SOCIÉTÉ FRANÇAISE D'IMPEIMERIE ET DE LIBRAIRIE
(aticienns librairie lecène, oodin et c")
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Une étude sur Pascal, si modeste qu'elle soit dans ses ambitions, présente une difficulté presque insurmontable en apparence : comment un critique littéraire, réduit à ses seules forces, pourrait-il juger un homme qui a été à la fois écrivain^ savant, théologien? La meilleure façon de sortir d'un tel embarras, c'est de s'appuyer sur des spécialistes dont tout le monde reconnaisse l'autorité. Ainsi ai-je fait, regrettant seulement que les habitudes de cette collection ne me permissent pas de rendre à chaque auteur ce qui lui appartient dans ce travail, par des citations et des références. Je dirai donc d'une façon générale que je dois beaucoup aux mattrès dont les noms suivent, aux ouvrages dont je donne la liste, sans prétendre, bien entendu, dresser une bibliographie qu'on trouvera dans une des plus récentes éditions des Pensées ^ celle de M. Michaut.
MM
Brunetiére. — Etudes critiques sur V histoire de la littéra'
ture française^ troisième série. Hachette, 1894. Cousin. — Des Pensées de Pascal. Ladrange, 1847.
MM
Cousin. — Jacqueline Pascal. Didier, 1878.
Droz. — Etude sur le scepticisme de Pascal. Alcan, 1886.
Faguet. — Les grands maîtres du XVII* siècle. Lecène et
Oudin, 1888.
Faugère. — Lettres, opuscules et mémoires de M^* Périer^
etc. Valon, 1845.
Havet. — Pensées de Pascal, Delagrave, 1887.
Havet. — Provinciales. Delagrave, 1887.
Lanson. — Histoire de la littérature française. UB.cheUe,iS95. Michaux. — Les Pensées de Pascal disposées suivant l'ordre
du cahier autographe. Friboi|rg (Suisse), librairie de
r Université, 1896.
Sainte-Beuve. — Port-Royal. Hachette, 1848.
ViNET. — Etudes sur Biaise Pascal^ 3^ édition, Sandoz et
Fischbacher.
Bien d'autres écrivains sont encore cités dans le corps de l'ouvrage. On trouvera peut-être que j'ai abusé d'un certain genre de citation, en transcrivant souvent tel passage d'un poète qui me semblait rendre le mieux ma pensée. La critique scientifique et austère me le reprochera sans doute. Comment pourtant ne pas céder à cette tentation ? Comment, en simple prose, ppurrait-pn traduire tout ce qu'il y a eu de poésie dans l'âme, dans le cœur d'un de nos plus grands lyriques ?
La difficulté n'est pas là du reste. Quand il s'agit d'apprécier la valeur des travaux et des découvertes scientifiques de Pascal, un simple littérateur n'a qu'à se récuser et à passer la parole à un homme de science M. Bertrand, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, a, heureusement pour nous, jugé, avec toute la compétence requise, cette
partie de l'œuvre de notre auteur dans son Blaùe Pascal. ( C. Lévy, 1891.) Nul, que je sache, n'a protesté contre cette partie de Tétude de M. Bertrand, qui n'a pu être discutée que dans ce qui touche aux études religieuses.
C'est là le point délicat, pour un critique qui ne se réclame que de la science pure, dont les travaux n'ont rien eu de théologique, et qui pourtant se voit forcé de parler de choses qui touchent de très près à la théologie. A défaut de compétence, en effet, il serait imprudent de croire qu'il suffira de parler avec respect de ces questions-là pour ne choquer personne, car on risquerait encore de causer à autrui, par mégarde, ce qu'un théologien appelait « rimpredsion douloureuse et irritée d'un croyant dont on insulte les croyances en les dénaturant »(1). Userait téméraire, par conséquent, quand il s'agit de nuances théologiques quelquefois très délicates, de s'en remettre à ses simples souvenirs de catéchisme. J'ai donc pris comme guidegénéral un des meilleurs livres, je crois, qui aient été publiés depuis quelque temps sur ces matières : V Exposé de la Doctrine ca* tholique^ de M, Tabbé Girodon. Cet ouvrage est déjà assez ancien, puisqu'il a paru chez Pion et Nourrit en 1884. Mais, en matière dogmatique, la date importe peu. Je l'ai choisi de préférence à d'autres parce que, visiblement, l'auteur , sans faire une étude en règle de l'Apologie de Pascal, s'en est
(1) Mgr d'Hulst. Une nouvelle appréciation des Provinciales, dans le Correspondant du 25 septembre 1890.
préoccupé à plusieurs reprises, le plus souvent du reste pour critiquer l'orthodoxie des Pensées. Pour les questions de détail, pour les problèmes particuliers qui se posent à chaque instant dans le système de Pascal^ je me suis appuyé sur les travaux suivants :
MM
Le chanoine Jules Didiot. — Pensées de Biaise Pascal.
Désolée et de Brouwer, 1896.
L*abbé Flottes. — Etudes sur Pascal. Vaton, 1846. Le chanoine Guthlin. * Les Pensées de Pascal, Lethieileux,
Le P. LoNGHAYB. — Histoire de la littérature française
au XVIP siècle. Retaux, 1895.
Le P. LoNGHAYE. — Pascal apologiste. Valeur utile des
Pensées f dans les Etudes religieuses de décembre 1891. L'abbé Maynard. — Les Provinciales et leur réfutation.
Didot, 1851.
L^abbé Maynard. — Pascal^ sa vie et son caractère, etc.
Dezobry, 1850. M^" Ricard. — Les premiers jansénistes et Port-Royal. Fion^
Le chanoine Rocher. — Pensées de Pascal. Marne, 1873.
Je ne parle pas ici des études jansénistes ou protestantes que j'ai citées et mises à profit. Par cette liste, si courte qu'elle soit, je veux simplement rassurer la conscience de certains de mes lecteurs, pour tout ce qui regarde la critique des Provinciales et des Pensées. Naturellement j'ai pu me tromper, surtout pour les questions les plus délicates^ où la vérité est une afiaire de nuance. Mais à coup sûr les
erreurs de ce genre qui peuvent se rencontrer dans mon livre ne sont pas tendancieuses^ et ne peuvent porter que sur des points de détail, car cette étude a été écrite, je puis le garantir, dans cet esprit de neutralité scientifique dont la formule a été donnée depuis bien longtemps, sans que personne du reste puisse se vanter jusqu'ici d'avoir réalisé cet idéal : il n'y a là ni colère, ni passion, car je suis éloigné de pareils sentiments.
Tout l'effort de cette étude converge vers l'explication des Pensées f explication en partie nouvelle, autant qu'il est permis d'apporter du nouveau sur lin auteur aussi étudié par tant d'esprits de nature et d'écoles différentes. La partie biographique essaie surtout d'établir les différents étals d'âme par lesquels Pascal a passé avant de [{rendre sa position dernière. J'ai parlé de ce grand esprit avec admir ration, mais sans fétichisme. Cette étude n'a pas la prétention déplaire atout le monde : cela est impossible, surtout quand il s'agit de Pascal. Mais j'ai essayé de ne choquer personne, et d'écrire avant tout un livre de bonne foi.