méconnaître les droite et le pouvoir de la raison. — D'un mot bien profond des Pensées : « Une religion purement intellectuelle serait plus proportionnée aux habiles, mais elle ne servirait pas au peuple » (M. 792, — B. 251) : Cf. par contraste le mot célèbre de Voltaire : « II faut une religion pour le peuple » ; — et que Pascal a très bien senti que la vérité, en matière religieuse et morale, ne pouvait et ne devait pas être l'apanage des seuls privilégiés de l'intelligence.
Que, sous une forme moins austère et moins
atfheben, um zum
l'homme, l œuvre, l'influence 159
serrée, toute cette argumentation va se retrouver dans le Génie du Christianisme ; et que cela n'est pas très étonnant : Chateaubriand, comme Pascal, s'étant converti par le cœur, non par la raison, ils ont fait tous deux, ce que Ton fait toujours, Tapologie de leur propre conversion.
B. L'apologétique de Pascal est aussi une apologétique laïque, non ecclésiastique : on y chercherait en vain les arguments traditionnels de l'école, dont la plupart (il le sait « par raison et par expérience ))) sont sans action sur l'incrédule (Cf. Pensées, M. 447, — B. 242). — D'où l'accent personnel et vécu des Pensées ; on y sent un homme, non un théologien de profession (Cf. avec Bossuet luimême*), qui librement venu au christianisme, le défend par les seuls arguments dont « il a fait l'essai
1. « Lorsqu'on entend les prédicateurs, je ne sais quelle accoutumance malheureuse de recevoir par leur entremise la parole de l'Evangile, fait qu'on l'écoute de leur bouche plus nonchsdamment. On s'attend qu'ils reprendront les mauvaises mœurs ; on dit qu'ils le font d'office; et l'esprit humain indocile y fait moins de réflexion. Mais quand un homme que Von croit du monde^ simplement et sans affectation, propose de bonne foi ce qu'il sent de Dieu en lui-même^ quand il ferme la bouche à un libertin qui fait vanité du vice, ou qui raille impudemment des choses sacrées, encore une fois, chrétiens, qu'une telle conversation, assaisonnée de ce sel de grâce, a de force pour exciter l'appétit et réveiller le goût des biens éternels! » (Bossuet, Panégyrique de sainte Catheriney éd. Lebarq, t. IV, p. 48). C'est vers 1661 que Bossuet s'exprimait ainsi : si le Panégyrique avait été aussi bien prononcé dix ans plus tard, on pourrait, sans trop d'invraisemblance, voir dans ces paroles une allusion à Pascal et aux Pensées.
leO , PASCAL
sur son propre cœur » ; — et ainsi s'explique l*|iiipérieux et secret prestige que les fragments de VApologie de Pascal ont exercé de tout temps, et de nos jours, plus peut-être que jamais, sur la pensée laïque ^
Qu'à ce point de vue encore, on pourrait comparer les Pensées et le Génie de Christianisme^ et il est seulement regrettable que dans Toeuvre de Chateaubriand, on sente une pensée moins vigoureuse et une âme moins haute que dans le livre de Pascal ; mais en revanche, ce qu*on trouve chez tous deux, à défaut d'une vaste érudition théologique, c'est rexpérience de la vie, et non pas celle du séminaire ou du cloître,
C. Enfin, Tapologétique de Pascal est une apologétique de savant^ non une apologétique de métaphysicien ou de théolof/ien, — Distinction à faire ù ce suj(ît : que Pascal, en dépit de rimportance qu'il attachait à Targuaient du pari, n'entendait pas faire une démonstration scientifiqxie du christianisme : comme tous les vrais savants, il réservait le nom de science à la science positive^ et la science positive, pour lui, était « d'un autre ordre » ; — il n'au-
1. On me permettra bien de renvoyer, pour rillustration de ce dernier point, à la seconde partie de ma brochure sur la Philosophie religieuse de Pascal et la Pensée contemporaine (Paris, Bloud).
l'homme, l'œuvre, l'influence 161
rait eu, sans aucun doute, que des railleries pour la méthode géométrique (à la manière de Spinoza) suivie plus tard par Huet dans sa Demonstratio evangelica (Cf. Pensées^ M. 952, — B. 61), et il eût déclaré que si « l'esprit géométrique » y trouvait son compte, « l'esprit de finesse » n'y trouvait pas le sien. — D'une manière générale, sa méthode apologétique, l'attitude habituelle de sa pensée est d'un physicien, plus que d'un géomètre : de même que le physicien, observant la multiplicité des faits, cherche à en dégager la loi générale qu'ils impliquent et qui les régit, de même Pascal, observant cet ensemble de faits qui s'appelle la nature humaine, cherche à en dégager la loi religieuse et morale qui les enveloppe, les explique et à laquelle ils obéissent, même lorsqu'ils paraissent la violer. — Que c'est là une méthode essentiellement expérimentale, psychologique, biologique même (Fonsegrive), et qu'elle plonge, par toute ses racines, au cœur de la réalité vivante et humaine ^
1. Voici comment deuis ses Noies inédiles sur Pascal, Taine définissedt le « caractère particulier de cet ouvrage », les Pensées :
« Pascal combat les incrédules chez eux, je veux dire qu'il accepte les objections, les expose avec force, n'en omet aucune, en sent toute la portée, prévoit celles qu'on n'a pas encore faites, en sent tout le sérieux.
« Les autres, comme Bossuet par exemple, traitent les objections de trop haut, les méprisent trop, ne les voient pas, les réfutent à. peine, ne convainquent que les croyants, ne se battent pas véritablement.
« Pascal est loyal, et géomètre, et fait des aveux étonnants, que
beaucoup de chrétiens ne feraient pas. »
III. L*apologétique de Pascal et son temps. — A. De l'opportunité iruiic Apologue du Chnsiianisme vers le niilioii du xvu" siècle*. — Que le xvu* siècle
1. Pour bien se rendre (dompte de Topportunité et de roriginalité du livre de Pascal, il faudrait pouvoir le replacer très exactement dans son milieu naturel, le « situer » avec précision dans Phistoire ^'ént'rale des idées et les controverses religieuses, faire, en un mot, pour les Pensées^ ce que M. llébelliau a si bien fait pour V Histoire t/ea ruriationsj dans sa belle étude sur Bossuet historien du proiestftnfisme. Mais pour écrire ce livre (heureux qui pourra Pentreprendre !), il nous en faudrait deux autres qui nous manquent encore, et qui devraient bien tenter quelques bons esprits. Le premier serait une Histoire de la libre pensée au XVII* siècle, le second une Histoire de. l'apolor/étique. M. Perrons, il y a huit ans, a essayé «le nous donner le premier dans ses Libertins en France au A' 17/" siècle: mais il n'y a <iu'à moitié réussi : son livre est une contribution à l'histoire anecdotique, non à Phistoire des idées; et P(5sprit dans le(]uel il est couru en diminue étrangement la portée. Si, au lieu de chercher à satisfaire d'antiques rancunes, il avait, par exemple, mieux connu ou mieux lu les Pensées, s'il s'était diMiiaudé à (jucUes objections précises, à quels préjugés alors en houiKMir Pascal se proposait de ré[)ondre, si, en un mot, il avait donné pour crntro à son étude Pdîuvre du grand écrivain, il n'aurait pas été tenté de prendre par ses petits côtés un très beau sujet; mais. l)ien an c()ntrjiir(;. les horizons s'en seraient élargis devant lui. Il aurait vu de eninbien d'idées, venues de tous les coins de riùirope, s'alinit;ntait alors la libre i)ensée française; et, à suivre CCS (livtM's courants, à en démck*r l(!s origines, à en évaluer les forces respectives, il aurait oublié tout ce que, dans son dessein primitif, il entrait de [»eu philosophiiiuc et de peu conforme à la di^Mjitéde l'histoinî, — et il aurait écrit un livre qui, à peine publié, n'eût pas ét<i comme non avenu.
