La Vie de M, Pascal^ etc., p
2. Pascal fut enterré à Paris, à Saint-iitienne du Mont, sa paroisse, derrière le maître-autel. La pierre tombale se trouve maintenant encastrée près du second pilier de la chapelle dite du Sacré-Cœur et on j lit cette sévère et à la fois touchante inscription, due à M. Perier : Hic j'acet Blasius Pascal Claromontanus Stephani Pascal in superiori apud Arvernos prasidiorum curia prœsidis filius ; post aliguot annos in severiori secessu et divinœ legis meditatione
sombre désespoir, Te^tatique vertige, la dévotion convulsive et ridicule? Où est ce doute que Pascal aurait contenu en lui-même par une foi forcenée, « comme un lion en cage »?
« Cent volumes de sermons, écrivait Bayle, ne valent pas une vie telle que celle de Pascal, et sont beaucoup moins capables de désarmer les impies. Ils ne peuvent plus nous dire qu'il n'y a que les petits esprits qui aient de la piété ; car on leur en fait voir de la mieux poussée dans Tun des plus grands géomètres, des plus subtils métaphysiciens et des plus pénétrants esprits qui aient jamais été au monde. La piété d'un tel philosophe devrait faire dire aux indévots et aux libertins ce que dit un jour un certain Dioclès , en voyant Épicure dans un temple : Quelle fête, s'écria-t-il , quel spectacle pour moi de voir Épicure dans un temple! Tous mes soupçons s'évanouissent; la piété reprend sa place, et je ne vis jamais mieux la grandeur de Jupiter que depuis que je vois Épicure à genoux.
transactos féliciter et religiose in pace Christi vita functus anno 466% xtatis 39 die 49 Augusti, Optasset ille quidem prse paupertatis et humilitatis studio etiam his sepulcri honoribus carere, mortuusque etiam num latere qui vivus semper latere voluerat. Verum ejus in hac parte voiis cum cedere non posset Florinus Perier in eadem prœsidiorium curia consiliariu^ Gilbertœ Pascal Blasii Pascal sororis conjux amantissimus hanc tabulam posuit qua et suant in eum pietatem significaret et christianos ad christianarum precum officia sibi ac defuncto profutura cohortaretur.
— Oa fait bien de publier Texemple d'une si grande vertu pour empêcher la prescription de Tesprit du monde contre l'esprit de l'Évangile *. »
Non plus que les événements qui remplirent sa vie, les ouvrages de Pascal ne prouvent pas davantage qu'il ait été un sceptique, un fanatique, un superstitieux '.
Pour ne citer que ses principaux écrits, il faut d'abord mentionner toute une série de morceaux détachés : les Pensées sur la mort; la Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies; V Écrit sur la conversion du pécheur; la Préface sur le traité du Vide; un Fragment sur fesprit géométrique ; un Fragment sur Fart de persuader; des Pensées diverses sur des sujets de littérature et de morale; trois Discours sur la condition des Grands; ï Entretien avec M. de S ad sur hpictète et Montaigne; le MyS' tère de Jésm, un Abrégé de la Vie de Jésus-Christ; et enfin le Discours sur les passions de Vamour, qui, publié d'une manière inattendue ', a révélé chez Pascal des parties qu'on n'y soupçonnait pas.
Viennent ensuite les dix-huit Provinciales, qui
1. Nouvelles de la République des Lettres, décembre 1684. Joignez-y l'article Pascal du Dictionnaire.
2. Cf. Etudes sur Pascal, par M. l'abbé Flottes, Paris, 4846, in-8; et M. l'abbé Maynard, Pascal, sa vie et son caractère, ses écrits et son génie, Paris, 185Ô, 2 vol. in-8.
3. Des Pensées de Pascal, par M. Victor Cousin, 3« édit., p. 383 et siiiv.
parurent dans le courant des années 1656-1657 et auxquelles Pascal apporta une si grande application de style que telle Provinciale aurait été par lui refaite jusqu'à treize fois *. Ce n'est pas ici le lieu d'apprécier ces lettres, d'ailleurs depuis longtemps moins lues que célébrées, chef-d'œuvre d'ironie et d'invective, de polémique triomphante et d'éloquente indignation, où tous les tons se mêlent sans se confondre, tragédies pathétiques ou comédies inimitables, argumentation toute de flamme, qui, malgré ses emportements, ses excès, ses regrettables habiletés ou même ses criantes injustices, marque du moins dans l'histoire de notre langue une date mémorable.
Arrivons enfin aux Pensées proprement dites, qui, plus que tous les autres écrits de Pascal, appellent nécessairement l'attention.
