XIV PRÉFACE
temps déjà Pascal avait été précédé dans cette voie, et les libelles abondaient, émanés surtout du parti protestant, dans lesquels les enseignements des Jésuites se trouvaient avec la dernière véhémence attaqués et dénoncés. C*est ainsi, pour ne citer qu'un exemple entre beaucoup d'autres, c'est ainsi qu'en 1610 avait paru un opuscule intitulé : Aphorismes ou sommaires de la doctrine des Jésuites et de quelques autres leurs docteurs j par lesquels le vray Christianisme est corrompu^ la paix publique troublée et les liens de la société humaine sont entièrement violez et rompus *. Tel était le thème un peu vieilli qu'à force d^ndustrie et d'éloquence, Pascal avait réussi à rajeunir, et où bientôt il s'emportait jusqu'aux violences extrêmes de ses devan-
i. Petit in-8 de 55 pages, sans indication de nom d'auteur ni de lieu. Cette même année, avait été publiée la Lettre déclaratoire des Pères Jésuites, conformément aux décrets du Concile de Constance^ adressée à la Roy ne mère du Roy, régente de Finance ^ par le Père P. Coton, de la Compagnie de Jésus, prédicateur ordinaire de Sa Majesté. A Paris, chez Claude Chapelet, rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Licorne, 1610, in-8. — Cette déclaration donnait immédiatement lieu à V Anti-Coton, ou réfutation de la lettre déclaratoire du Père Coton. Livre oit il est prouvé que les Jésuites sont coulpables et autheurs du parricide exécrable commis en la personne du roy très-chrestien Henry H II, d'heureuse mémoire, S. L., M.DC.X1., in-8.
PRÉÏ'ACE XV
ciers. « Gens sans parole, sans foi, sans honneur, sans vérité, doubles de cœur, doubles de langue et semblables, comme il vous fut reproché autrefois, à cet animal amphibie de là fable, qui se tenait dans un état ambigu entre les poissons et les oiseaux *. » C'était dans ce style d'injures que Pascal résumait, avec sa polémique sur les Provinciales^ son jugement sur les Jésuites.
Aussi Voltaire, qui n'est pas suspect, et auquel, d'ailleurs, Pascal avait comme donné le ton en traitant sous une forme railleuse les sujets les plus graves, Voltaire n'hésitait pas à l'attester. « Tout le livre des Provinciales^ observe-t-il , portait sur un fondement faux. On attribuait adroitement à toute la Société les opinions extravagantes de plusieurs Jésuites Espagnols et Flamands. On les aurait déterrées aussi bien chez des casuistes Dominicains et Franciscains; mais c'était aux seuls Jésuites qu'on en voulait. On tâchait de prouver qu'ils avaient un dessein formé de corrompre