Huant à l'histoire de r.ipologéti(|ue, elle est peut-être plus mal connue encore, et nous n'avons pas de travail, môme médiocre, sur cet important et si intéressant sujet. On ne veut pas, sans doute, que je doimc le nom iVItis/oirc à la lourde et indigeste compilation de Werntîr, fîeschichle (1er ajjoloj/c/ischen und polemischen ijleralur .'5 vol.. Scliatlliouse, iXiil-liSin;. J'aimerais mieux réserver ce titre à un ouvra^^e aujourd'hui bien oublié, mais qui fit quelque bruit en son temps, souleva, bien des [)olémiques, et, finalement. valut à son auteur l'entrée à l'Académie française. C'est la lielit/iun clu'élieune prouvée par le.s faifs, arec un Discours hislovif/ne et criti (pie sur l<t tnéthode des jiri/icipaux auteurs qui ont écrit pour et contre le c/tristianisme depuis so/i. uri(jiae, par l'abbé Iloutteville
L HOMME, l, ŒnVRE. L INFI.URXCE 103
' n'est pas du tout l'époque de foi absolin* etiDconlesk^qn'onaiinaginée quelque fois. — Li^s libertins :
I Paris, chcï Gréjfoire Dupuia, 1722, iii-4° (r.\cix-Alfi p.); 2*éil. cnrliiiiie, 3 vol. in-i-, 1140; — 3- éd. nw; — 4' Éil. 1165, en 4 vof. iii-lîj. — Le tilre seul du Discours est tout un programme, ot oe pi'ii^-rumtue eat, pour l'époqua, fort convenablement rempli par I fiuleur. Il y a même sur Pascal et sar les Peneées îles pages très l'i'iiiarigu'ibles (p. r.i.m-r.i.vii[). et qui, pour le mouvement, le tour il l'accflnt. rappellent un peu la manière dont Chateaubriand |irukiiri plus tard de Pascal dans le Génie du chnafianisme : du w<\f. 1 iiilliicnoc de l'auteur des Pensées est (avec celle de flossuet) vi-ilik' ri,iDs tout l'ouvrnge. — Et l'on trouvera auisi des vues iliL'iii's il'utti^Dtion da.Ds une trop courte, mois suggestive brochure ili* l'nbhA Gnrhet, Coup ifmil sur la conirarerse clirélieniie, depuis tes premiers siècles Jusqu'à naa jours (Louvain. ISSa, 212 p.). Mais l<fiil cela ne eonslituc pas une vârital>le Histoire de Vapologéliqae;
• '\ ennure une Tnis, tant ipie cette histoire ne sera pas Toile, tant <|i>'nn n'itura pa^ appliqué â l'étudu de ces questions la méthode ri;,'i)ureu5e, k lu fois érudiic, critique et philosuphiquc, que noua i'\i^eons ou déviions exiger aujourd'hui des vrais bistorieus, tout et qu'on pourra dire de la valeur et de la portée, de la nouvealilë °iri'tuut de l'apologétique pascalienne, restera vague, inconsistant, ■-.'1118 fondement solide et durable. On notera d'allieun que ce n'est {ifis In seule question importante que ce livre nous aiderait à ré- -iiudre; et dans l'histoire d'une tiltérature comme la n<SIre, dont |,n-si|iii' iniifps I,'» urandcs œuvres ont posé et iigité le problérau i''''iL'i'-ii> .|.'|,iii. I .iiviiL jusqu'à Renan, je ne vois pas de pérîodK
■ liiiir. . !■■■ |. II."' Aire parla profondément renouvelée.
I' I- I,' :■'■:. du XVII* aiéele que j'ai pu consulter (jn
ii. |Mii: |i I- .1. - ..iiiiii^ea ussoï cunnus du (Irotius et de Hutt), j >:i\ -^igurdiTiii li'iiis qui m'ont paru curieuses et qui Bagiierwenl (>pot-8ti-e â Sire examinées d'un peu plus près. La preniière, en \Mn. B«l l'muvre de l'italien Campanella, cet étran^;» et fumeui l>!iilosopbe dciDl In vie ne fut ^uâre moins avcntureuHe que lu lii'Nsêe, Son livrn est iulilulé -.Mlifistntia Iriiiiiiphritu», »tH irdueliû
• iil religionem per svienlinruvi verilales, F. Tlioiuie Cmnpanellit
■ i'/ten»U ordinis prŒilicalorsiiii cnnlrn. oiilichrialiattï/unum Auftilurlirl/iuttriim llloniii-, Uilll, in-('. 132 p.) : il est dirijif' toiil entier
III. L'apologétique de Pascal et son temps. — A. De ropportunito d'une Apologie du Chnslianisme vers le milioii du xvii" siècle*. — Que le xyii"* siècle
1. Pour bioii se rendre compte de l'opportunité et de roriginalité «lu livre de Pascal, il faudrait pouvoir le replacer très exactement dans son milieu naturel, le « situer» avec précision dans Phistoire ^'én«';rale des idres ut les controverses religieuses, faire, en un mot, pour les Pensées^ ce que M. Rébelliau a si bien fait pour VHisloire (les rarialions^ dans sa belle étude sur Bossuet historien du pt^lest/fnfisme. Mais pour écrire ce livre (heureux qui pourra Pentreprendrc !), il nous en faudrait deux autres qui nous manquent (îiicore, et qui devraient bien tenter quelques bons esprits. Le premier serait une Histoire de la libre pensée au XVH* siècle, le second une Histoire de l'apolur/éiique. M. Perrens, il y a huit ans, a essayé de nous donner le premier dans ses Libertins en France au AT//' siècle: mais il n'y a qu'à moitié réussi : son livre est une contribution à l'histoire anecdotique, non à Phistoire des idées; et Pesprit dans Ie<iuel il est conçu en diminue étrangement la portée. Si, au lieu de chercher à satisfaire d'antiques rancunes, il avait, par exeniple, mieux connu ou mieux lu les Pensées, s'il s'était demandé à quelles objections précises, à quels préjugés alors en honneur Pascal se proposait de répondre, si, en un mot, il avait donné pour centre à son étude IVeuvre du grand écrivain, il n'aurait p;is été tenté de prendre par ses petits côtés un très beau sujet: mais, bien au contraire, les horizons s'en seraient élargis devant lui. Il aurait vu de combien d'idées, venues de tous les coins de rKurope. s'alimentait alors la libre ])ensée française; et, à suivre ces divers courants, à en démêler hîs origines, à en évaluer les forces respectives, il aurait oublié tout ce que, dans son dessein priniitil", il entrait de [»eu philosophiiiue et de peu conforme à la di^Miitéde l'Iiistoinî, — et il aurait écrit un livre qui, à peine publié, n'eût [)as été <M>nim(î non avenu.
Huant à l'histoire de l'apologétique, elle est peut-être plus ui.il connue encore, et nous n'avons pas de travail, môme médiocre, sur cet important et si intéressant sujet. On ne veut pas, sans doute, que je donne le nom iVIIlsfnîrc à la lourde et indigeste compilation de W'erner, Hcschichle der apolo(jetiscken und polemischeii IJleratur <î) vol.. Scliatlhouse, J 81)1-1807). J'aimerais mieux réserver c(î litre à un ouvrage aujourd'hui bien oublié, mais qui fit quelque l)ruit en son temps, souleva ])icn des [)olémiques, et, finalement, valut à son auteur l'entrée à l'Académie française. C'est la lieVu/wn c/irr't.ien/ie prouvée par les pit/s, avec un Discours historique et crili que sur Ui méthode des iirinripuux auteurs qui ont écrit pour et contre le c/ii'istianisnie depuis son orUjine^ par Pabbé Iloutteville
. 'KIIVKE, I, IXFI.DENCE
n'est i>a,sdu tout l'époque do foi nbsoluf etinconles- Ire qu'on a imaffinée quelque fois. — Li>9 librrlins :
fHHris, ithM Gréfioire Diipuis, 1722. in-4* (cxax-41li p.); 2" éd. cnrri^'ûe, a vol. iti-4% IliO; — 3* 6il. 1141); ~ V éd. ilBS, en * vol. iii-iaj. — Lu titre seul tlu DUcoiirs est tout un programme, et ue programme est, pour l'époque, fort convenablement rempli pur
I il u leur. H y a même sur Pasca] et sur les Pensées des pages trËB r''inari|iutbles (p. cliu-clvui), et qui, pour le mouvement, le lour ''I l'auecnt. ruppelient un peu la manière dont Chaleauliriand ]iv[ii.|i plus lord du Pascal dans le Génie du chvUlianïsme : ■lu n -11', I iri(liti'ni;e de l'auteur dea Pennées esl {avec celle de Boasuet) \i-li'ir' ri^nis lotit l'ouTTngf. — Et l'oD trouvepa flussl des vuea ili^iii- il iiiliiiition dans une trop courte, mais suggestive brochure ik- labbé (ierbet, Coup d'ail »iir tu eonli-oBerse chrtlienne, depuis lea pi'emiert siicles jusqu'à nos joa'ii (hovvaia. 1832, ïlî p.). Mais (•nit cela, ne oonslitue pas une véritable llisloiit de Vapologelique: l'I encore une fois, tant que celte bîsloite ne sera pas faite, tant '{irun n'aura pas applique li réludt< de ces questions la méthode riuiiureuse, à la (ois Crudité, critti|ue et philosophique, que nous i-Mf-iJons ou devrions exigor (lujouril'liui des vrais liistoricus, tout •■<■ qu'on pourra dire de la valeur el de la portée, de la nouveauté -ji'Iout de l'apologétique psiicalieune, restera vague, inconsistiml, -.1115 ronilcmciit solide et durable. On notera d'ailleurs que ce n'est |ifis In seule question importante «tue es livre nous aiderait à rê- -iniilre; el dans l'Iiistoire d'une litti^ritture ooiiinie lu nâtre, dont |iri'situe l'iutPS les grundus n-uvres ont posé et iigilû le problème
II Iil;m u\. depuis Cttlvîn jusqu'à Renaii. je ne vois pas de période ili.Jil I . iiiili' ne puisse tUe par lA. profondément renouvelée.
