‹ Pascal, La Rochefoucauld, BossuetChapitre 26 sur 106 · Fascnl, Pensées, article VIL 28. r · texte numérisé non relu

Fascnl, Pensées, article VIL 28. r

Ce que nous trouvons dans les Pensées, certes ce n'est pas un auteur, c'est un homme, un homme souffrant, tourmenté à la fois par ses maladies et par son imagination fanatisée, un homme que Ton admire et que l'on plaint, pour lequel on ne sait si l'on éprouve plus de sympathie ou plus de pitié. Dès Tâgo d* dix-huit ans, ses travaux excessifs avaient altéré sa santé au point qu'il disait que depuis lors «il n'avait pas passé un jour sans douleur ». Surtout, à partir de trente et un ans jusqu'à trente-neuf, où il mourut, loin de vouloir alléger ses souffrances, son excessive dévotion lui persuada de les redoubler. « Il commença dès lors, dit madame Perier, à se passer du service de seB domestiques, autant qu'il pouvait : il faisait son lit lui-même, fl allait prendre son diner à la cuisine et le portait à sa chambre; il le rapportait... 11 refusait à ses sens absolument tout ce qui leur était agréable: et, quand la nécessité le contraignait à faire quelque chose qui pouvait leur donner quelque satisfaction, il avait une adresse merveilleuse pour en détourner son esprit, afin qu'il n'y prit point de part . Par exemple, ses continuelles maladies l'obligeant de se nourrir délicatement, il avait un soin très grand de ne point goûter ce qu'il mangeait ; et nous avons pris garde fue, quelque peine qu'où prit à lui chercher quelque viande (mets) agréable, à cause des dégoûts à quoi il était sujet, jamais il n'a dit: « Voilà qui est bon. » Et, encore, lorsqu'on

lui servait quelque chose de nouveau selon les saisons, si Ton lui demandait après le repas s'il l'avait trouvé bon, il disait simplement : « 11 fallait m'en avertir » devant, c;r je vous avoue que je n'y ai point » pris garde. » Et, lorsqu'il arrivait que quelqu'un admirait la bonté de quelque viande en sa présence, il ne le pouvait souffrir. Il appelait cela être sensuel, encore même que ce ne fût que des choses communes; parce qu'il disait que c'était une marque qu'on mangeait pour contenter le goût; ce qui était toujours mal... Il avait réglé tout ce qu'il devait manger : en sorte que, quelque appétit qu'il eût, il ne passait jamais cela; et, quelque dégoût qu'il eût, il fallait qu'il le mangeât; et, lorsqu'on lui demandait la raison pourquoi il se contraignait a^i, il disait que c'était le besoin de l'estomac qu'il fallait satisfaire, et non pas l'appétit. . . Il prenait, dans les occasions, une ceinture de fer pleine de pointes, il la mettait à nu sur sa chair : et, lorsqu'il lui venait quelque pensée de vanité ; ou qu'il prenait quelque plaisir au lieu où il était, ou quelque chose semblable, il se donnait des coups de coude pour redoubler la violence des piqûres, et se faisait ainsi souvenir lui-même de son devoir. Cette pratique lui parut si utile, qu'il la conserva jusqu'à la mort, et même dans les derniers temps de sa vie , où il était dans des douleurs continuelles... » Ces détails sont tirés du manuscrit de la Vie de Pascal , œuvre de sa sœur et donné par sa

nièce aux Pères de l'Oratoire de Clermont. Ce manuscrit contient aussi quelques renseignements sur le résultat de l'autopsie du corps du défunt. Il en résulte que le cerveau était gravement altéré. « Il y avait, au dedans du crâne, deux impressions, comme du doigt dans de la cire , qui étaient pleines d'un sang caillé et corrompu qui avait commencé de gangrener la dure-mère. . . »

Ainsi s'explique-t-on que Pascal, malade physiquement et moralement, était arrivé à un état voisin de la folie.

Mais, plus cet esprit était agité , plus son âme passionnée produisait des merveilles de style telles , qu'on peut dire que l'autetfr des Pensées est le plus grand écrivain de la prose française, même sans oublier Bossuet.

Les Provinciales, — c'est M. Doudan aui nous Ta fait voir au commencement de cette leçon 1 , — ne sont pas moins romantiques que J es Pensées, en ce qui regarde la forme et le style ; ni moins classiques en même temps. — Quant au fond d'où sortent les unes et les autres, quant à l'esprit qui est comme la sève de cette double tige immortelle, jaillie d'une seule et même racine, c'est la pureté de la morale ; c'est là que les Provinciales et les Pensées ne font qu'un. « Le jansénisme a l'air d'à-

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