PRÉFACE DE LA SECONDE PARTIE
Chap. !•'. — Que Phomme sans la foi ne peut connaître le vrai bien, ni le juste.
Chap. II. — Caractères de la ▼raie religion.
Chap. III. — Moyens d'arriver à la foi : raison, coutume, inspiration.
Chap. IV. — Du peuple juif.
Chap. V. — Des miracles.
Chap. VI. — Des figuratifs.
Chap. VII. — Des prophéties.
Chap. VIII. — De Jésus^hrist :
le mystère de Jésus.
Chap. IX. — De la religion chrétienne.
Chap. X. — Ordre.
Sauf correction de détail et prise dans ses grandes lignes, il est assez vraisemblable que telle devait être à peu près la disposition que Pascal s'était proposé
de donner à son ouvrage. Qu'on nous permette de rajouter : ce plan si simple, si naturel, se trouvait classique^ en quelque sorte, au xvii^ siècle. Ainsi La Bruyère, notamment, ne s*en tracera pas d'autre, en composant ses Caractères : « J'essaye dans mon livre des Mœurs, disait-il dans la Préface de son Discours de réception à l'Académie française en 1693, j'essaye de décrier, s'il est possible, tous les vices du cœur et de l'esprit, de rendre l'homme raisonnable et plus proche de devenir chrétien. — Qui sont ceux qui, si tendres et si scrupuleux, ne peuvent même supporter que, sans blesser et sans nommer les vicieux, on se déclare contre le vice ? Sont-ce des Chartreux et des Solitaires? Sont-ce les Jésuites, hommes pieux et éclairés ? Sont-ce ces hommes religieux qui habitent en France les cloîtres et les abbayes? Tous^ au contraire, lisent ces sortes d'ouvrages, et en particulier, et en public, à leurs récréations; ils en inspirent la lecture à leurs pensionnaires, à leurs élèves; ils en dépeuplent les boutiques, ils les conservent dans leurs bibliothèques; n'ont-ils pas, les premiers, reconnu le plan et l'économie du livre des Caractères? N'ont-ils pas observé que de seize chapitres qui le composent, il y en a quinze qui, s'attachant à découvrir le faux et le ridicule qui se rencontrent dans les objets des passions et des attachements humains, ne tendent qu'à ruiner tous les obstacles qui affaiblissent d'abord et qui étei-
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gnent ensuite dans tous les hommes la connaissance de Dieu ; qu'ainsi ils ne sont que des préparations au seizième et dernier chapitre, où l'athéisme est attaqué et peut-être confondu; où les preuves de Dieu, une partie du moins de celles que les faibles hommes sont capables de recevoir dans leur esprit, sont apportées; où la providence de Dieu est défendue contre Tinsulte et les plaintes des libertins? » Le plan qu*a suivi La Bruyère est donc, sous plusieurs rapports, le plan même que Pascal semblait avoir conçu. Mais combien Pascal, s'il eût vécu , l'eût poussé plus haut et plus loin ; avec quelle supériorité de génie il l'eût exécuté; c'est ce dont nous pouvons juger ^ d'après les pièces éparses, frustes ou mutilées, que nous avons sous les yeux.
Du plan même de Pascal ressort la méthode qu'il a suivie. Or, c'est prendre les objections pour les réponses; c'est mal s'orienter dans cette vaste et entraînante Apologicy qui devait procéder tantôt sous la forme du dialogue, tantôt sous la forme épistolaire, tantôt par prosopopée ^; c'est, en un
1. Cf. Les Pensées de Biaise Pascal^ édit. Molinier, t. I, p. 277, A. P. R. pour demain, Prosopopée. — Ibid., t. II, p. 60 et 8uiv. « Ordre : Ordre par dialogues, — Après la lettre qu^on doit chercher Dieu y faire la lettre A^ôter les obstacles, — Lettre qui marque l'utilité des preuves par la machine. Lettre de Vinjustice, Une lettre de la folie de la science humaine et de la philosophie », etc.