I'. Il Nil |p-s .ipoloifiifii du XVII" siècle que j'ai pu consulter (Je
ri< ]i'iil>' piiH ilpa ouvragva nasei uunnus du lirutiu» et de Huetj.
I Kti iignnhTaï trois qui m'out paru curieuses et qui gagneraient
i»^iil-^tre â Atre examlnôi;^ d'un peu plus pi'és. La pmiuiAre, en
lutin, esl l'rBuvre de l'ilnlien Cnmpanella, ool étrange fit fumeux
|.|,ilii-riplie dont In vie ne fut guire moin» aventureiixo nue In
-IL livri! est intitulé ■.Alheiitrnuji triuniphalut.iieti l'eductia
■•m ptr icientiarum verîtalet, F. T/iomiv Car/ipanell/E
i'iiit priedieatùrum conira anlietii-ulianiimum Ae/iilo-
Dnmn'. mil. in-V, 1S2 p.) : il est dirigé tout entier
. I .).' .-t r-.-.ntrf- Mn:<-lii;ivel, l'un étant considéré comme le
I II . ■■ ' ■ '■ ■ inme le père du libi-rlinugc el de
■I. liirilas, dit-il quelque part, in qiin
" I 1. 1-'" ii-i- Il . <l''i'i'elis Patruui, «I conciliis deiii'i.
il II!:' m - M.u I lii.iM llll^ iMilavtt ReligioDUUi esse urh-iii
1 ill-ii.li, el diiijiin:iiii!i ■ . i.ii vnit quii Voltaire el les Kncycloiié-
III. L*apologétiqae de Pascal et son temps. — A . De Topportunité d'une Apologie du Chnaiianisme vers le milieu du xvii" siècle*. — Que le xvu' siècle
1. Pour bien se rendre compte de Topportunité et de Toriginalité du livre de Pascal, il faudrait pouvoir le replacer très exactement dans s<m milieu naturel, le <^ situer » avec précision dans Thistoire ^'én<îrale des idées et les controverses religieuses, faire, en un mot, pour les Pensées^ ce que M. Kébelliau a si bien fait pour VHisloire des l'ai'iations^ dans sa belle étude sur Bossuet historien du protestantisme. Mais pour écrire ce livre (heureux qui pourra l'entreprendre I), il nous en faudrait deux autres qui nous manquent encore, et qui devraient bien tenter quelques bons esprits. Le premier serait une Histoire de la libre pensée au XVII* siècle y le second une Histoire de V apologétique. M. Perrens, il y a huit ans, a essayé «le nous donner le premier <lans ses Libertins en France au XVII' siècle: mais il n'y a (|u'à moitié réussi : son livre est une contribution à l'histoire onecdotique, non à l'histoire des idées ; et l'esprit dans letjuel il est conçu en diminue étrangement la portée. Si, au lieu de chercher à satisfaire d'antiques rancunes, il avait, par exemple, mieux connu ou mieux lu les Pensées^ s'il s'était demandé à quelles objections précises, à quels préjugés alors en honneur Pascal se proposait de répondre, si, en un mot, il avait donné pour centre à son élude l'œuvre du grand écrivain, il n'aurait pas été tenté de prendre par ses petits côtés un très beau sujet; mais, bien au contraire, les horizons s'en seraient élargis devant lui. 11 aurait vu de combien d'idées, venues de tous les coins de l'Europe, s'alimentait alors la libre pensée franraise; et, à suivre ces divers courants, à en démêler les origines, à en évaluer les forces resi)ectives, il aurait oublié tout ce que, dans son dessein primitif, il entrait de peu pbilosophi([ue et de peu conforme à la dignité de Thistoire, — et il aurait écrit un livre «]ui, à peine publié, n'eût pas été comme non avenu.
Quant à l'histoire de l'apologétique, elle est peut-ôtre plus mal connue encore, et nous n îivons [)as de travail, même médiocre, sur cet important et si intéressant sujet. On ne veut pas, sans doute, que je donne le nom {ïllis/oire à la lourde et indigeste compilation de Werner, Geschichte (1er apolo(/ctisc/ten und polemiscfien Literatur (5 vol., Scliatlhouse, 1 8(11-1 vS(;7). .l'aimerais mieux réserver ce titre à un ouvrage aujourd'hui bien (oublié, mais qui fit quelque bruit en son temps, souleva bien des polémicpies, et, fmalement, valut à son auteur l'entrée à l'Académie française. C'est la Beligion chrétienne prouvée par les faits, avec un Discours historique et critique sur la méthode des jirincipaux auteurs qui ont écrit pour et contre le christianisme depuis son orUjine^ par l'abbé Ilouttevillo
l'homme, l'œuvre, l'influence 163
n'est pas du tout l'époque de foi absolue et incontestée qu'on a imaginée quelque fois. — Les libertins :
[Paris, chez Grégoire Dupuis, 1722, in-4* (cxcix-416 p.); 2" éd. corrigée, 3 vol. in-4% 1140; — 3- éd. 1749; — 4* éd. 1765, en 4 vol. in-12]. — Le titre seul du Discours est tout un programme, et ce programme est, pour l'époque, fort convenablement rempli par Tauteur. Il y a même sur Pascal et sur les Pensées des pages très remarquables (p. clui-clviii), et qui, pour le mouvement, le tour et Taccent, rappellent un peu la manière dont Chateaubriand parlera plus tard de Pascal dans le Génie du christianisme : du reste, TinQuence de l'auteur des Pensées est (avec celle de Bossue t) visible dans tout l'ouvrage. — Et l'on trouvera aussi des vues dignes d'attention dans une trop courte, mais suggestive brochure de l'abbé Gerbet, Coup iVœil sur la controverse chrétientie^ depuis les premiers siècles jusqu'à nos jours (Louvain, 1832, 212 p.). Mais tout cela ne constitue pas une véritable Histoire de Vapologétique; et encore une fois, tant que cette histoire ne sera pas faite, tant ((u'on n*aura pas appliqué à l'étude de ces questions la méthode rigoureuse, à la fois érudite, critique et philosophique, (jue nous exigeons ou devrions exiger aujourd'hui des vrais historiens, tout ce qu'on pourra dire de la valeur et de la portée, de la nouveauté surtout de l'apologétique pascalienne, restera vague, inconsistant, sans fondement solide et durable. On notera d'ailleurs que ce n'est pas la seule question importante que ce livre nous aiderait à résoudre ; et dans l'histoire d'une littérature comme la nôtre, dont presque toutes les grandes œuvres ont posé et agité le problème religieux, depuis Calvin jusqu'à Renan, je ne vois pas de période dont l'étude ne puisse être par là profondément renouvelée.
