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par un respect inattendu des opinions de Tantiquité, Pascal a longtemps admis que la nature a horreur du vide ; il n*en est venu qu'assez tard à déclarer que cette horreur était pourtant limitée; enfin il lui a fallu un dernier progrès pour reconnaître que la nature n'a aucune horreur du vide. Cependant, d'un côté, il n'en a pas moins persisté à soutenir l'existence du vide, et, d'un autre côté, jusqu'au dernier moment, non pas seulement jusqu'en 1647^ date de ses Nouvelles expériences touchant le vide, et après avoir mis à profit les expériences de Torricelli, mais jusqu'après Texpérience décisive du Puy-de-Dôme, laquelle eut lieu le 19 septembre 1648, il a hésité à croire que ce fût la pesanteur de l'air qui déterminât l'ascension des liquides. L'année même de cette expérience, son père, avec lequel il était en si étroite communauté de vues, Etienne Pascal son père, dans la lettre de 1648 où il repousse les attaques dirigées par le Jésuite Noël contre les idées de son fils relatives au vide, Éiienne Pascal ne laissait pas que d'exprimer ses réserves en ce qui concerne la pesanteur de l'air. « Je veux, écrivait-il, proposer à mon fils quelques difficultés qui m'empêchent d'acquiescer, comme il semble le faire, à l'opinion touchant la suspension du vif-argent dans le tube par la pesanteur de la colonne d'air *. »
1. Œuvres complètes de B, Pascal, édit. Bossut, t. IV, p. 117 et suiv.
Tellement cette opinion semblait encore mal établie!
Ainsi, jusqu'en 1648, Pascal, qui toujours d'ailleurs défendra le vide, a ignoré ou hésité à admettre la pesanteur de Tair et son influence. A partir de 1631 au plus tard, Descartes, qui toujours défendra le plein , a proclanié la pesanteur de Tair et son influence. Voilà un premier fait avéré par des textes indiscutables. En voici un second qui n'est pas moins hors de conteste.
S'* En septembre 1647, en mai 1648 (Descartes ne se rembarqua pour Rotterdam que le l^r septembre 16-tô) et, par conséquent, en 1648 avant l'expérience du Puy-de-Dôme, Descartes fait «n France deux voyages successifs et deux séjours à Paris. Or, pendant ces deux séjours. Descartes entretient plusieurs fois et longuement Pascal, soit chez Pascal luimême, soit aux Minimes de la Place Royale, chez le P. Mersenne, soit chez d'autres amis communs. Et sur quoi, principalement, portent leurs conversations? Nous le savons par Jacqueline Pascal, nous l'apprenons subsidiairement par BaiJlet : c'est du vide, c'est de la cause de l'ascension des liquides que le plus souvent il est question. D'autre part, on a beau, dans l'entourage de Pascal, se refuser à l'idée de la pesanteur de l'air; c'est en vain que Roberval harcèle Descartes de ses objections ou même de ses railleries; Descartes, s' adressant par-
sonnellement à Pascal, s'efforce de lui faire partager sa conviction. En 1647 et 1648 de vive voix, dans rintervalle de ses deux voyages, par ses lettres et l'intermédiaire de ses amis, il ne cesse de le presser d'en venir à une expérience qu'il déclare à l'avance infaillible. Et ce ne sont pas de vagues conseils qu'il lui donne ; c'est précisément sur quelque haute montagne d'Auvergne qu'il l'engage à expérimenter. Aussi nul doute qu'en priant Perier, dès le 15 novembre 1647, d'expérimenter sur le Puy-de-Dôme, ce que celui-ci ne put faire immédia* tement, nul doute qu'en très grande partie Pascal n'eût cédé aux instances de Descartes.
Ainsi, en 1647 et 1648, Pascal ne sait encore à quoi s'en tenir relativement à la pesanteur de l'air, tandis que Descartes lui indique itérativement et avec la dernière précision les moyens de s'assurer que l'air est pesant. Voilà un second fait qui n'est pas moins incontestable que le premier. En voici un troisième dont on ne saurait davantage méconnaître la portée.
3** Aussitôt après l'expérience du Puy-de-Dôme, c'est-à-dire vers la fin de 1648, Pascal se hâte d'en publier les résultats '. Et non seulement il ne mentionne pas Descartes, mais il s'abstient même de lui envoyer sa relation. Cependant Descartes, qui n'a
1. Œuvres complètes, édit. Bossut, t. IV, p. 345 et suiv. Bécit de la grande expérience de l'Équilibre des Liqueurs.
pas oublié les avis qu'il a prodigués à Pascal, se sent naturellement curieux d'apprendre s'ils ont été suivis et avec quel succès. Comment parviendrat-il à le savoir? Les imprimés mettent longtemps alors à arriver de France en Hollande. D'autre part, Mersenne vient de mourir, et de la sorte, au fond de sa solitude d'Egmond, Descartes se trouve privé de son principal agent d'informations. Dès le 11 juin 1649, il s'adresse donc à Carcavi, qui, aussi bien, s'est de lui-même offert à lui servir de correspondant. « Je me promets, lui écrit-il, que vous n'aurez pas pour désagréable que je vous prie de m'apprendre le succès d'une expérience qu'on m'a dit que M. Pascal a faite ou fait faire sur les montagnes d'Auvergne. J'avais droit d'attendre cela de lui plutôt que de vous, parce que c'est moi qui l'ai avisé, il y a deux ans, de faire cette expérience et qui l'ai assuré que, bien que je ne l'eusse pas faite, je ne doutais pas du succès. Mais parce qu'il est l'ami de M. de Roberval, qui fait profession de n'être pas le mien, et que j'ai déjà vu qu'il a tâché d'attaquer ma matière subtile dans un certain imprimé de deux ou trois pages, j'ai sujet de croire qu'il suit la passion de son ami ^ »
Le 9 juillet 1649, Carcavi répond : « L'expérience que vous me demandez de M. Pascal le jeune, est