‹ Pascal, physicien et philosophe (volume 2)Chapitre 24 sur 89 · Voyez plus loin : Pascal et le Chevalier de Méré · texte numérisé non relu

Voyez plus loin : Pascal et le Chevalier de Méré

appropriées les auteurs de Isl Logique de Port-Royal^ rappellent de très près les règles mêmes posées par Descartes. C'est de Descartes également que Pascal s'inspire, lorsqu'il parle de Tinfmi. Surtout, Pascal n*a-t-il pas, à l'exemple de Descartes, fait consister Tessence de l'âme dans la pensée, Tessence du corps dans rétendue, et distingué, en nature non en degré, de Tàme de Thomme ce qu'on appelle Tâme des bètes? Écoutez-le. Les athées ne doivent dire que des choses parfaitement claires; or, il n'est pas parfaitement clair que l'âme soit matérielle, car pour douter, il faut être, mais être quand il s'agit de l'âme, c'est penser. Nous parlons des corps spirituellement en leur prêtant des sympathies ; des esprits, corporellement, en leur attribuant un mouvement ; mais le moi n'est pas le corps, le moi c'est la pensée. On conteste l'immatérialité de l'âme! Cependant, les philosophes qui ont dompté leurs passions, quelle matière l'a pu faire? Nous sommes, à la vérité, âme et corps; mais la partie qui raisonne en nous ne peut être que spirituelle, étant inconcevable que la matière se connaisse elle-même, et impossible de connaître comment elle se connaîtrait. Si en effet nous sommes tout matériels, nous ne pouvons rien connaître; si composés, nous ne pouvons exactement connaître le simple, spirituel ou corporel. D'ailleurs les corps ne sentent point, n'ont point la puissance de se mouvoir.

Sang doute Thommc est automate, mais non, comme Tanimal, tout automate. Ce qui est nature aux animaux, nous l'appelons misère chez l'homme, par où nous reconnaissons que sa nature étant aujourd'hui pareille à celle des animaux, il est déchu d'une meilleure nature qui lui était propre autrefois. Une maison ruinée, un arbre, un animal ne se connaît pas misérable, l'homme seul se sait tel. C'est donc être misérable que de se connaître misérable, mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable. Ce sont misères de grand seigneur. Quoi plus I Nous cherchons à vivre dans l'idée des autres d'une vie imaginaire, car qui ne mourrait pour conserver son honneur celui-là serait infâme, et nous voudrions être connus même des gens qui viendront quand nous ne serons plus. Où découvrir chez l'animal un pareil sentiment? Les bêtes n'admirent point; un cheval n'admire point son compagnon; ce n'est pas qu'il n'y ait entre eux de l'émulation à la course, mais sans conséquence, car à l'étable, le plus pesant et mal taillé n'en cède point son avoine à l'autre, comme les hommes veulent qu'on leur fasse; la vertu des bêtes se satisfait d'elle-même. Instinct et raison sont marques de deux natures. La machine arithmétique produit des effets qui approchent plus de la pensée que tout ce que font les animaux, quoiqu'on n'y rencontre rien qui puisse faire dire qu'elle a de la volonté comme les animaux.

Si l'animal faisait par esprit ce qu'il fait par instinct, et parlait par esprit comme il parle par instinct pour la chasse et afin d'avertir ses camarades que la proie est trouvée ou perdue, il parlerait bien aussi pour les choses où il a plus d'afTection, comme pour dire : rongez cette corde qui me blesse et où je ne puis atteindre. Enfin, l'instinct demeure toujours dans un état qui ne change pas. Les ruches des abeilles étaient aussi bien mesurées il y a mille ans qu'aujourd'hui. Il n'en va pas ainsi de l'homme, qui n'est produit que pour l'infinité. Il est dans l'ignorance au premier âge de sa vie, mais il s'instruit sans cesse dans son progrès; car il tire avantage, non seulement de sa propre expérience, mais encore de celle de ses prédécesseurs. De la sorte, toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement. L'homme, en définitive, est, pour Pascal, essentiellement un être qui pense. Et Pascal rencontre, lorsqu'il célèbre la dignité dé la pensée, des accents que rien n'égale. Efl*ectivement, si l'homme se vante il l'abaisse, mais s'il s'abaisse, comme il le vante! « L'homme, écrira-t-il, n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser, une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers

Técraserait, rhomme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui. L'univers n'en sait rien. Toute notre dignité consiste donc dans la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever, non de l'espace et de la durée que nous ne saurions remplir. » — « Je puis bien concevoir un homme sans mains, sans pieds, et je le concevrais même sans tête, si l'expérience ne m'apprenait que c'est par là qu'il pense. C'est donc la pensée qui fait l'être de l'homme et sans quoi on ne peut le concevoir. Qu'est-ce qui sent du plaisir en nous? Est-ce la main ? Est-ce le bras ? Est-ce la chair? Est-ce le sang? On verra qu'il faut que ce soit quelque chose d'immatériel. » — « Je sens que je peux n'avoir point été, car le moi consiste dans ma pensée. » — « Tout l'éclat des grandeurs n'a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l'esprit. La grandeur des gens d'esprit est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines, à tous ces grands de chair. La grandeur de la sagesse, qui n'est nulle part, sinon en Dieu, est invisible aux gens d'esprit. Ce sont trois ordres différents en genre. Les grands génies ont leur empire , leur éclat, leur grandeur, leur victoire et leur lustre, et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles, où elles n'ont pas de rapport. Ils sont vus non des yeux, mais des esprits; c'est assez. Les saints ont leur

empire, leur éclat, leur victoire, leur lustre, et n*ont nul besoin des grandeurs charnelles ou spirituelles, où elles n'ont nul rapport; car elles n*y ajoutent ni ôtent. Ils sont vus de Dieu et des anges, et non des corps ni des esprits curieux : Dieu leur suffit. Archimède, sans éclat, serait en même vénération. Il n'a pas donné des batailles pour les yeux ; mais il a fourni à tous les esprits ses inventions. Ohl qu'il a éclaté aux esprits! »

Veut-on connaître toute la doctrine de Pascal? En deux mots, la voici :

« De tous les corps ensemble on ne saurait faire réussir une petite pensée; cela est impossible et d'un autre ordre.

« De tous les corps et esprits on n'en saurait tirer un mouvement de charité; cela est impossible et d'un autre ordre surnaturel. »

Or, la charité c'est Tamour! « On a ôté mal à propos le nom de raison à l'amour et on les a opposés sans un bon fondement, car amour et raison n'est qu'une même chose! » Mais c'est le cœur qui sent Dieu et non la raison, car connaître Dieu, c'est l'aimer; Dieu sensible au cœur, non à la raison, voilà ce que c'est que la foi.

Veut-on savoir par quels degrés divers Pascal s'efforce d'acheminer les intelligences à cette doctrine? Il les a nettement indiqués dans la phrase suivante. « Il y a trois moyens de croire : la raison,

la coutume, l'inspiration. La religion chrétienne^ qui seule a la raison, n'admet pas pour ses vrais enfants ceux qui croient sans inspiration; ce n'est pas qu'elle exclue la raison et la coutume, au contraire; mais il faut ouvrir son esprit aux preuves, s'y conformer par la coutume ; mais s'offrir par les humiliations aux inspirations, qui seules peuvent faire le vrai et salutaire effet : Ne evacuetur crux ChristL » Et de même qu'aux yeux de Pascal, l'Évangile est la loi de l'individu, l'Évangile reste la loi de l'humanité. Et ainsi « qu'il est heau de voir par les yeux de la foi, Darius et Cyrus, Alexandre, les Romains, Pompée et Hérode agir sans le savoir, pour la gloire de l'Evangile ! »

Ne craignons pas d'insister : chrétien fervent, non sceptique en religion, Pascal n'a pas été non plus sceptique en philosophie.

« Soumission et usage de la raison, en quoi con* siste le vrai Christianisme. » — « Deux excès : exclure la raison, n'admettre que la raison. »

« La dernière démarche de la raison est de reconnaître quHl y a une inffnité de choses qui la surpassent. Elle n^est que faible, si elle ne va pas jusqu'à connaître cela. » — « Que si les choses naturelles la surpassent, que dira-t-on des surnaturelles! »

Dans ces paroles, Pascal se manifeste tout entier.