Parmi les Apologies du xvii* siècle que j'ai pu consulter (je ne parle pas des ouvrages assez connus de (irotius et de Huet), j'en signalerai trois qui m'ont paru curieuses et qui gagneraient peut-être à être examinées d'un peu plus près. La première, en latin, est l'œuvre de l'italien Campanella, cet étrange et fumeux philosophe dont la vie ne fut guère moins aventureuse que la pensée. Son livre est intitulé : Atheismus triumphatus^ seu reduclio ad religionem per scientiainim verita/es^ F. Thomœ. Campanellœ stylensis ordinis prœdicatorum contra antichrist ianismum Achilophellisficum (Romœ, 1631, in-4*, 182 p.) : il est dirigé tout entier contre Aristote et contre Machiavel, l'un étant considéré comme le père de la scolastique, l'autre comme le père du libertinage et de l'incrédulité : « Aristotelica auctoritas, dit-il quelque part, in qua Macchiavelismus fundatur, ex decretis Patrum, et conciliis dejicitur. » Et ailleurs : « Macchiavellus putavit Religionem esse artem fallendi, et dominandi » ; on voit que Voltaire et les Encyclopé-
nouveaux détails sur ce groupe qu'a bien connu Pascal pour lavoir fréquenté (Cf. Perrens, op» cit, ; —
distes ont inventé peu de chose. Et voici comment, dans sa Préface^ il justifie son dessein : « Quapropter per philosophiam humanam, et cœlestem, conatus sum viam aperire. Scto enim nullum in hoc sasculo libri argumentum necessarium esse magUt. Utinam^ si non prasslitero quod cupiOy alii vel ex hoc exciti edanl huic negotio aptum magis. » Il est peu probable que Pascal ait lu Campanella, mais il est venu réaliser son vœu. — Connaissait-il davantage le Traité des religions contre ceux qui les estiment toutes indifférentes (on voit que Lamennais n'a inventé ni le mot ni la chose), par M. Amyraut (Saumur, 1631, in-12, 464 p.)? Le livre serait intéressant à feuilleter pour qui voudrait se rendre compte de Tétat général des esprits en France à cette époque au point de vue religieux ; on y verrait combien la philosophie à demi-sceptique de Montaigne avait fait d'adeptes dans la première moitié du xvii* siècle ; et l'auteur, qui ne m'est guère connu, je l'avoue, que par le long article que Bayle lui a consacré dans son Dictionnaire^ et par ce qu'en a dit A. Viguié dans son Histoire de V apologétique dans VÈglise réformée française (Paris, Graasart, 1858, in-S*», p. 82- 101), a très nettement senti que « l'indifFérence en la profession de religion » (ce sont presque les propres termes de Lamennais), résultat naturel des controverses et guerres religieuses du siècle précédent, était le grand danger de Tavenir. Moïse Amyraut était pasteur et « professeur en théologie » à Saumur. — Enfin il m'est tombé sous la main un petit volume, d'ailleurs un peu postérieur à Pascal, qui ne prouve assurément pas une grande originalité d'esprit, mais qui, en raison de sa médiocrité môme, pouvait représenter assez exactement l'état moyen de l'apologétique en France vers le milieu du xvir siècle. 11 est intitulé : Méthode nouvelle, (lissée et convaincante pour rappeler fout le monde à la véritable Eglise chresfienne^ par les principes de la lumière naturelle et du sens commun. Sous le titre du Voi/age du guide et du dévoyé à la vraije Eglise^ en forme de dialogue drdié au Hoy, par M. Pierre d'iuibert, <iocteur en théologie, et doyen de Mariiéjolz. A Paris, chez Pierre Débats, 1G82 (1 vol. petit in-12, 102 p.). Le livre est surtout dirigé contre les protestants, mais le dessein en rappelle (Tassez près celui du Traité des trois vérités, de Charron. Si l'auteur a lu les Pensées, il ne le montre guère ; mais le nom de Bossuet et son Exposition de la foi catholi(/ite sont cités avec éloge (p. 105-106). Le ton en est très modéré, (;t la forme, quoique un peu naïve, témoigne des préoccupations d'art qui s'introduisaient alors dans les ouvrages d'apologétique ou de controverse : Pascal, lui aussi, nous le savons, se proposait d'écrire, sous forme de dia-
R. Thamin, la Philosophie morale en France au XV IP siècle dans la Revue des cours des 2 janvier et 21 décembre 1896; — et Bossuet, 1" Sermon pour le 2* dimanche de VAvent, 1665). — D'autre part, peu après la mort de Descartes (1650), les côtés non chrétiens du cartésianisme commencent à se dégager : le premier ouvrage de Spinoza est de 1663; — le Tractatus theologico-poliliciis (1670, traduit en français, 1678, sous trois titres différents) attaque vigoureusement « ceux qui méprisent le plus la raison, qui rejettent, qui repoussent Yentendement humain comme corrompu dans sa nature » [Préface^ éd. Saisset, t. 1, p. 62) : si cela n'est pas à l'adresse de Pascal, Pascal sera, semble-t-il, réfuté directement dans ï Ethique (terminée en 1675)' : le mot célèbre : « L'homme n'est
logues, certaines parties de son Apologie. — On voudra bien me pardonner la longueur de cette note, en raison de l'intérêt et de l'obscurité de la question que j'y ai soulevée.
1. Je ne crois pas que Spinoza ait nulle part cité ou même nommé Pascal, et il ne semble pas que la bibliothèque qu'il laissait en mourant contint soit les Provinciales, soit les Pensées. En faut-il conclure qu'il n'a pas lu ces deux ouvrages ? Mais, d'abord, nous ne sommes pas sûrs d'avoir la liste complète de tous les volumes que laissait Spinoza, le catalogue qu'en dressait à sa mort le libraire Rieuwerts ayant été rédigé avec une extrême négligence (Cf. 17nvenLaire des livres fo)nmanl la bibliothèque de Benedict Spinoza publié par A.-J. Servaas van Rooijen, La Haye, 1888). D'autre part, ainsi qu'on Ta très justement observé [Nourrisson, la Bibliothèque de Spinoza {Revue des Deux Mondes du 15 août 1892)], Spinoza, comme tout le monde, ne devait pas s'en tenir, en fait de lectures, aux seuls livres de sa bibliothèque : sur l'inventaire de Rieuwerts ne figure aucun ouvrage de Platon, ni de Giordano Bruno, et l'on sait pourtant par ailleurs tout ce que Spinoza a dû à ces deux
pas dans la nature comme un empire dans un empire, mais comme une partie dans un tout » paraît bien une réponse à l^ascal; — et celui-ci eût-il beaucoup plus goûté qu'Arnauld la Recherche de la vérité de Malebranche (1674)? — Qu'à cette date, l'esprit du xvni" siècle n'attend plus que Fontenelle et Bayle pour être en possession de scs« lettres de majorité », et que le christianisme est à la veille d'être en butte a de redoutables adversaires.
Le danger est si vivement senti de toutes paris que les Apologies vont se multipliant (Cf. L. Arnould, Hacan, Paris, 1890, pp. 161 ; 210; 283-298) ; — en 1651, on imprime le Ptigio fidei; — à défaut de bonnes Apologies parfaitement orthodoxes, on emprunte les leurs aux protestants qui, s'étant aperçus des périls que les conlrov(4*ses religieuses faisaient courir au christianisme lui-même, et, conformément d'ailleurs à leurs principes, avaient, les premiers.
j)onseurs. Enfin, l'on a prOtimclu, j(î le sais, (jue Spinoza ne savait j)as le fi'anrais : mais, outre qu'il pouvait lire les Provinciales dans la traduction latine de Nicole, il nie parait bien invraisemblal)le, lui qui lisait l'espa^aiol et l'italien, (pi'il n'ait pas cherché à connaître la lanjrue de son maître Descartes : et, de fait, des deux livres français que nous signale l'inventaire puhlié par M. Servaas, l'un est précisément la J.of/hjue de Povt-Uoyal (1062), dont les auteurs avaient, sans d'ailleurs s'en cacher, utilise les papiers jus- (]u'alors inédits de Pascal. Comment Spinoza n'aurait-il pas été mis en «.'oût par cette lecture, et, pour peu qu'il pût lire le français, n'aurait-il pas été curieux de connaître les fra^Muents d'une Apolofjle du christiaiiisme écrite par un homme qui avait alors, grâ<^e aux Provinciales et h ses travaux scientifiques, une réjmtation véritablement européenne?
l'homme, i/œuvre, l'influence 167
cherché à y remédier en simplifiant les débats théologiques et les questions apologétiques, et en les mettant à la portée de tous' : de 1636 à 1659, on compte en effet, six traductions catholiques du De veritate religionis christiame du protestant Hugo Grotius, et la vogue de ce Traité devait durer si longtemps qu'en plein xviif siècle, le « consciencieux » abbé Goujet se crut encore tenu de le traduire (1754) ; et Ton sait aussi tout le succès qu'a eu au xvn® siècle, parmi les catholiques, le Traité de la vérité de la religion chrétienne d'Abbadie (1684), et le cas singulier qu'en faisait M""^ de Sévignc, qui le déclarait « le plus divin de tous les livres » (Cf. A. Viguié, op. cit.^ p. 115, 138).
