‹ Pascal, La Rochefoucauld, BossuetChapitre 29 sur 106 · Voltaire, Siècle de Louis XIV, tome I · texte numérisé non relu

Voltaire, Siècle de Louis XIV, tome I

Dans Bossuet comme dans Pascal, on est bien forcé de distinguer la forme et le fond. Le fond, chez l'évêque de Meaux, est théologique, suranné, parfois choquant ; la forme est de la plus grande beauté. Moins émue cependant que celle de Pascal : l'âme y a moins de part. Elle procède de l'esprit et de l'imagination; ce n'est pas l'être tout entier qui s'y répand et s'y consume. Autant la complexion de l'auteur des Pensées est vibrante à l'excès, maladive, enflammée, dans une crise perpétuelle, morale et physique, autant celle de Bossuet est saine, robuste : impétueuse aussi, mais en équilibre.

Ses idées sont celles que la tradition ecclésiastique a déposées dans son esprit, discipliné dès l'enfance . Voué à la Yierge en naissant , il avait six ans quand son père, d'une famille de magistrats, fut envoyé à Metz en qualité de conseiller au Parlement qui venait d'y être établi. A huit ans, il reçoit la tonsure des mains de Sébastien Zamet, évêque de Langres. Il est élevé, avec son frère aîné Antoine, au collège de Dijon, dirigé par les Pères Jésuites. Toute sa famille est confite en piété. A treize ans, encore écolier, il est nommé chanoine de Metz *. Ses maîtres eussent désiré qu'il entrât dans leur Institut; mais, comme la

1. Son camarade l'abbé de Rancé est nommé à onze ans, chanoine de Notre-Dame de Paris.

théologie n'était point enseignée alors à Dijon, il fut obligé de quitter cette ville pour aller l'étudier à Paris, au collège de Navarre, en 1642 : il coin rnençait alors sa seizième année.

Là , il lut l'Écriture, l'antiquité grecque et latine : vivement épris de la Bible et d'Homère, il mettait celui-ci au-dessus de tous les poètes et de tous les orateurs, et ne prononçait jamais son nom sans dire « le divin Homère». Virgile et Horace ne lui étaient pas moins familiers. Même après qu'il fut devenu évêque, il n'allait presque jamais à la campagne sans son Virgile. A cette nourriture exquise ajoutez les Pères de l'Église, entre lesquels saint Grégoire de Nazianze, pour les grecs, Tertullien et saint Augustia, pour les latins, étaient ses lectures de prédilection. Jusqu'en 1669, à quarante-deux ans, Bossuet, s'il en faut croire un autographe inédit S n'aura encore lu que très peu d'ouvrages écrits en langue française : Descartes, Balzac, le Tacite de Perrot d'Ablancourt, son Thucydide, son Lucien, quelques livres de Port-Royal, « bons à lire, dit-il, parce qu'on y trouve de la gravité et de la grandeur ; leurs préfaces de préférence ; mais leur style a peu de variété : or, sans la variété, nul agrément. »

1. Cité par M. À. Floquet, Éhtiet sur la Vie dt Bossuet % tome I, p. 378. Firmin Didot, 1855.

Joignez-y quelques pièces de Corneille et de Racine *.

Il mettait le Discours de la Méthode au-dessus de tous les ouvrages de son siècle. 11 admirait aussi Pascal , et semble l'avoir imité quelquefois ; M. A. Floquet, dans ses savantes Études, a émis l'opinion que c'était Pascal qui, sans doute, avait entendu prêcher Bossuet, et qui s'était rappelé quelques-uns de ses Sermons. M. Havet * prouve que cette hypothèse n'est pas admissible.

Les Provinciales l'avaient charmé : « Quelquesunes de ces Lettres, écrivait-il, ont beaucoup de force et de véhémence, et toutes une extrême délicatesse. » Plus tard, dans la controverse du quiétisme, elles lui revenaient à l'esprit à propos de celles que Féneion publiait contre lui. « Potjr des Lettres, dit-il, composez-en tant qu'il vous plaira ; divertissez la Cour et la Ville ; faites admirer votre esprit et votre éloquence, et ramenez les grâces des Provinciales... »

Bossuet avait à peine seize ans, lorsqu'il se révéla prédicateur. Dès sa rhétorique, il avait fait voir de grandes dispositions à l'éloquence : il prêchait avec succès dans la chapelle de Navarre ; on en par-

1. On dit même qu'il en vit jouer une ou deux du premier, ayant d'être engagé dans les Ordres. Il observait sans doule tout ce que l'action peut ajouter à l'effet du discours. Plus ard, il condamna le théâtre absolument.

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