On professait qu'on se donnait à Jésus-Christ
2. Les lettres d'érection du duché de Vaujour en faveur de Louise de La Vallière avaient été enregistrées au Parlement le 14 mai 1667. Marie-Anne de Bourbon, née le 3 octobre 1666, d'elle et du Roi, fut légitimée par les mêmes lettres, quoique fille d'an nomme marié. Pareillement, le 22 février 1669, furent enregistrées les lettres de légitimation de Louis de Bourbon, comte de Vermandois, né des mômes, le 2 octore 1667, un an après sa sœur, jour pour jour,
1644, en Touraine, d'un maître d'hôtel du duc d'Orléans, elle fut d'abord attachée comme fille d'honneur à la duchesse, madame Henriette, celle dont nous venons de voir la mort et l'Oraison funèbre. Madame de La Fayette nous a conté comment, pendant la grossesse de la Reine, le Roi s'étant épris d'une tendre amitié pour Madame, ils convinrent entre eux que, pour déjouer la curiosité, il ferait semblant de s'occuper de deux ou trois filles d'honneur, et comment La Vallière fut une des deux ou trois; puis comme quoi, la feinte sechan géant en réalité, La Yallière devint secrètement la maîtresse du Roi, dans l'été de 1661, à dix-sept ans. Quoiqu'elle fût un peu boiteuse, dit-on, elle ne laissait pas d'être charmante, d'une grâce ingénue; sans beaucoup d'esprit, mais un cœur ouvert, doux et tendre. Nous avons vu aussi comment Madame, lorsqu'elle s'aperçut de l'inconstance du Roi, essaya de se consoler en acceptant les soins du comte de Guiche. Or voici le point par lequel l'une des deux histoires se rattache à l'autre. La Vallière était instruite de la liaison de Madame avec M. de Guiche par une fille d'honneur de la Reine, nommée Montalais, extrêmement intrigante. Ici, il faut laisser parler madame de La Fayette :
« Madame ne savait point que La Vallière sût ses affaires; mais elle savait celles de La Vallière par Montalais. Le public entrevoyait quelque chose de la galanterie de Madame et du comte de Guiche. Le
Roi en faisait de petites questions à Madame ; mais il était bien éloigné d'en savoir le fond. Je ne sais si ce fut sur ce sujet, ou sur quelque autre, qu'il tint de certains discours à La Vallière, qui lui firent juger que le Roi savait qu'elle lui faisait finesse de quelque chose; elle se troubla et lui fit connaître 1 qu'elle lui cachait des choses considérables. Le Roi se mit dans une colère épouvantable ; elle ne lui avoua point ce que c'était ; le Roi se retira, au désespoir contre elle.
» Us étaient convenus plusieurs fois que, quelques brouilleries qu'ils eussent ensemble, ils ne s'endormiraient jamais sans se raccommoder et sans s'écrire. La nuit se passa sans qu'elle eût des nouvelles du Roi, et, se croyant perdue, la tête lui tourna. Elle sortit le matin des Tuileries et s'en alla comme une insensée* dans un petit couvent obscur qui était à Chaillot.
» Le matin, on alla avertir le Roi qu'on ne savait pas où était La Vallière. Le Roi, qui l'aimait passionnément, fut extrêmement troublé : il vint ' aux Tuileries, pour savoir de Madame où elle était; Madame n'en savait rien, et ne savait même pas le sujet qui l'avait fait partir.
» Montalais était hors d'elle-même, de ce qu'elle