Faugère, Pensées, etc., 1. 1, p. 25 et suiv
2. Ibid,, p. 32 et suiv. Cf. Ibid., p. 253. « Il faut plaire à ceux qui ont les sentiments humains et tendres. »
Tunissait une si fraternelle à la fois et si reconnaissante affection; dont le commerce lui était devenu si précieux qu'il avait voulu la disputer au cloître après la lui avoir vouée * ; chez laquelle il devait, à son tour, rencontrer son inspiration suprême et sa direction la plus sûre ; qui enfin lui était presque CQ tout si semblable, et par la beauté du plus précoce génie, et par la fierté du caractère, et par la sainte quoique parfois aveugle opiniâtreté de la
1. Qu'on lise la lettre palhétique, éloquente, dans laquelle Jacqueline conjure son frère, dont elle se croit obligée d'obtenir le consentement, quoique résolue d^ailleurs à s'en passer, de ne point s'opposer à sa vocation. Cf. Faugère, Lettres, opuscules et mémoires, etc., p. 334 et suiv. Lettre de la sœur Jacqueline de Sainte-Euphémie Pascal à M. Pascal, son frère. A Port-Royal du Saint-Sacrement, 7 mars 1652. « Je m'adresse à vous, écrit Jacqueline, comme au maître en quelque façon de ce qui me doit arriver, pour vous dire : ne m'ôtez point ce que vous n'êtes pas capable de me donner; car encore que Dieu se soit servi de vous pour me procurer le progrès des premiers mouvements de sa grâce, vous savez assez que c'e9t de lui seul que procède tout l'amour et toute la joie que nous avons pour le bien, et qu'ainsi vous êtes bien capable de troubler la mienne, mais non pas de me la redonner si une fois je viens à la perdre par votre faute... n'empêchez pas ceux qui font bien et faites bien vous-même, ou, si vous n'avez pas la force de me suivre, au moins ne me retenez pas... je vous prie de ne pas détruire ce que vous avez édifié... » Et Jacqueline, abandonnant les formules de respect qu'elle emploie envers celui qu'elle considère comme le chef de la famille, finit par ne plus voir en Pascal qu'un frère tendrement aimé. « J'attends ce témoignage d'amitié de toi principalement, dit-elle en finissant, et te prie pour mes fiançailles qui se feront. Dieu aidant, le jour de la Samte-Trinité. »
passion. Certes Pascal déplorera la mort de sœur de Sainle-Ëuphémie; mais les pleurs que lui arrachera la tristesse humaine deviendront, transformés par un divin espoir, des larmes de joie. Qu'on ne parle donc plus de l'insensibilité de Pascal, mais plutôt que Ton sache comprendre les parties hautes de ce noble esprit et les aspirations de cette grande âme I
C'est aussi, nous semble-t-il, faute d'en avoir suffisamment pesé les termes et sans même en remarquer le ton d'aristocratique dédain, qu'on s'est si fort offusqué de la lettre dans laquelle Pascal, déconseillant Mme Perier, au nom de ses amis et au sien, de s'arrêter aux propositions de mariage qu'on lui faisait pour une de ses filles, déclare à sa sœur que <( les dernières paroles de ces Messieurs sont que d'engager un enfant à un homme du commun c'est une espèce d'homicide et comme un déicide en leurs personnes * ».
Un homme du commun 1 Fallait-il donc à Pascal pour sa nièce un prince ou du moins un duc comme Roannez? Ce n'était point précisément ainsi que Pascal le comprenait. « Les maris, quoique riches et sages, suivant le monde, observait-il, sont en vérité de francs païens devant Dieu *. » Ce qu'il eût fallu à Pascal, c'eût été plus qu'un prince : un vrai
1. Faugère, Pensées, lettres et fragments de Pascal, 1. 1, p. 56.