Le livre de Pascal répondait donc h un réel be-
1. La première Apologie originale en langue ^nllgai^e paraît avoir été le Traité de la vérité de la religion chrétienne contre les alliées, épicunens, païens^ juifs, mahornélistes et autres infidèles du protestant Duplessis-Mornay (Anvers, 1581, in-4*'; plusieurs fois réimprimé juscpi'en 1617). Voir aussi Viguié, Histoire de V Apologétique dans l Eglise réformée, 1858. — Rappelons enfin le livre que Montaigne devait rendre célèbre en le traduisant (1569), puis en le défendant dans les Essais, la Théologie naturelle de Raymond Sebon, docteur excellent entre les modernes, en laquelle, par ordre de nature, est démontrée la vérité de la foy chrestienne et catholique, traduite nouvellement du latin en français (Paris, Gilles Gourbin ou Michel Sonnius, in-8°, 1569). Cette traduction fut réimprimée en 1581, 1603, 1605, IGH, 16H ; et j'ai quelque idée que Pascal l'eut sous les yeux quand il travailla à sa propre Apologie (Cf., par exemple, le chapitre lxviii et le fragment de Pascal sur le pari). — Cette note était écrite quand j'ai pu lire V Introduction mise par M. Brunschvicg en tète de sa grande édition des Pensées, et dans laquelle il confirme ce pressentiment. Je la laisse subsister telle quelle. •
soin, et le Génie du Christianisme lui-même n^est pas venu plus à son heure.
B. De Toriginalité de Tœuvre apologétique de Pascal par rapport aux Apologies contemporaines . — Que cette originalité consiste d'abord dans la forme (voir la précédente leçon); substitution d'une forme vraiment littéraire à une forme purement didactique (Cf. les ouvrages de Charron et de Grotius, et Pensées, M. 446, — B. 62), — et importance de cette nouveauté K — Du mot de Vinet {Études, sur Biaise Pascal, p. 165^ : L'idée mère de cette apologie^ c^est départir de r homme pour arriver à Dieu, — et qu'il semble bien qu'avant Pascal les apologistes, suivant la méthode inverse, partaient de Dieu pour arriver à l'homme, qu'ils oubliaient d ailleurs en chemin; — néjiiigeant l'étude de l'homme, dédai-
1. Au siècle précédent, l'Kspagnol Louis Vives, dans son De Vetilale fidei cliristlanœ^ en cinq livres (Hàle, 1548), avait employé la forme de dialogue. L'ouvrage avait eu un certain succès : mais il était en latin. — Toutes proi)ortions gardées — il va sans dire que je ne compare ni les œuvres ni les génies — Pascal, en introduisant les préoccupations d'art dans l'apologétique, a réalisé une innovation aussi heureuse et aussi importante que, bien des siècles avant lui, Minucius P'élix en écrivant son Octavius (Cf. Boissier, la F'ni du paganisme^ p. 251-290 ; — et U. Pichon, llisl. de la lilt. latine^ 1897, p. 747-751 ; — et surtout ÏMclance, vlude sur le rncnivemenf philosophique el religieu.r sous le règne de Constantin^ Paris, Hachette, 1903, p. 175-180). — Il y a lieu d'ailleurs de noter ([ne, pour Pascal, comme pour tous les grands théologiens, la plus forte preuve rationnelle de la vérité du christiauisme, ce sont les miracles ; et il semble bien que, dans son Apologie définitive, tout devait converger là.
l'homme, i/œuvre, l'influence 169
gnant la psychologie, ils bâtissaient en Tair ou dans les nuages, et n'avaient prise que sur les « fidèles », sur ceux qui étaient convaincus d'avance : comparaison à cet égard du livre de Grotius et des Pensées (Cf. M. 446, — B. 62; — M. 447, — B. 242). — Que Pascal, par une vue de génie, a retrouvé la vraie méthode apologétique, celle qui est en germe dans VÉvangile, dans les Épures de saint Paul, celle qu'ont dû pratiquer les premiers Apôtres et les premiers Pères, celle qui a fait la force et le succès des grands apologistes latins des 111® et IV* siècles : Pascal est de la famille d'Arnobe \
1. Le célèbre argument du pari se trouve déjà en germe dans Arnobe {Adversus nationes^ i, 53 ; ii, 4) : Bayle est, je crois, le premier qui en ait fait la remarque (Dictionnaire historique et critique^ art. Pascal), Il aurait pu ajouter que cette argumentation généralisée par Arnobe (II, 8 et sqq.), a été reprise par saint Augustin (De utilitate credendi^ 12, 26). Enfin il y a dans la Tliéologie naturelle de Raymond Sebonde, traduite par Montaigne (chap. Lxvm), im passage qui présente avec le texte de Pascal de curieuses analogies. — Le même Bayle donne de curieux détails sur la façon dont, au xvir siècle, on accueillit cette argumentation. Vivement critiquée par l'abbé de Villars dans son Traité de la délicatesse (Dialogue F, p. 115-116, éd. de Hollande, 1671), elle a été reprise avec beaucoup de force dans un livre intitulé Traité de Religion contre les athées^ les déistes et les nouveaux pyrrhoniens^ et imprimé à Paris chez Lambert Roulland, 1677, in-12 (Cf. la note 1 de l'article Pascal). Le petit livre De la délicatesse a été aussi publié, mais sans nom d'auteur, à Paris, chez Claude Barbin, au Palais, in-12, 1671. Ce livre est fort intéressant. Le Y' dialogue, auquel prennent part Paschase (évidemment Pascal), Aliton et Ménippe, est consacré tout entier à exposer et à discuter l'argumentation apologétique de Pascal. Dans cette édition de Paris, la réfutation du pari se trouve p. 354-361. L'auteur du Trailé de religion^ que Bayle ne mentionne pas, paraît être un oratorien, le P. Mauduit. — Le pari de Pascal a été repris par Locke, Essai sur
de Lactonce et de saint Augustin (Cf. R. Pichon, Lia. lai. , et Lactonce^ passim^ et particidièrement p. 33-58, et 88-172). Et Ton peut dire que, dans rhistoire de l'apologétique moderne, Pascal est un aussi grand nom que Socrate dans Thistoire de la philosophie antique (Cf. B. Boutroux iSocnUe^ fonr
Ventendemenl humain (liv. II, ch; zxi, { 70), par Graig, Theologim Christianœ principia mathematica (Londres, 1696; 2* édition, Leip' zig, 1755). Il a été rejeté avec leur légèreté habituelle par Fontenelle dans des Réflexions dont il sera question plus loin, et par Voltaire dans ses premières Remarques sur les Pensées de Pascal', et enfin par Laplace, dans son'£Mat philosophique sur Us probabilités {De la probabilité des témoignages), — Sur le sens et la portée encore actuelle de cet argument, voir Léon Lescœur, De V ouvrage de Pascal contre les athées, Dijon, 1850; l'étude de M. Ch. Renouvier, le Pari de Pascal et le pan de M. W, James {Critique philosophique, 12 septembre 1878); les pages encore de ÀL Renouvier, dans sa Philosophie analytique de rhistoire (XIV, cbap. iv) ; celles de M. Sully Prudhomme {Revue des Deux-Mondes,
10 novembre 1890) ; et surtout Tarticle si pénétrant et si lucide que M. Lachelier a trop modestement intitulé Isoles sur le pari de Pascal (Revue philosophique de juin 1901) : cet article a eu pour « cause occasionnelle » un article de MM. Dugas et Riquier {Revue philosophique de septembre 1900). M. Dugas y a répondu dans la Revue occidentale {le Pari de Pascal sur Dieu, septembre ^901). — Voir enfin la longue note de la grande édition Brunscbvicg, t. Il, p. 161-175.