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mot, se tromper, que de ramener, comme on Ta fait, la méthode de Pascal à trois chefs principaux : lo Le Pyrrhonisme; 2» la règle des paris ou des partis; 8^ Tabêtissement. Chez Pascal, le Pyrrhonisme, la règle des paris ou des partis, Tabètissement ont un tout autre sens que celui qu'on se plaît d'ordinaire à leur attribuer.
En déclarant que « le Pyrrhonisme est le vrai », Pascal se place, par pure hypothèse, dans la situation des Pyrrhoniens.
En invoquant la règle des paris ou des partis, il démontre aux Pyrrhoniens que leur scepticisme n'est pas tenable; et qu'obligés bon gré mal gré de parier ou de prendre un parti, ils doivent se résoudre au pari ou au parti le plus sûr ^
En conseillant de s'abêtir, Pascal, dans un rude et hardi langage, remarque tout simplement qu'il y a en nous la bête qu'il est indispensable de mater, la machine ou l'automate qu'il importe de ployer. « Il ne faut pas se méconnaître ; nous sommes automate autant qu'esprit. Il faut donc faire croire nos deux pièces : l'esprit par les raisons qu'il suffit d'avoir vues une fois dans sa vie, et l'automate, par la coutume et en ne lui permettant pas d'incliner au contraire. »
Au vrai, la méthode de Pascal est triple; mais
1. Cf. Léon Lescœur, De la Méthode philosophique de Pascal. Paris, i850, in-8.
les trois termes qu'elle comprend sont le doute, le raisomiement, Tinspiration. Et c'est ce que Pascal lui-même exprime sous une autre forme, quand il dit : « Il faut avoir ces trois qualités, Pyrrhonien, géomètre, chrétien soumis; et elles s'accordent et se tempèrent, en doutant où il faut, en assurant où il faut, en se soumettant où il faut. Qui ne fait pas ainsi n'entend pas la force de la raison. Il y en a qui faillent contre ces trois principes, ou en assurant tout comme démonstratif, manque de se connaître en démonstration; ou en doutant de tout, manque de savoir où il faut se soumettre; ou, en se soumettant en tout, manque de savoir où il faut juger. »
Expliquons plus complètement cet énoncé.
Pascal, sans avoir une immense lecture, ne s'était pas néanmoins nourri uniquement de sa propre substance. Les Écritures lui étaient devenues à ce point familières, qu'il les savait comme par cœur. Il connaissait Platon et Gieéron, Tacite et Macrobe, Philon et Josèphe, les œuvres des rabbins, celles de saint Augustin et de saint Thomas. Notons encore, au nombre des ouvrages les plus employés par Pascal, un livre qu'il n'a cité qu'en passant, mais dont il paraît avoir fait grand usage, le Pugio Fidei adversus Mauros et JmiœoSy écrit en 1278 par un moine de Catalogne, Raymond Martin.
Les écrivains contemporains, Georges et Made-
leine de Scudéri, entre autres, ainsi que Balzac, ne semblent pas non plus lui être restés étrangers. Ou comment ne pas remarquer (et peut-être ce rapprochement n*a-t>il pas encore été fait) que lorsque Pascal nous engage « à borner et mesurer le respect que nous avons pour les anciens ^ »; c'est Henri Estienne qu'il rappelle expressément? * Mai» ce qui est particulièrement notoire, c'est que Montaigne et Épictète, sans parler de Charron, étaient ses deux auteurs favoris, on dirait bien ses deux livres de chevet.
Opposant Épictète et Montaigne Tun à Tautre, comme il le fit dans ce mémorable entretien avec M. de Saci, dont Fontaine nous a conservé les principaux traits ', Pascal concluait non pas à ilmpuissance, mais à Finsufflsance de la raison.
Exagérant ensuite, par système, cette insuffisance de la raison et l'assimilant à une impuissance véritable, Pascal parlait la langue des Pyrrhoniens et accumulait les motifs de douter.
Puis, le géomètre succédant au Pyrrhonien, il