Pascal était dans toute la ferveur de sa seconde conversion, lorsqu'il crut qu'une de ses nièces, Marguerite Perier, fille de Mme Perier, avait été subitement guérie d'une fistule lacrymale , par l'attouchement d'une sainte épine, qu'un ecclésiastique, M. de la Poterie, avait confiée à la vénération de Port-Royal ^. En pénétrant Pascal de reconnais-
1. Aux dix-huit Provinciales il faut ajouter : 1» Fragment d*u7i€ dix-neuvième Lettre Provinciale, adressée au P. Annat; 2* Dix-neuvième Lettre j qui a couru sous le titre d^une Lettre d'un Avocat au parlement à un de ses amis, touchant l'inquisition qu'on veut établir en France, à l'occasion de la nouvelle bulle du pape Alexandre VIL
2. Cf. Bossut, Œuvres de fî» Pascal, t. III, p» 449 et suiv.,
sance, ce fait, qull regardait comme providentiel et presque comme personnel, lui suggéra diverses réflexions sur les miracles.
D'un autre côté, Pascal avait vécu, durant plusieurs années, dans le commerce ou le voisinage de ces libres penseurs, élégants, spirituels, incrédules, qu'on désignait au xvn^ siècle sous le nom de libertins, Miton par exemple, Des Barreaux, le Chevalier de Méré. Il savait que leur athéisme occulte était, de son temps, le fond de bien des âmes. En outre, on venait le consulter, lui soumettre des doutes. Ces différentes circonstances le décidèrent à entreprendre de réfuter les athées.
Puis, en définitive, les réflexions sur les miracles, le projet d'une réfutation des athées se ramenèrent dans son esprit au dessein unique d'une Apologie de la religion. Et c'est à quoi, parmi d'incessantes souffrances, il employa ses derniers jours.
De là ces Pensées écrites en caractères presque illisibles et comme au hasard; raturées et barrées, * jetées sans suite et d'une main défaillante ou con* signées par un secrétaire quelquefois même inhabile sur des morceaux de papier informes; réunies plus tard d'une manière arbitraire, mutilées ou
Réponse à un Écrit publié sur le sujet des Miracles qu'il a plu à Dieu de faire à Port-Royal depuis quelque temps, par une Sainte-Épine de la Couronne de Notre-Seigneur» A Paris,
eorrigées suivant les besoins d'une cause, le scrupule ou le caprice ; objet de scandale pour les uns, pour les autres, d'accusation ; matériaux d'un gigantesque édifice, mais que Tarchitecte n'a pas eu le temps de disposer; ou bien encore, semblables aux pierres du Golisée, qu'on a fait servir à toute espèce de constructions.
« C'est un méchant signe pour ceux qui ne goûteront pas ce livre », observait Mme de La Fayette en parlant des Pensées,
Et Nicole qui ose bien quelque part appeler Pascal « un ramasseur de coquilles », Nicole relevant ces paroles, écrivait au marquis de Sévigné : « Pour vous dire la vérité, j'ai eu quelque chose jusqu'ici de ce méchant signe. J'y ai bien trouvé un assez grand nombre de pierres taillées et capables d'orner un grand bâtiment; mais le reste m'a paru des matériaux confus , sans que je visse assez ce qu'on en voulait faire. »
Effectivement, on se démêlerait mal dans cette confusion et on ignorerait quel était au juste le plan auquel se rapportait la publication posthume, intitulée Pensées de Monsieur Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets (1670) *, si, vers 1657, « en présence et à la prière de plusieurs personnes très considérables de ses amis, Pascal n'avait luimême représenté ce qui devait faire la nature et le
i. 1 vol. in-12, Guillaume Desprez, Paris.
sujet de son ouvrage, — rapporté en abrégé les raisons et les principes, — expliqué Tordre et la suite des choses qu'il y voulait traiter » ^
« Les hommes, disait Pascal, ont mépris pour la religion, ils en ont haine et peur qu'elle soit vraie. Pour guérir cela, il faut commencer par montrer que la religion nest point contraire à la raison; ensuite qu'elle est vénérable, en donner respect; la rendre ensuite aimable ; faire souhaiter aux bons qu'elle fût vraie, et puis montrer qu'elle est vraie. Yénérable parce qu'elle a bien connu Thomme, aimable parce qu'elle promet le vrai bien '. »
D'après ces données générales et que contribue encore à éclaircir soit V£ntretien de Pascal avec M. de Saci, soit la Vie de Pascal par Mme Perier, voici quelles devaient être, suivant un des plus savants éditeurs de Pascal, M. Prosper Faugère, les principales divisions de Y Apologie.
!• Belation d'un entretien dans lequel Pascal exposa lé plan et la matière de son ouvrage sur la religion. Extrait de la préface de la première édition des Pensées, par Ëtieniie Perier, Préface^ où l'on fait voir de quelle manière ces Pensées ont été écrites et recueillies; ce qui en a fait retarder l'impression; quel était le dessein de Monsieur Pascal dans cet ouvrage; et de quelle sorte il a passé les dernières années de sa vie.
2. Les Pensées de Biaise Pascal, édit. Molinier, t. II, p. 63.
SA YIE
Préfaee générale.