‹ PascalChapitre 13 sur 17 · CHARLES DU BOS · texte numérisé non relu

CHARLES DU BOS

Comprendre pleinement Pascal, ce serait décou\Tir en son œuvre « un sens auquel tous les passages contraires s'accordent (i) ». Lui-même, dans l'Écriture, chercha minutieusement un tel sens : le lieu d'où il distinguerait le mieux en elle ce qui est réalité et ce qui est figure, signification spirituelle et signification charnelle, occasion de clarté pour les uns et moyen d'aveugler les autres {2). Cependant, se repliant sur soi, ou peut-être feuilletant les pages par lesquelles il s'était efforcé d'arracher au mouvement qui les emportait, et bientôt les eut dispersés, raisonnements, remarques, inquiétudes, — d'isoler de tout cela, par surcroît, une forme, — de découvrir par là un « ordre » qui ne niât point le géométrique mais l'enveloppât, — et non plus ne niât le désordre mais le contraignît à ne plus être une « confusion sans dessein (3) » ; — parvint-il jamais à atteindre le point où toutes contradictions intimes s'effaceraient et où tout ce qu'il pensa selon la succession des jours lui deviendrait déchiffrable, d'ensemble? Ou, à mesure qu'il s'approchait de ce point, ne le voyait-il, et non moins, reculer? Toujours ainsi, à l'infini.

Non par impuissance personnelle ; mais parce qu'en effet, chez un être comme lui, un « sens » où toutes « con-

(i) Pensées, éd. Brunschvicg [684].

(2) Pensées [675].

(3) Pensées [373]-

trariétés » s'accordent est bien situé à l'infini. Et non seulement en lui ; — mais dans son œuvre vivant hors de lui et traversant les temps. Le sens central de ce que Pascal a réellement dit, — Pascal ni aucun de ses contemporains ne l'eût discerné ; et n'est-ce point avant tout parce que ce sens est à la fois stable et changeant? A la fois résistant aux heures et modifié par elles. — Et chacun de nous, aujourd'hui (pourquoi de ce temps et de ce lieu? et de tel siècle et de tel pays? lui-même eût précisé que le hasard en dispose), que peut-il, sinon reconnaître, dans les Pensées, selon quel rythme telle contradiction surgissait et disparaissait? Reconnaître aussi comment, historiquement, les jours ont donné à l'ensemble de l'œuvre telle signification plutôt que telle autre.

Ainsi un infini psychologique et un infini historique. L'un et l'autre moins admis de Pascal que telles autres formes d'infini. Mais ne s'imposant à nous de la sorte, l'un et l'autre, que parce que telles pages de Pascal qui ne les concernaient point furent écrites et, par une dialectique qui le dépassait lui-même, les exigea à leur tour.

Les seules contradictions auxquelles fasse allusion Pascal sont celles qui dans une œuvre opposent divers « passages ». Mais d'autres sont plus insidieuses : celles, notamment, qui existent entre les intimes puissances d'un être et telles conclusions qu'il formule. Maintes fois, en effet, entre notre pensée qui se détermine et notre pensée qui prépare il y a un écart ou une rupture. L'acte n'achève point, en de tels cas, mais dément les virtualités ; et l'idée où nous sommes conduits ne s'affirme qu'en se déprenant. Au lieu d'être un épanouissement de nos dispositions intérieures, elle est une rébellion contre elles et une revanche. Et souvent ainsi chez Pascal.

En nul grand écrivain l'imagination plastique ne fut plus dominatrice. Concevoir et préciser, c'est toujours, pour lui, enserrer l'intuition vagabonde, la soumettre à des lignes, la contraindre au relief. Même lorsque la pensée en laquelle il se traduit est tout abstraite, elle ne se sépare du monde des formes que pour soudain s'y ajouter. Non par son contenu mais par .sa structure elle sera incorporée à ce monde. Avec ses départs et ses retours, ses raccourcis et ses insistances, elle est comme un être visible ; et on ne la pénètre pleinement que si, l'ayant analysée en tout son détail, on la rassemble enfin et la contient d'un seul regard. Arrachée à la succession, à toute dispersion et au temps lui-même, elle n'acquiert tout son sens qu'en se situant dans l'espace seul.

