‹ Pascal, La Rochefoucauld, BossuetChapitre 3 sur 106 · Portraits de Femmes, p. 297, Pfcris, Didier · texte numérisé non relu

Portraits de Femmes, p. 297, Pfcris, Didier

fortune ; début moins politique que romanesque, si tant est que nous devions prendre au pied de la lettre ce qu'il raconte 4 . 11 revenait à la Cour, en 1637, après une disgrâce de son père, au moment où Anne d'Autriche était soupçonnée d'entretenir, à l'aide de madame de Chevreuse, des intelligences avec l'Espagne. Louis XIFI, animé par Richelieu, ne parlait de rien moins que d'enfermer la Reine au Havre et de la répudier. C'est alors que la Reine lui aurait proposé d'enlever mademoiselle d'Hautefort et elle, pour les conduire à Bruxelles. « On a quelque peine, dit M. Gourdault *, à imaginer une reine de Franco courant ainsi les chemins, avec une jeune fille, sous la conduite d'un galant gentilhomme de vingt-quatre ans. » Tallemant des Réaux, enjolivant encore ce prétendu projet d'escapade de la Reine : « Marcillac, dit-il, la devait mener en croupe. » Ce projet, s'il exista, n'eut pas de suite : la Reine, après avoir subi un interrogatoire en règle, rentra en grâce auprès du Roi et du Cardinal. Madame de Chevreuse, l'ouvrière du complot, prit peur et se sauva; Marcillac favorisa sa fuite. Elle est la première bien avérée des quatre lunes

1. Dans ses Mémoires, page 28, édition Hachette, collection des « Grands Écrivains français ».

2. Notice biographique sur La Rochefoucauld, dans l'édition Régnier (Hachette), commencée par M. D.-L. Gilbert, qui est mort le 15 octobre 1870, et continuée par son collaborateur, M. J. Gourdault.

de ce Jupiter. La seconde fut madame de Longueville. Ensuite vint madame de Sablé. Enfin, madame de La Fayette . Notons rapidement ces phases successives.

Vous savez ce que Mazarin disait plus tard à l'ambassadeur d'Espagne plaidant la cause des Condé pour les faire rentrer en grâce quand la guerre civile fut terminée : « Vous autres Espagnols, vos femmes ne se mêlent que de faire l'amour ; mais, en France, ce n'est pas de même, et nous en avons deux qui seraient capables de bouleverser deux grands royaumes; c'est la duchesse de Longueville et la duchesse de Chevreuse. »

Le cardinal de Retz, qui les connut de près, a laissé d'elles, dans ses Mémoires, deux portraits fort piquants, dont voici le premier :

« Madame de Chevreuse n'avait plus même de restes de beauté, quand je l'ai connue. Je n'ai jamais vu qu'elle en qui la vivacité suppléât au jugement. Elle lui donnait même assez souvent des ouvertures (aperçus, idées) si brillantes, qu'elles paraissaient comme des éclairs; et si sages, qu'elles n'eussent pas été désavouées par les plus grands hommes de tous les siècles. — Ce mérite, toutefois, ne fut que d'occasion. Si elle fût venue dans un siècle où il n'y eût point eu d'affaires (politiques), elle n'eût pas seulement imaginé qu'il y en pût avoir. Si le prieur des Chartreux lui eût

plu, elle eût été solitaire, de bonne foi. — Monsieur de Lorraine, qui s'y attacha, la jeta dans les affaires; le duc de Buckingham et le comte de Holland l'y entretinrent; M. de Chàteauneuf l'y amusa.

Elle s'y abandonna, parce qu'elle s'abandonnait à tout oe qui plaisait à celui qu'elle aimait. Elle aimait sans choix, et purement parce qu'il fallait qu'elle aimât quelqu'un. Il n'était même pas difficile de lui donner de partie faite (par complot) un amant; mais, dès qu'elle l'avait pris, elle l'aimait uniquement et fidèlement. Elle nous a avoué, à madame de Rhodes et à moi, que, par un caprice, disait-elle, de la fortune, elle n'avait jamais aimé le mieux ce qu'elle avait estimé le plus, — à la réserve toutefois, ajoutait-elle, du pauvre Buckingham. — Son dévouement à sa passion, que l'on pouvait dire éternelle quoiqu'elle changeât d'objet, n'empêchait pas qu'une mouche lui donnât quelquefois des distractions. Hais elle en revenait toujours avec des emportements, qui les faisaient trouver agréables. — Jamais personne n'a fait moins d'attention sur les périls ; et jamais femme n'a eu plus de mépris pour les scrupules et pour les devoirs : elle ne reconnaissait que ce* lui de plaire à son amant. »

On a maintes fois essayé de débrouiller les mille intrigues de ces guerres civiles si folles, qu'elles sont à peine croyables, et que déjà elles parais-

saient telles, même aux contemporains quelques années après,- lorsque Tordre fut rétabli et la monarchie affermie. Gourville, dans ses Mémoires, en parle de la sorte : « Les vieux, dit-il, qui ont vu l'état où les choses étaient dans le royaume, ne sont plus ; et les jeunes, n'en ayant eu connaissance que dans 'le temps que le Roi a rétabli son autorité, prendraient ceci pour des rêveries, quoique ce soient assurément des vérités très constantes 1 ». — Il est nécessaire de rappeler au moins quelques faits de la vie de La Rochefoucauld parmi ses aventures avec l'une, puis avec l'autre des deux fameuses héroïnes. Nous venons de le voir conspirer d'abord avec madame de Chevreuse : elle s'est % dévouée à lui, qui est plus jeune qu'elle ; lui, à son tour, vient de favoriser sa fuite, pour la sauver de la colère de Richelieu. Sur quoi, le cardinal le fait arrêter et mettre à la Bastille: mais, au bout de huit jours, il le fait relâcher, le trouvant peu coupable ou peu redoutable. Richelieu meurt le 4 décembre 1642; Louis XIII meurt le 14 mai suivant ; le Parlement casse son testament, et, du consentement de Monsieur et des Condés, il donne la Régence à la Reine : Mazarin est nommé chef du Conseil. Madame de Chevreuse revient d'exil, le prince de Marcillac essaye de la diriger; mais lui-même aurait eu besoin d'être

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