Encore une fois, ce n'est pas tant la philosophie?

qu'il combaty que la philosophie qui se sépare de la religion; ce n*est pas tant la raison en elle-même qu'il répudie, que la raison qui prétend se suffire à soi-même.

Et ces attaques, dès qu'il les a commencées, deviennent excessives, par l'emportement de son ardente nature, par la tactique qu'il s'impose, par l'esprit de la secte janséniste, à laquelle, quoi qu'il en dise, il appartient.

C'est, en effet, l'emportement de sa nature qui le pousse si souvent à méconnaître les bienfaits pourtant incontestables de la philosophie, ou qui lui met sur les lèvres ces cruelles paroles : « On ne peut voir sans joie, dans Montaigne, la superbe raison si invinciblement froissée par ses propres armes, et cette révolte si sanglante de l'hommecontre l'homme, laquelle, de la société de Dieu, où il s'élevait par les maximes de sa faible raison, le précipite dans la condition des bêtes. »

C'est par tactique qu'il semble s'accorder, en parlant de morale, avec La Rochefoucauld; en parlant de politique, avec Hobbes; en parlant des rapports de la raison et de la foi, avec Huet, ou mieux encore, quoiqu'il poursuive un dessein contraire, avec Bayle.

C'est par esprit de secte, qu'il dénie, comme les Jansénistes, à la lumière naturelle toute sa vertu et à la volonté humaine toute son efûcacité.

<c Pascal, écrit ua critique éminent, reprend et repasse chaque misère, mais dans un sens suivi; et de tout ce marais immense, de cette immersion universelle, où nage, comme elle peut, la pauvre nature humaine naufragée, il arrive au bas de la colline ; il y prend pied et la gravit en insistant ; il monte dans son discours, il monte avec une sorte d'effroi qui perce dans ses paroles, il monte sous le poids de toutes ces misères cette rude pente du Golgotha; et, à mesure qu'il s*y élève, il fait voir de là comment tout s'y range et l'ordonnance que cela prend; tant qu'enfin, saisissant et serrant d'un violent amour le pied de la croix, qui règne au sommet, il crie le mot salut ^ et force son interlocuteur étonné à reconnaître du moins de là, aux choses de notre univers, le seul aspect qui ne soit pas risible ou désolé *. »

Loin de nous ce qu'il y a d'outré dans ce langage. Toutefois, on le peut constater : à l'époque même où vivait Pascal, Bossuet savait, avec plus de calme que l'auteur des Pensées, avec plus de hauteur et de sérénité imperturbable, professer les enseignements de la sagesse chrétienne.

« Que ne dirait ici la philosophie, observait éloquemment le grand évêque, de la force, de la puissance, de l'empire de la raison qui est la reine de la

1. Voyez : Sainte-Beuve, Histoire de Port-RoyaL Paris, 1860, 5 V. in-8, t. II et III.

vie humaine, de la supériorité naturelle de cette flUe du ciel sur ces passions tumultueuses, téméraires enfants de la terre, qui combattent contre Dieu et contre ses lois? Mais que sert de représenter à cette reine dépouillée les droits et les privilèges de sa couronne qu elle a perdus, de son sceptre qu'elle a laissé tomber de ses mains? Elle doit régner; qui ne le sait pas? Mais ne perdez pas le temps, ô philosophes, à Tentretenir de ce qui doit être ; il faut lui donner le moyen de remonter sur son trône, et de dompter ses sujets rebelles ^ »

Et Bossuet, sans séparer, un seul instant, la raison de la foi, concluait « que le légitime Seigneur auquel nous devons remettre la place est la Raison-Dieu * ».

Mais si Bossuet, au xyii^ siècle, a fait son ofQce, Pascal; il le faut reconnaître, Pascal aussi a fait le sien, et, pendant que Tun nous instruit, l'autre salutairement nous terrifie.

« Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste, remarque Pascal. On jette enfin de la terre sur la tête et en voilà pour jamais. Faisons tant que nous voudrons les braveS; voilà la fin qui attend la plus belle vie du monde. »

1. Œuvres complètes. Paris, 1846,30 v. in-12, t. Vlll, p. 496 Sermon sur Vefficacîté de la pénitence.