Pourtant, quand il s'interroge, — ou autour de lui l'univers, — Pascal, à nul moment, ne semble rechercher si quelque grandeur est incluse dans ces forces qui, au fond de lui-même, suscitent des clartés et des ombres et les jettent sur d'étranges figures persuasives. A peine songe-t-il, dédaigneusement, à en surprendre la vanité. A l'occasion des sciences ou des philosophies, — et quand se dressait la raison, — des ruses devaient être déjouées ou des alliances reconnues, et traquée la présomption de l'homme. Mais ici la discussion même ne serait-elle stérile? Et que le monde puisse avoir esthétiquement un sens, est-ce même une question qu'il importe de poser? Une puissance d'interpréter la nature à l'aide de formes rivales, issues de notre esprit, et parfois plus riches de substance ou pbis durables que les formes vivantes, Pascal ne peut manquer de la distinguer en lui ; mais jamais il ne tente de démêler en quelle mesure elle serait une fin ou tout au moins, peut-être, un signe. Elle n'est pour lui qu'un instrument, et dont il se sert pour convaincre ; mais en ellemême il la néglige. La surprenant à part, sans doute il la briserait.

Lui qui, cependant, ne veut méconnaître nul des efforts en lesquels trouve une diversion la détresse ou l'ardeur de l'homme, il parle à peine des arts plastiques. Parfois il semble n'être attentif qu'à leurs réussites les plus précaires et à leurs moins subtils projets : « Quelle vanité que la peinture, qui attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n'admire point les originaux (i) ! » La ressemblance ; — chose si risible, quand deux visages réels, à l'improviste, nous la proposent : « Deux visages semblables, dont aucun ne fait rire en particulier, font rire ensemble par leur ressemblance (2) . »> Pourquoi, dès lors, la célébrer gravement, quand l'un des visages comparés est un simulacre? Réussite technique sans doute ; — mais par là sur le même rang que d'autres prouesses : un « billard », une « balle » que l'on « pousse », — un difficile problème d' « algèbre » que l'on se vante d'avoir résolu, — une « place » forte que l'on se vante d'avoir prise (3).

Ainsi se prolongerait la remarque de Pascal sur la ressemblance en peinture. Mais de telles remarques, parfois, ont chez lui deux versants. Par delà ce qu'il exprime d'abord, — une pente d'ombre, qu'il ne parcourt point tout de suite, mais sur laquelle, plus tard, une lueur subite sera projetée. Pour la plupart de ses « pensées », que ne cherche-t-on ce qui les double, — leur horizon secret, — et l'arrière-plan qui les soutient? Il note, à propos de l'Écriture : « Et... à la fin de chaque vérité, il faut ajouter qu'on se souvient de la vérité opposée {4). » Ici, « vérité opposée », n'est-ce point celle qu'il condense en quelques

(i) Pensées [134].

(2) Pensées [133].

(3) Pensées [139].

{4) Pensées [567].

lignes rapides, lorsque par la notion d'analogie il unit en une seule \'ision les développements végétaux et les dialectiques mentales? « La nature s'imite » ; — « graine... principe » ; — et « les nombres imitent l'espace, qui sont de nature si différente » ; — le même mode de croissance partout ; et « la racine, les branches, les fruits » et « les principes, les conséquences (i) ». Il ne parle plus des arts plastiques et de la ressemblance qu'ils poursuivent ; mais jamais fut-il plus près d'eux et de leurs plus profondes « raisons »?

