‹ Pascal physicien et philosophe: Défense de PascalChapitre 8 sur 51 · MoUnier, Pensées de Pascal, t. I, p · texte numérisé non relu

MoUnier, Pensées de Pascal, t. I, p

4. Faugère, Pensées, etc., t; I, p. 393. Lettré de M. d6 Brienne à Mme Perier.

odieusement calomnieuses, que nous avions déjà discutées, mais sur lesquelles des instances nouvelles nous obligent de revenir.

Et d*abord, le dirons-nous? Nous ne croyons point avoir eu tort, comme quelques-uns Tout estimé, de nous être arrêté assez longuement aux rapports de Pascal avec le chevalier de Méré. Non seulement nous avons ainsi, croyons-nous, mieux fait connaître qu'il ne Tétait jusqu'ici, un écrivain qui peut, au xvii® siècle, être considéré comme le type du précieuXj mais sa correspondance nous a donné sur la vie de Mme de Maintenon, et en particulier sur sa jeunesse, des ouvertures ignorées ou trop négligées par les panégyristes aujourd'hui nombreux de cette femme extraordinaire. Nul doute d'ailleurs que Méré, sans qu'il faille, pour cela, exagérer son influence, n'ait contribué en plus d'une sorte, ce qui est vraiment curieux, à déterminer chez Pascal les évolutions de son esprit. Surtout^ c'est ensuite de ce que l'on parvient à savoir (malheureusement on ne sait pas tout) des relations qu'entretint Pascal avec Méré et les amis de Méréj qu'il est permis de décider si Pascal a mérité qu'on le qualifiât de joueur. Or, quoique en un tel sujet les informations doivent être nécessairement fort incomplètes, on arrive aisément à se convainci*e que, pour l'auteur de la Bègle des partis de même que pour Fermât, le jeu, sauf peut-être des

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exceptions qu'expliquent assez les convenances ou nécessités de la vie mondaine, ne fut guère qu'une occasion de s'exercer en des calculs ingénieux.

Aussi bien, le jeu exige, en général, qu'on soit à même de subvenir aux dépenses presque toujours ruineuses du jeu, et Pascal n'était pas riche. Sa fortune, amoindrie par les réductions de rente que son père avait dû subir, était une de ces fortunes de province, lesquelles d'ordinaire consistent principalement en propriétés , dont le revenu reste médiocre, souvent précaire, et qui presque toujours suscitent mille embarras et contestations *. Pascal lui-même (pourquoi dissimuler ces misères?), Pascal ne crut-il pas devoir disputer quelque temps à sa sœur Jacqueline, devenue sœur de Sainte-Euphémie, la part d'héritage qui lui revenait? Qu'on lise, à ce sujet, la longue et dolente lettre qu'en 1653, après son entrée en religion, la pieuse fille adres-

1. Voyez la publication intitulée : Recherches sur la maison où Biaise Pascal est né et sur la fortune d'Etienne Pascal, par B. Gonod. Clermont, 1847, broch. in-8°, p. i9 et suiv. Malgré une fortune apparente, Etienne Pascal aurait plutôt été gêné, et ce ne fut qu'après sa mort que purent être acquittés par Biaise Pascal des emprunts que son père avait souscrits vingt ans auparavant. Cf. Vie de Pascal par Mme Perier. « L'amour que mon frère avait pour la pauvreté le portait à aimer les pauvres avec tant de tendresse, qu'il n'avait jamais refusé l'aumône, quoiqu'il n'en fit que de son nécessaire, ayant peu de bien, et étant obligé de faire une dépense qui excédait son revenu, à cause de ses infirmités. »

sait à la mère Prieure, afin de s'excuser sur les difficultés qu'elle avait éprouvées pour se constituer à Port-Royal une dot et « disposer du peu de biea que Dieu lui avait donné * ».

Vainement rappellerait-on, en témoignage de la richesse de Pascal, le luxe qu'il étalait. Certes et à Glermont où il était président à la Cour des Aides, et à Paris où sa nmison attirait les savants les plus réputés de la capitale, et à Rouen où il occupait une des premières charges de l'État, le train d'Etienne Pascal n'avait jamais cessé, malgré tout, d'être des plus modestes. Biaise Pascal, après avoir perdu son père, aurait-il donc dérogé, ne fùtrce que peu de temps, à ces traditions de simplicité domestique? A la vérité, dans son intéressant Mémoire sur la vie de Pascal^ Marguerite Perîer, sa nièce, écrivait les lignes suivantes : « L'état où les médecins virent mon oncle (état causé par la grande application qu'il avait donnée aux sciences) les obligea de lui défendre toute application ; mais cet esprit si vif et si agissant ne pouvait demeurer oisif. Quand il ne fut plus occupé ni de sciences, ni de choses de piété qui portent avec elles leur application, il lui fallut quelque plaisir : il fut contraint de voir le monde, de jouer et de se divertir.

1. Paugère, Lettres, etc., p. 177 et suiv. Relation de la sœur Jacqueline de Sainte-Euphémie, adressée par elle à la mère Prieure de Port-Royal-des-Champs,

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Dans le commencement cela était modéré; mais insensiblement le goût en revint, il se mit dans le monde, sans vice néanmoins ni dérèglement, mais dans l'inutilité, le plaisir et l'amusement. Mon grand-père mourut; il continua à se mettre dans le monde, avec même plus de facilité, étant maître de son bien *. »

Toutefois, lorsqu'on parle du faste qu'avant sa seconde conversion aurait étalé Pascal, c'est uniquement de ce carrosse à quatre ou six chevaux, que personne n'a vu, qu'il est perpétuellement question et à propos de cette promenade à Neuilly, dont personne n'a été témoin '. Comme si, même en admettant ces faits, il n'était pas tout naturel et

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