Voici enfin en quels termes assez curieux, ce me semble, Taine,
dans ses \otes inédites sur Pascal commente l'argument du Pari :
« C'est dans ce dernier morceau, écrivait-il, qu'est tout Pascal.
11 est chrétien par intérêt, non par lumière. Point de certitude pour la religion. Mais selon le calcul des probabilités, il vaut infiniment mieux jouer cette vie avec ses plaisirs contre une infinité de vies heureuses.
« Si vous ne croyez pas malgré ce calcul, engagez-vous toujours, prenez de l'eau bénite, allez à la messe, abêtissez-vous.
« Vous voyez bien que Pascal a été au fond du chrislianisyne.
« (Vous souvenez-vous de ce chanoine du temps de saint Louis qui ne pouvait se forcer à croire le mystère de Tlncarnation, et qui suppliait Dieu, et se confessait pleurant à son Directeur?) [Michelet]. »
LHOMME, L ŒUVRE, l'iNFLUENCE 171
dateur de la science morale dans les Etudes d'histoire de la philosophie {Pdivis, Alcan, 1897) : comme Socrate la philosophie, Pascal « a fait descendre » Tapologétique « du ciel sur la terre ».
C. De rinfluence de Pascal sur les apologistes du xvu* siècle. — Difficulté de répondre à cette question, et qu'il faudrait mieux connaître Thistoire de l'apologétique, à cette époque. — De l'influence de Pascal sur les apologistes protestants : Jaquelot, Bernard, surtout Abbadie : « Je ne puis m'empêcher de croire que si nous n'avions pas eu Pascal, nous n'aurions pas Abbadie. » (A. Sayous, Histoire de la littérature française â r étranger ^ t. II, p. 140; — Cf. Viguié, op, cit., 2"" partie). — Que Pascal n'a pas ruiné les procédés de la vieille apologétique catholique puisqu'on les retrouve chez Huet [Demonstratio evangelica^ 1670, et Alnetanee quœstiones^ 1690), — môme chez Fénelon, Traité de rexistence de Dieu, 1712, ot jusque chez Bergier, Anologie de la religion chrétienne^ 1769; — que, malgré cela, peut-être tous trois ne sont-ils pas sans devoir quelque chose à Pascal, et que, par exemple, ce qu'on a appelé, assez improprement d'ailleurs, le «scepticisme » de Huet pourrait bien lui venir de l'auteur des Pensées (Cf. abbé Gerbet, op. cit., pp. 85-88; — 205-209). — Pour Tinfluence
ITS PAfOAL
de Pascal sur Bergier, voir G. Laaaon, art. aur Us Encyclopédisies de Ducros {Retue tFhisi. iUi. de la France 1902, p. 153-154).
Est-il vrai» suivant le ùkot de Sainte-Beuve (t. III, p. 391),quelesPemtftf5aient,'au xvu* siècle, « manqué de certains suffrages imposants »? — Sainte- Beuve a oublié La Bruyère (Gf « Discours sur Théophrasie ; — Caractères y passim^ et surtout le chap. des Esprits forts: forte influence de Pascal sur La Bruyère : voir à ce sujet J. Roger Charbonnel, Essai sur Papologétique littéraire^ dans les Annales de philosophie chrétienne de mai 1002| ou Paris, Picard, 1903, 8'), et U a oublié aussi Pénelon (Cf. Recueil d'Utrecht^ p. 357 *). — Quant à Bossuet,
1. « Le sieur Desprez, étant allé à TArchevéché, fut introduit dans l'appartement de W l'Archevêque, à qui il présenta le livre des Pensées de M. Paschal de la part de sa famille... M. de Perefixe lui fit d'abord un grand accueil, et ensuite lui dit qu'un très habile homme, ce n'est cependant pas, ajouta-t-il, un homme de notre métier, ce n'est pas un théologien (c'étoit M. de la Mothe-Fénelon), lui avoit dit qu'il avoit lu tout entier le livre de M. Paschal, qu'il étoit admirable, mais qu'il y avoit quelque chose qui pouvoit favoriser les Jansénistes... > — Fénelon s'est d'ailleurs si liien souvenu d'avoir lu et admiré les Pensées qu'il a imité Pascal, et d'assez près, en plusieurs endroits de son Traité de V existence et des attributs de Dieu; Cf. Œuvres de Fénelon, t. I, p. 34-36 (c'est la page de Pascal sur les Deux Infinis) ; — p. 71) (c'est la pfiige de Pascal sur la Grandeur de V homme), etc. — Admiré de Leibniz {Œuvres, t. V, p. 71), souvent réimprimé, traduit dans presque toutes les langues de l'Europe, le Traité de Fénelon a peut-être dû à Pascal une partie de son succès. Mais le grand public lui aurait-il su gré, comme à Pascal, de « n'être pas un théologien »? — M. G. Michaut demande à ce propos : «M. Giraud a-t-il vérifié si ce M. de la Mothe- Fénelon, « qui n'était pas un théologien » est bien le futur archevêque de Cambrai?» Comme je n'ai pas eu entre les mains
L HOMME, LŒtVRE, L INFLUENCE 173
si, en effet, nulle part, il n'a parlé des Pensées^ il a fait bien mieux : et Ton définirait assez exactement son œuvre tout entière en disant qu'elle est la reprise et l'achèvement de Tœuvre apologétique rêvée par Pascal * ; le Discours sur r histoire universelle est le développement, très probablement involontaire 2, d'une pensée célèbre (M. 851, —
des moyens de faire cette vérification, je laisse subsister et ma note et la question de M. Michaut.
1. Au témoignage de Fénelon (Œuv, compl. de Fénelon^ t. I, p. 413), Bossuet aurait eu l'intention et lui aurait souvent promis à lui-même de composer un court ouvrage d'apologétique à l'usage des ignorants. On aimerait à croire que la lecture des Pensées n'a pas été étrangère à ce projet.