Le monde mieux déchiffrable grâce aux similitudes ; — en lui, de règne à règne, tout un cours souterrain, échos et lueurs projetées, occultes correspondances ; tout cela à éclaircir et préciser. — Ample tentation métaphysique ; système qui s'échafaude, un jour, au plus profond de l'esprit de Pascal. Mais curiosité vite rompue. Et quelques mots tracés à propos de la double signification de l'Écriture laissent deviner pourquoi ce refus : « Figure porte absence et présence, plaisir et déplaisir (2). »

En un autre fragment, qui de même concerne l'Écriture, le même texte reparaît, mais avec début modifié ; et cette fois le rapport avec les arts plastiques n'est plus indirect ; par delà la constatation volontairement elliptique, on surprend la sensibilité de l'homme et le regard qui fut meurtri : « Un portrait porte absence et présence, plaisir et déplaisir. La réalité exclut absence et déplaisir {3). » N'est-ce point comme transposée selon un autre mode, — moins sarcastique mais plus décidé, implacable et grave, — la remarque sur la vanité de la peinture? Se

(i) Pensées [119].

(2) Pensées [677].

(3) Pensées [678].

plier k étudier le monde selon le jeu des analogies, — que serait-ce sinon toujours aller de chose en chose et de mouvement en mouvement, — en chaque objet en saisir un autre, — glisser de l'un à l'autre sans fin? Ainsi, toujours des simulacres ; et plutôt que de leur laisser prise, Pascal abandonne le système qui déjà s'esquissait en lui.

Geste de négligence et d'ardeur, — et conforme à tant d'autres qu'il décida sans regret. Sa double grandeur s'y transcrit.

D'une part, une puissance de sacrifice. Volonté d'élaguer ce qui ne concourt à l'unique but, — et à la seule démonstration qu'il estime urgente. Cela, lorsque est en question l'ensemble du dessein apologétique ; — mais non moins à propos de chaque notation particulière. Car il sent bien que plus un être est conscient de l'univensel, plus chacune de ses pensées risque de se dissoudre dans l'indéterminé ; et le péril devient plus pressant, à mesure que la vision d'un double infini devient plus obsédante, et par elle un vertige — ou une séduction — d'effroi ou de rêverie. Que chaque pensée dès lors soit circonscrite, — et d'autant plus sévèrement que nous l'aurons davantage penchée sur l'abîme ! D'ailleurs, le temps nous presse ; et « entre nous, et l'enfer ou le ciel, il n'y a que la vie entre deux, qui est la chose du monde la plus fragile (i). » Et c'est pourquoi Pascal laisse à l'état d'esquisse furtive telle représentation du monde, qui suffirait à d'autres pour l'inquiétude de toute une vie.

D'autre part, une profusion acceptée. Perpétuel bourgeonnement ; et par là, si tenace qu'elle soit, une dialectique jamais desséchée ni artificiellement rectiligne. A chaque moment, l'idée dénuée de fatigue et capable de se prolonger selon des directions diverses. Système qui ne se développe pas à l'écart et à l'exclusion de tous les autres ; non prisonnier de lui-même et dans une sorte

(i) Pensées [213].

de cécité ; au contraire, encerclé d'autres systèmes possibles.

Et peut-être, d'ailleurs, est-ce ainsi non seulement chez Pascal mais, à divers degrés, chez tout autre philosophe souverain. Toujours, en quelque mesure, cette éUmination du principe de mort que tout système, par sa configuration et sa solitude, comportera. Plutôt la puissance systématique s'affirmant si vaste qu'elle ne se borne pas au seul système qui se construit. Et par telles diversions, tels commentaires, telles parenthèses, d'autres systèmes, virtuels, fugaces, — contraires parfois, — et qui s'ébauchent. Ainsi, en même temps que le pouvoir architectonique, où l'esprit se déploie et s'assure mais peut-être va s'emmurer, — le « silence » des « espaces », et l'univers maintenu présent.

De brèves allusions ; telle comparaison fugitive ; quelques mots vite abandonnés ; — ce sont les seuls signes qui nous permettent d'entrevoir ce que pense Pascal de l'inquiétude esthétique de l'homme, — et pourquoi il ne s'en occupe pas plus longuement, — et quelles perspectives, en ce domaine, il ouvre tout à la fois et délaisse, — et ainsi son génie jusqu'en son apparent mutisme. Mais ce qui en de tels cas atteste ce génie, ce n'est pas seulement qu'en prolongeant telle route dont n'étaient indiqués que les premiers détours, on soit conduit vers tels vastes problèmes cosmologiques et en même temps au centre même de la sensibilité pascalienne ; c'est aussi que l'on puisse surprendre, à l'autre «extrême», tels exemples d'incisives recherches encore non tentées, — telle divination de méthodes subtiles, où se rejoindraient, pour l'analyse des exigences visuelles et des préférences, sens psychologique et sens géométrique.

