‹ Pascal, La Rochefoucauld, BossuetChapitre 74 sur 106 · Matth, c. 23, v · texte numérisé non relu

Matth, c. 23, v

2. Le sens un peu obscur peut-être de ce dernier membre de phrase est éclairci par le passage correspondant du petit opuscule où la princesse a elle-même raconté l'histoire de sa conversion, et où Bossuet a pris l'épisode de l'Aveugle, et celui de la Poule, du Poulet et du Chien. Voici ce passage : € J'entendis encore quelqu'un qui disait : « Il faut le rendre au chien ; cela le gâtera, de (le) lui ôter. » — « Non, répondisse, je ne (le) lui rendrai jamais ; on lui donnera d'autres viandes.» — « Cela le gâtera, de lui ôter 3 (ce poulet qu'il a pris), c'est-à-dire : en ôtant au chien sa proie, on le dégoûtera de chasser, on éteindra son ardeur ; il cessera dfëtre un bon chien de chasse, ou simplement un bon chien de garde. Il est gâté, il est perdu, en tant que bon chien. — Voilà ce que veut dire aussi, avec un tour plus oratoire, la phrase de Bossuet.

» redonnera au Démon après vous avoir tirée de sa » puissance ? Espérez et prenez courage. » A ces mots, elle demeura dans un calme et dans une joie qu'elle ne pouvait exprimer, comme si un ange lui eût appris (ce sont encore ses paroles) que Dieu ne l'abandonnerait pas. »

Voilà, ce me semble, des passages, qui, à ne les considérer que littérairement, peuvent paraître assez romantiques, par le mélange de ces deux éléments : d'une part, un réalisme singulier, qui ne recule devant aucun détail : de l'autre, les périphrases et les tours destinés à ennoblir ces récits bizarres, à en rehausser le ton, et à en écarter le ridicule; les précautions oratoires pour faire accepter ces détails extraordinaires par un auditoire mondain, prompt à l'ironie, à la moquerie ; ou plutôt pour, les lui imposer d'autorité, en paraissant mettre ce langage d'un réalisme si étonnant au-dessus des splendeurs de l'art oratoire le plus sublime, « Je me plais, dit-il, à répéter toutes oes paroles, malgré les oreilles délicates; elles effacent les discours les plus magnifiques, et je voudrais ne parler plus que ce langage. »

En un mot, cette Oraison de la princesse palatine est, non la plus belle, mais la plus curieuse de toutes. Romanesque dans sa première partie consacrée aux commencements de la vie d'Anne de

Gonzague, d'abord au couvent, — c'est Yandante de cette symphonie littéraire, — ensuite dans le monde, c'est le scherzo, — ce discours nous présente, dans la partie suivante, des analyses morales pleines de finesse et de profondeur, comme celle de la Cour ; des peintures historiques d'une touche éclatante, comme celle de la Fronde ; — ou encore, le portrait de Charles-Gustave, dans le style des prophètes : « Charles-Gustave parut à la Pologne surprise et trahie, comme un lion qui tient sa proie dans ses ongles, tout prêt à la mettre en pièces. Qu'est devenue cette redoutable cavalerie qu'on voit fondre sur l'ennemi avec la vitesse d'un aigle ? Où sont ces âmes guerrières, ces marteaux d'armes tant vantés, et ces arcs qu'on ne vit jamais tendus en vain ? Ni les chevaux ne sont vîtes, ni les hommes ne sont adroits, que pour fuir devant le vainqueur, » Dans le finale, ce sont des visions, des rêves mystiques, d'une naïveté, d'une familiarité analogue aux paraboles de l'évangile, et que le grand orateur mêle hardiment au tissu de son discours. Cela est étrange, bizarre, presque enfantin par moments, à ce qu'il semble, du moins aux yeux de ceux qui n'apporteraient pas à cette lecture les sentiments convenables, et qui ne se placeraient pas au point de vue où l'on doit se placer. Mais, en tout cas, même à des esprits désintéressés et indépendants, cela présente une physionomie unique en son genre, comme l'Oraison funèbre de Madame dans le sien.

Cela nous amène à remarquer en terminant que, jusqu'ici , pas une des Oraisons funèbres que nous avons étudiées ne ressemble aux autres. J'achèverai, à la prochaine leçon, de faire voir la même variété dans chacune des deux qui nous restent, celle du Chancelier Michel Le Tellier et celle du Grand Condé.

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