2. 11 ressort d'un Fragment inédit de Ledieu sur Véducation du dauphin, publié par le P. Griselle dans la Revue d'histoire littéraire à\x 15 janvier 1900 (p. 129), que l'édition du Discours sur Vhistoire universelle daterait de la toute première jeunesse de Bossuet. — On a quelquefois voulu trop préciser ce que Bossuet pouvait devoir à Pascal, et l'on est tombé dans des erreurs bien singulières. M. Brunetière [Et. crit., t. V, p. 72-73; t. VI, p. 198-200) et M. Lanson dans son beau livre sur Bossuet (p. 289-293) ont protesté avec vigueur contre ces fantaisies et ces paradoxes. Mais peutêtre ce dernier va-t-il un peu trop loin quand il écrit : « Car qu'est-ce que Pascal pour Bossuet? Quelle autorité peut-il avoir? Ce n'est ni un théologien, ni un prêtre... Bossuet, docteur de Navarre, évêque, lisait les Pensées en juge, non en disciple. Il y pouvait trouver à admirer, il n'y pouvait guère trouver à apprendre sur les matières du dogme et pour prouver la vérité de la religion. » Selon moi, Bossuet était trop pénétré de la difficulté de sa tâche d'apologiste et de prêtre (voir le texte cité, p. 159, note 1) pour ne pas accueillir de toutes les mains les vérités et les moyens de conversion ; il devait savoir se faire « disciple » à ses heures ; et Pascal pouvait fort bien être pour lui une « autorité », non pas peut-être « sur les matières du dogme », mais sur les voies et moyens à prendre « pour prouver la vérité de la religion ». — Sur Bossuet et Pascal,. Cf. aussi les articles de l'abbé Urbain dans la Revue du clergé français des 15 janvier, 1" juillet 1897, 15 septembre 1899, de l'abbé Delmont dans la Revue de Lille de janvier et avril 1899; les études de l'abbé Ingold (Hachette, 1897); et de M. Rébelliau (Leroux, 1898), sur Bossuet et le Jansénisme. — Bos-
ni PASCAL
B. 701): Cf. pour los rapprochements de détail Texreilente édition du Discours^ par feu Jacquinet (Bolin, s. d.), la remarquable édition des Extraits (/es ouvres diverses de Hossuet, par G. Lanson (Delàgrave, 1899) et le livre non moins remarquable de M. F. Strowski, Hossuet et les extraits de ses œuvres diverses (Paris, Lecoffre, 1901); — et, sans parler (le tant d'autres comparaisons instructives qu'on pourrait établir entre les principaux ouvrages de Hossuet (Cf. surtout les Ser?)wns^ les Méditations sur VEvmujiie et les Elévations sur les Mystères) et les Pensées^ on peut croire que, dans son ensemble, Tœuvre du grand évèque n'aurait probablement pas
siict, il est vrai, n'a, je «Tois, nulle part parlé des Pensées, mais il a (lit tout le bien qu'il i)ensait «les Vroruiciales dans son écrit >'///• le shfle el lu ledure des rcriva'nis el des Pères de VErjUse pour J'onner un tnafeur : <^ J'estime... les Lettres au j>rovincialy dont (juelfjues-unes out beaucoup de l'oree et de vébémenee, et toutes une exirèuie <l(''li<'alesse. » Dans l'une de ses réponses à Fénelon, il disait encore : «Divertissez la ville et la cour, faites admirer votre esprit et votre ébxjuence, et rameu(;z les grâces des Proriftcift/es.r> Si Hossu(d n'a pas associé les Pensées aux P?'ovinciales dans le i»reuiierde C(»sju^nMueutsadmiratifs, cela tient peut-être uni- (piement à ce <|ue, (piand il éci'ivait ces li<,mes, — rpii sont probablement <le 10(i!), — 1(5 petit volume des l*ensées n'avait pas encore vu le jour. — Il y a lieu de noter aussi (pie le Otlalofjue de la Hibiiullièfjue de MM. liossue/, ére\/ues de Meau.r et de Troijes ne si«(uale aucun ex(unplaire des Pensées. I^es seuls ouvra'jes de Pascal (|u'il uientionne sont une édition dus Provinciales et inie autre du Traité de l'ét/niUhre des li(/uet/rs. Mais, on l'a très judicieuseuieut observé, un Pataloç/ue n'est pas un Inventaire : et celui-ci n'ayant été dressé qu'eu 1742, bien des livres réelleuient possédés i)ar Hos<u(ft ont pu, après sa mort, disparaître de sa bibliotlièque Cl". Hrunetière, la liif)liotliè((ne de Hossuet (Jintmal des Savants, avril 1900. ou lît. crit., t. V1I)J.
l'homme, l'œuvre, l'influence 175
toute la valeur artistique et psychologique qu'on lui reconnaît, si Pascal ne lui en avait offert le modèle et Texemple. — Pascal et Bourdaloue : que la « psychologie» de Bourdaloue a ses origines dans les Pensées plus peut-ôtre que dans les salons des Précieuses (Cf. F. Brunetière, V Éloquence de Bourdaloue^ Revue des Deux-Mondes du l^' août 1904). Les Pensées de Pascal dominent toute la littérature apologétique des trente dernières années du xvu" siècle ^
IV. Delà valeur apologétique actuelle des « Pensées )>. — A. Comment, il y a quarante ou cinquante ans,
1. Ne serait-ce pas le succès des Pensées de Pascal qui aurait inspiré à des éditeurs ingénieux du xviir siècle l'idée de publier des Pensées du Père Bourdaloue^ de la Compagnie de Jésus, sur divers sujets de religion et de morale (5" éd.; 3 vol. in-i2, 1746), et des Pensées sur différents sujets de morale et de piété, tirées des ouvrages de feu M. Ma^sillon, évéque de Clermont^ ci-devant prêtre de l'Oratoire, Vun des Quarante de V Académie française (1 vol. iQ-l2, Paris, 1162)*? — On sait enfin qu'on a retrouvé dans les papiers de Bossuet un certain nombre de Pensées chrétiennes et morales, au nombre de deux cents environ, et auxquelles on prêterait sans doute plus d'attention qu'on ne le fait, si les Sermons — qui sont les vraies Pensées de Bossuet — n'existaient i)as. Deforis les a publiées le premier en 1778, au tome VU de son édition, mais sans aucun ordre et parmi des fragments de sermons et divers opuscules qui auraient dû en être séparés. On les retrouvera, mais classées et très sobrement annotées, à la fin du tome VI de l'admirable édition critique des Œuvres oratoires de liossuet, du regretté abbé Lebarq (Desclée et de Brouwer, Lille et Paris, 1890- 1896). — Je trouve enfin dans le Catalogue n" 100, d'octobre 190;î, de la librairie Gougy, la curieuse mention que voici : « Singe de Pascal, s. 1. n. d., in-8, réglé, veau marb., dos orné, rel. anc, manuscrit de la fin du xvii° siècle, d'environ *2{)0 pages. Traité de morale, imité des Pensées de Pascal, (jui, croyons-nous, n'a pas été imprimé. »
On posait et l'on tranchait la question : .< Comme fBuvre apologiiliqup, on peut «lire tni'il (le livre de r«BcaI) a fait son temps » (Suiutc-Bcuve, Porl-Hoya/^ i. m. 1" 6(i.. 1848; p. 33:i; — Cf. au tome III des éditions actuelles, page il4, note 1, le passage: « Voici, enrm,iln la part d'un pliilosoplie naturaliste... toute son ouverture 1-, qui ne li^^ure pas dans lu 1" l'dition, — et l'appendice: Encore im débat . ■sur i'ascal, p. (iH, sqq.) — .luguments analogues de Scheror : " L'apologie de Pascal est aujourd'hui nulle.... ", — de Rambert : « Les coups du ^rand alhlète ne portent plus », — de Havet (t^d. des/'^/iAres, passim). — Protestations de Astié, Naville, etc. [Cf. aussi N. Recolin, Apolutjfilique de Pascal dans le livre des Pensives (thèse de théologie protestante), Toulouse, 1850].
Qu'assurément si l'exégèse, — la science des religions comparées, — l'histoire proprement dite doivent aujourd'hui faire partie intégrante de l'apologétique, il est bien certain que sur tous ces points, IMjDo/ojie de Pascal a vieilli. — Mais d'abord, qu'on aurait tort de juger des Pensées comme d'un livre achevé * ; — qu'ensuite, à prendre cessimples maté-
I. Nous n'aTona même pas toutes les notes recueillies par Pascal. 11 avait composé divers écrits sur la grâce et aur le Concile de Trente, dont le recueil est malheureu sèment aujourd'hui perdu. Son Abrégé de la vie de Jésus-Christ a bien failli lui aussi arotr le même sort (Cf. la Préface de l'édition Faugère des Pensées).
l'homme, l'œuvre, L'iNFr.UENCE 177
riaux tels qu'ils nous sont parvenus, on ne peut s'empêcher d'être frappé (Cf. surtout les sections VI 11 et XUI de l'éd. Brunschvicg et VAbrégé de la Vie de Jésus-Christ par Pascal, éd. Michaut, Fribourg, 1896^) de tout ce qu'en matière d'exégèse ou d'histoire religieuse ces notes témoignent de perspicacité et de soupçon des problèmes ; — et l'on peut affirmer que, si Pascal avait pu achever son livre, celuici n'aurait, pourl'époque, rien laissé à désirera ces
divers points de vue. — Etant môme donnée l'étonnante pénétration de son génie, qui sait si, aujourd'hui encore, son exégèse ne nous paraîtrait pas moins « vieillie wque celle de Spinoza ou de Richard Simon, et sa philosophie de l'histoire aussi solide que celle de Bossuet ou de Voltaire? — Qu'en tout cas, l'exégèse, la science des religions et l'histoire même (au moins en tant que science des faits) étant
1. Cet Abrégé est une traduction, ou plutôt une « libre imitation » d'un opuscule latin de Jansénius, la Séries Vitas J.-C. juxta ordi^ nem tetnporum, qui forme comme la conclusion du Tetrateuchus, sive commentarlus in sancta J.-C. Evangelia (Cf. sur cette question une Lettre de M. Michaut à M. Moliiiier dans la Revue critique du 24 mai 1897). — Ce travail, qui n'est d'ailleurs qu'un premier jet, était-il, dans la pensée de Pascal, destiné à la publication? Dans ce cas, il eût été la réalisation d'un projet qu'avait jadis conçu saint François de Sales, mais qu'il n'avait pu mettre à exécution : « J'ay pensé, disait-il, de faire encore quatre livres, dont le premier sera une version nette et en vulgaire des quatre Evangélistes, unys et alliés ensemble en manière de concordance, selon la suite des temps et des actions de Nostre-Seigneur. » (Histoire du bienheureux François de Sales^par son iiepveu Charles-Auguste^ Œuvres de saint François de Sales, éd. L. Vives, t. II, p. 231.)