Pourquoi le goût de la symétrie? se demande-t-il un

jour. Et pourquoi ce goût n'est-il éveillé que par l'une des dimensions de l'espace? Ne serait-ce pas, d'abord, pour une raison toute négative, — et parce qu'une autre ordonnance architecturale nous contraindrait à la fatigue d'une sorte de calcul arbitraire? ensuite, parce que même loin de l'homme nous obéissons à la figure de l'homme : « Symétrie, en ce qu'on voit d'une vue, fondée sur ce qu'il n'y a pas de raison de faire autrement : et fondée aussi sur la figure de l'homme, d'où il arrive qu'on ne veut la symétrie qu'en largeur, non en hauteur ni profondeur (i). » Remarque, en vérité, si perforante qu'elle établit comme le schème d'une critique générale des jugements de valeur. Premiers linéaments d'une science qui expliquerait nos curiosités et nos admirations par notre structure, et découvrirait au plus profond de l'art une relativité irrémédiable, — un ensemble de postulats purement humains, — une sournoise domination de l'automatisme et des siècles, — de la coutume transmise et de la « machine » longtemps ployée.

Une telle recherche serait parallèle -à celle qui porte si loin Pascal, quand, analysant les déguisements puis les sursauts de la vie morale, il précise l'importance du corps et des attitudes ; — jusqu'en ces instants où vont être franchis les plus hauts degrés de la croyance ; car « il faut que l'extérieur soit joint à l'intérieur pour obtenir de Dieu (2). » Tout d'un coup, pourtant, cesserait le parallélisme : c'est que ferait irruption, parmi les possibilités morales, 1' « inspiration », troisième « moyen de croire » (3). Elle ne surgit point des profondeurs de nous-mêmes, mais procède tout entière d'une munificence. Toute relativité est brisée. Pour que fût concevable, dans l'autre domaine, un élargissement analogue, — et ainsi le maintien d'un parallélisme, — il faudrait que fût impliquée dans

(1) Pensées [28].

{2) Pensées [250].

(3) Pensées [245].

la beauté même et la souveraineté de certaines œuvres la présence d'un irréductible et d'un élément non relatif. Pascal ne posa point ce problème. Et serait-il si pleinement lui-même, s'il l'eût posé?

Son œuvre, toutefois, en grande partie, c'est ce problème même rendu sensible. Car, d'où vient que l'ayant pénétrée nul ne reste le même? Il voudra en vain se dérober; il est désormais de ceux <( qui cherchent en gémissant (i). » Les arguments l'y auront aidé; mais, surtout, par des doigts lointains auront été touchés en lui les « orgues... bizarres, changeantes, variables ». Et tant d'autres croient « toucher des orgues ordinaires, en touchant l'homme (2). ■>>

A cause de tels tableaux, où se seront resserrées ces pages, ni les rires n'auront plus le même son, ni la même lourdeur les larmes. Malgré nous, sur tels graves visages nous apposons les masques que Pascal a creusés. Rencontrons-nous un important, nous lui substituons involontairement la silhouette de celui qui « a quatre laquais (3). » Un seul personnage visible ; mais à côté de son ombre quatre ombres. Si parfois nous intimide un maintien solennel, nous sommes soudain désabusés par le « magistrat » au « sermon (4) ». Des grandeurs « d'établissement » dès le début de la vie ; et !'« usurpation de toute la terre ». Quand tout cela devient un thème vague, les diversions sont en nous empêchées par deux elliptiques scènes d'enfants : « Les enfants étonnés voient leurs camarades respectés (5) » ; — puis, ces quatre autres, qui se disputent un chien (6).

