‹ Pascal, La Rochefoucauld, BossuetChapitre 5 sur 106 · Mémoires de La Rochefoucauld, p. 126, édition Hachette · texte numérisé non relu

Mémoires de La Rochefoucauld, p. 126, édition Hachette

2. Qui devait être tué à vingt- trois ans sur les bords du Rhin, à côté du grand Gondé, son oncle.

mais il eut beau suivre Coudé quand ce prince fut entré dans la Fronde à son tour, il ne devint pas homme de guerre (Retz, son rival, touchera bien ce point dans le portrait que nous verrons); non plus qu'il ne devint homme d'État en essayant à plusieurs fois de traiter avec Mazarin et se laissant jouer par lui. Le détail en serait trop long, je ne finirais pas de compter ses tentatives d'accommodement, et ses reprises furieuses chaque fois qu'il s'apercevait que l'Italien l'avait trôlé. — Lorsqu'enfin tout le monde commença, en septembre 16S0, à être las de ces luttes sans issue, et à tâcher de s'accommoder avec la Cour, La Rochefoucauld se mit à intriguer d'autre part avec la princesse palatine, Anne de Gonzague, espérant prolonger la lutte, tandis qu'elle, au contraire espérait l'y faire renoncer et l'amener à faire sa paix avec le Roi K

Bref, ce qu'il retira de ta première Fronde, ce fut seulement ces deux mousquetades ; et, de la seconde, des promesses de grands emplois, dont le Cardinal Pamusa. En un mot, l'amour et l'ambition étaient ses passions maîtresses ; mais, croyant pouvoir les mener de front, il était au contraire mené par elles, et pas toujours dans le même sens. Téméraire et irrésolu, manquant surtout d'esprit de

1. Voir, ci-dessous, p. 2t2 à 219, le portrait idéalisé que Bossuet fait de cette princesse dans l'Oraison funèbre qu'il lui consacre.

suite, sa finesse lui faisait apercevoir dans les affaires tant d'ouvertures diverses, qu'il ne savait s'arrêter longtemps à une seule. Cette irrésolution habituelle est la contre-partie et comme la rançon de la sagacité subtile et sceptique. Ceux qui voient à la fois tous les aspects des choses ont plus de peine à se décider et à se fixer, que ceux qui n'en voient qu'un ou deux. Pour être un homme d'action, il faut n'avoir pas des vues trop nombreuses. Les politiques de profession ont des œillères comme les chevaux attelés, afin de ne voir ni à droite ni à gauche, et de tirer droit dans le même sens, une fois qu'ils ont pris leur parti. Au contraire, les esprits critiques, qui saisissent toutes les nuances du pour et du contre, embrassant à la fois tous les côtés des choses, sont longtemps sans se déterminer pour aucun, et, même après qu'ils ont pris une résolution, ne s'y tiennent guère. — Lorsqu'il essaya de passer de l'action à la diplomatie, La Rochefoucauld n'y réussit pas mieux : c'est que, pour réussir, en diplomatie comme en politique, la finesse d'esprn ne suffit pas; le caractère, la fermeté du vouloir, importent bien davantage. Or c'était ce qui manquait le plus à cet homme d'un esprit si pénétrant. Quand il vit qu'avec tant d'esprit il s'était fait duper par tout le monde, ruiner dans ses affaires, dans ses biens, dans sa santé, dans ses espérances, l'écœurement le prit. — Voilà quel était le héros; voici quelle était l'héroïne.

A vingt-trois ans, belle et charmante, la princesse Anne-Geneviève de Bourbon-Condé avait été mariée au duc de Longueville qui en avait quarante-sept, et qui continuait ses relations avec son ancienne maîtresse, la duchesse de Montbazon. La jeune femme se laissa consoler, d abord par Coligny, et puis par Miossens S enfin par La Rochefoucauld. Elle était aussi folle que lui et aussi brillante, et rêvait comme lui un rôle dans l'État. L'amant et la maîtresse étaient faits l'un pour l'autre. Mais, quand la Fronde fut vaincue, le découragement la prit comme lui. Elle avait trente-quatre ans, lui quarante et un; elle se détacha de lui, et s'attacha au duc de Nemours. Ensuite, tournant à la dévotion, elle se retira en Normandie, près de son vieux mari, pour faire pénitence, et tomba dans un ennui profond. En vain essayait-on parfois de l'en tirer et de la divertir :

« Mon Dieu! madame, lui disait une de ses femmes, l'ennui vous ronge; ne voudriez -vous pas quelque amusement? 11 y a de belles forêts et des chiens, voudriez- vous chasser?

— Je n'aime pas la chasse.

— Voudriez-vous de l'ouvrage ?

— Je n'aime pas l'ouvrage.

— Voudriez-vous promener?

— Je n'aime pas la promenade,

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