17» l-ASCAl.
la partie acoesHoirc, (^turnullemi-^nt changeante «-t incCAKanitnnnt motliliable ic l'apologéUqun comniL' du ]>rol>li^me reUgieux, la vraie manière de poser la question c*i du ne ileniauder ce qui restt; au point de vue pxythologi'infeXphilanDphiifHi' do V Apologie de Pascal ; — et quo eu point de vue tend heureusement à dominer de nos jours (Cf. entre autres: Weingarten, Pascal als Apolvyat desChristenthunts, Leip/ig, tSGS, — Gory, Ivs Pensées de Pascal cnnsi- ■dérit^s comnie apolof/ie du christianisme ^ Paris, 1883, — tt surtout Outhlin, op. cit., etc.).
B. Ce quH pourrait fitre à l'heure actuelle unci Apologie du c/irisiianisme adaptée aux besoins et aux exigeucL'îi de la pensée conlemporaiiie. ^ Il semble qu'elle devrait présenter trois principaux caractères et concilier entre eux trois principaux points de vue : le point de vue historique, le point de vue social, le pointdevue/)Aiïo.(o/)Aij'ue. — Historique : au courant des derniers résultats de l'exégèse et de la science comparée des religions, l'apologiste devrait mettre en relief la grandeur, l'unicité et la continuité du rôle historique du christianisme. — Social : il s'appliquerait à faire ressortir ce qu'on a déjà appelé (M. de Brémond d'Ars) i< la vertu sociale du christianisme », et il montrerait que, depuis dix-huit siècles, on n'a pas
L HOMME. L ŒUVRE, LIXFlTXy:!: f-^
encore trouvé d'aotre moven d'onir dans la frcaimuuauté des croyances et des pratiques non seulement religieuses^ mais morales, les humbles et les « habiles ». — Philosophique enfin : il établirait que l'ensemble des dogmes chrétiens enveloppe une conception générale de Thomme. de Tunivers et de la vie aussi profonde que consolante, aussi satisfaisante pour la raison que séduisante pour le cœur.
On trouverait les éléments épars de ce nouveau Génie du Christianisme dans un certain nombre d'écrivains contemporains : d^abord. chez ceux qu'au point de vue de Torthodoxie, on pourrait appeler des apologistes du dehors : Tolstoï en Russie ; M. Balfour en Angleterre : feu Charles Secrétan en Suisse; MM. Paul Desjardins (première manière), et Edouard Rod en France; — puis, chez quelques chrétiens laïques, des convertis pour quolques-uns, tous passionnément épris de haute vio intellectuelle et d action morale et sociale : MM. lirunetière, Bourget, E.-M. de Vogué; feu L. Ollé-Laprune, MM. Fousegrive {Catholicisme et Démocratie^ le Catholicisme et la vie de l'esprit)^ (loyau [le Vatican; le Pape^ les catholiques et la qurstinn sociale; Autour du catholicisme social) et Hlondnl (Cf. de celui-ci le livre de l'Action, et nurtoiit la Lettre sur les exigences de la pensée cojitemj foraine
en nuUière cPapoiogétigue et sur la méthode de la. philosophie dans l'étude du problème relijfimx^ et les discassions engagées à ce sujet dans la Betavlt thomiste^ la Revue de métaphysique^ la Quinxaiii^f les Annales de philosophie chrétienne^ les Études re^ ligiêuseSy etc.» en 1896 et 1807) ; — enfin, chesdiven'; ecclésiastiques de grand mérite» parmi lesquels U faut au moins citer les morts : Newman (£^«5ay m'i aid of a grammar of assent; — Universitg sermons)^ ] M'' d'Hulst» Fabbé de Broglie» etc. — Cf. aussi V Apologie du christianisme au point de vue de U civilisation et des mœurs du R. P. Weiss (traduo-. tien franc.» t. X, 1899), les articles et livres, d^à cités pour la plupart» de Tabbé Brémond» de Tabbé Laberthonnièrc, de Tabbé Baudrillart» de Tabbé Loisy, de Tabbé Klein, de M^"' Mignot (voir en particulier de celui-ci la troisième Lettre au clergé de son diocèse sur l'Apologétique conteinporaine) et de Tabbé BainveL — Voir enfin Tabbé Ch. Denis, :j Exposé d'une apologie philosophique du christianisme dans les limites de la nature et de la révélation ( Alcan^ 1898), Tabbé B. Mano, le Problème apologétique (Bloud et Barrai, 1899), etc.
Que si maintenant nous comparons à cette esquisse tout idéale d'une apologétique en entière conformité avec les besoins de Theure présente
l'homme, l'œuvre, l'influence 181
les fragments de V Apologie de Pascal, nous constatons :
1° Qu'au point de vue historique, vu l'état d'inachèvement des Pensées, il y aurait actuellement peu de choses à y prendre ; mais qu'on ne saurait cependant s'empêcher d'être frappé de l'importance exceptionnelle^ que, en sa qualité de savant, de physicien, j'allais dire de positiviste, Pascal attachait à ce point de vue ;
2° Qu'au point de vue social, aujourd'hui encore, on y trouverait peut-être plus d'un argument à
1. «Avec une admirable netteté de vue, il a posé la question comme elle devait être posée, comme Texégése de notre siècle devait la poser. Ce que les Strauss et les Renan ont essayé de remplir, c'est le cadre tracé par Pascal : prendre la religion comme un faity la traiter comme telle à l'aide de la critique des témoignages et des documents, rechercher si le contrôle minutieux des faits laisse nulle part apparaître le surnaturel, c'est justement la méthode que Pascal, avant 1660, avait prescrite comme la seule capable de mener à un résultat certain. A cette date, poser le problème religieux comme un problème essentiellement historique et philologique, c'était un coup de génie. » (Lanson, Grande Encyclopédie, art. cit.). — Voir sur ce point le témoignage identique de Scherer {Mélanges d'histoire religieuse, Paris, 1860, p. 103). — On notera que Bossuet, un peu partout dans son œuvre, mais plus particulièrement dans la seconde partie du Discours sur Vhistoire univei\selle, a suivi la voie ouverte par Pascal. Il est vrai qu'il s'est ensuite ravisé et qu'il a eu peur des hardiesses de Richard Simon. On aimerait à croire que, si Pascal avait pu achever son œuvre, il eût été plus conséquent et moins timide. Bossuet, pourrait-on dire, à travers Richard Simon, a comme deviné Renan, et il a reculé d'épouvante. Pascal, lui, eût été homme à voir — ou à prévoir — par delà Renan. — Il y a, je le sais, une contradiction apparente entre ce que je dis ici de Pascal et ce que j'en dis à la note 1 (le la page 100. Pour la faire disparaître, il suffit, je pense, de rappeler que, plus haut, je parlais du Pascal des Provinciales, et qu'ici je parle du Pascal des Pensées,
reprendre et à rajeunir (Gf. Pensées^ M. 702, — B. 251);
3^ Qa'au point de vue phUosophiqtie^ les Pensie$ n'ont pour ainsi dire pas bougé, si personne encore ne nous a fourni une description psychologique plus exacte et plus profonde que Pascal de la nar ture humaine, et n'a dégagé du christianisme une vue de Fensemble et du fonds des choses plus conforme à ce que Leibniz appelait perennis qum- \ dam philosophia. — Que cela nous aniène à étudier \ la philosophie des Pensées.
DIX-SEPTIÈME LEÇOxN
LES « PENSÉES