(i) Pensées [421].

(2) Pensées [m].

(3) Pensées [318J.

(4) Pensées [82].

(5) Pensées [321].

(6) Pensées [295].

Formes individuelles, et nettement situées ; mais, que les images en lesquelles se condense le génie de Pascal obéissent à leur rythme secret, toute part anecdotique s'évade. Il suffit pour cela que se déchire tout .voile et que ne soient plus cachées les présences oubliées. Peindre un homme, n'était-ce pas se divertir de la pensée qu'il mourra? Cette pensée revenue, les traits personnels se dégradent en une tragique identité. « On jette enfin de la terre sur la tête ; et en voilà pour jamais (i). » Une fois ces mots inscrits en lui, nul ne les rejoindra sans que battent ses paupières. Mais s'agit-il encore de mémoire personnelle? Au plus profond de l'histoire humaine, le visage de l'homme n'est plus le même, depuis que se déployèrent les diptyques pascaliens : d'une part, un être dénué, caduc, qui « mourra seul (2) » ; d'autre part, — et le même pourtant, — un être tout élargi de souvenir et d'attente ; et il prie : « O sainte Sion, où tout est stable et où rien ne tombe (3) ! »

Tableaux de plus en plus génériques, où chaque trait détient l'essence. A la limite, cependant, — quand le successif viendra se résoudre dans l'intemporel, — la forme ne va-t-elle se résorber dans le dénué de forme? C'est alors, au contraire, qu'en une sorte de fulguration à la fois métaphysique et géométrique Pascal surprendra la possibilité d'un symbolisme, où les représentations normales seraient transcendées mais non abolies, — et de telle manière que devinssent figurables sinon les attributs divins, du moins leur attente et leur ombre. « Un point se mouvant partout d'une vitesse infinie » ; ainsi « un en tous lieux et... tout entier en chaque endroit. » « Effet de nature », rendant concevable l'omniprésence infinie et « sans parties (4) » ; et jamais symbole plus ample ni

(i) Pensées [210].

(2) Pensées [211].

(3) Pensées [459]-

(4) Pensées [231].

plus strict ne s'empara de notions qui ne semblaient accessibles qu'au raisonnement théologique ou à la foi en un mystère.

Si vastes qu'elles fussent, étroites eussent semblé à Pascal des images qui ne procédaient que de lui-même. Les seules qu'il eût été certain de ne devoir jamais désavouer, c'étaient celles qu'une longue tradition, — aussi ancienne, selon lui, que l'homme, — apporta vers lui. C'est dans la Bible qu'il trouva l'union essentielle des vérités et des figures ; — et non seulement Dieu mais l'homme ; — r « opposition invincible (i) » entre Dieu et l'homme ;

— la médiation sans laquelle cette opposition n'eût été franchie. Par là aussi, dès lors, lui-même, — « prêt à mourir (2) », — et qui « tend la main (3) », — et pour qui « telles gouttes de sang » furent versées (4). Tout proches de lui, « trois fleuves de feu » ; et une « terre de malédiction », qu'ils « embrasent plutôt qu'ils n'arrosent ». Il n'est point seul ; mais tous avec lui. «Heureux ceux qui, étant sur ces fleuves, non pas plongés, non pas entraînés, mais immobiles, mais affermis ! » et qui d'entre eux sera « debout... dans les porches de la sainte Hiérusalem (5) »?

Êtres, éléments, architectures ; rythmes d'angoisse et de redressement ; formes qui, paradoxalement, se replient à la fois et grandissent à mesure que se déploie la pensée ;

— tout cela rejoint en nous, au plus profond de l'esprit, telles figures aperçues aux voûtes de la Sixtine. Et, nous incitant à résoudre l'une des contradictions ultimes, les œuvres qu'érigea un artiste souverain illustrent sans sacrilège le témoignage d'un homme pour qui « peinture » fut « vanité ».

JOSEPH BARUZI.

(i) Pensées [470].

(2) Pensées [471]

(3) Pensées [458].

(4) Mystère de Jésus.

(5) Pensées [458].

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