2. Ibid., t. VU, p. 115, Sermon sur la nécessité de travailler à son salut.

Gomment celle considération de notre mortalité ne nous tournerait-elle pas à la pensée de Dieu, et la pensée de Dieu à la crainte de Dieu? « J'ai toujours craint le Seigneur, s'écrie Pascal avec Job, comme les flots d'une mer furieuse et enflée pour m 'engloutir. » Et cette crainte qui vient de la foi, « n'est par désespoir, mais espérance ». — « La bonne crainte en efi'et vient de la foi, la fausse crainte vient du doute. La bonne crainte, jointe à l'espérance, parce qu'elle naît de la foi et qu'on espère au Bien que l'on croit, la mauvaise jointe au désespoir, parce qu'on craint le Dieu auquel on n'a point de foi. Les uns craignent de le perdre, les autres craignent de le trouver. »

Or, ramener les esprits des distractions qui les leurrent à l'étude d'eux-mêmes, et de la connaissance d'eux-mêmes à la connaissance de Dieu , n'est-ce pas encore les ramener à la philosophie?

Salut donc, ô Pascal; superbe et mélancolique génie, salut! Vous me troublez, mais vous me consolez ; avec vous, je me dis : « que de royaumes m'ignorent! » et m'abîme dans mon néant; comme vous, « le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie », mais, avec vous, je m'assure « que le ciel, les astres, le firmament ne valent pas un seul des esprits » ; transporté par votre puissante ironie comme sur des ailes, je me sens élevé, au-dessus

des fanges et des niaiseries, « à ce royaume où la force ne fait rien » ; aux langueurs de mon esprit vous subvenez par Télan du cœur, aux défaillances de la raison par la vivacité inextinguible du sentiment; avec vous, toute âme irrésistiblement s'écrie : « Éternellement en joie pour un jour d'exercice sur la terre ! »

PASCAL ET DESGARTES

Pour peu qu'on étudie, en les rapprochant, les ouvrages de Descartes et de Pascal, il est aisé de se convaincre qu'en physique, aussi bien qu'en métaphysique, Pascal est tout pénétré des influences cartésiennes. Et pourtant, chose singulière! parmi les contemporains de Descartes, Pascal est un de ceux qui se sont montrés les plus opposés aux théories de l'auteur du Discours de la Méthode^ on dirait presque les plus hostiles à sa personne. Il ne lui ménage, en effet, ni dans ses conversations, ni dans ses écrits, l'expression de son dissentiment. Écoutez une de ses biographes intimes, sa nièce, Marguerite Perier : a M. Pascal, écrit-elle, parlait peu de science; cependant, quand l'occasion s'en présentait, il disait son sentiment sur les choses dont on lui parlait. Par exemple, sur la philosophie

de M. Descartes, il disait assez ce qu*il pensait. Il était de son sentiment sur Tautomate S et n*en était point sur la matière subtile, dont il se moquait fort. Mais il ne pouvait souffrir sa manière d*expliquer la formation de toutes choses, et il disait très souvent : « Je ne puis pardonner à Descartes ; il aurait bien voulu^ dans toute sa philosophie, pouvoir se passer de Dieu, mais il n'a pu s'empêcher de lui faire donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement. Après cela, il n'a plus que faire de Dieu •. » D'autre part, que l'on parcoure les fragments philosophiques qu'a laissés Pascal. Quoiqu'il y admire la solidité de cette maxime « que la matière est dans une incapacité invincible de penser », en même temps qu'il y proclame l'originalité féconde du Cogito ', on y trouvera contre

1. Cf. Baillet, La Vie de M. Descartes, !'• partie, p. 52. « Cette opinion des automates était ce que M. Pascal estimait le plus dans la philosophie de M. Descartes. »

2. P. Faugère, Lettres^ Opuscules et Mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal^ et de Marguerite Perier, sa nièce, Paris, 1845, in-8, p. 458.

3. Cf. P. Faugère, Pensées de Biaise Pascal, t. I, p. 167. « Je voudrais demander & des personnes équitables si ce principe : la matière est dans une incapacité invincible de penser, et celui-ci : je pense, donc je suis, sont en effet les mêmes dans l'esprit de Descartes et dans Tcsprit de saint Augustin- qui a dit la même chose douze cents ans auparavant. En vérité, je suis bien éloigné de dire que Descartes n'en soit pas le véritable auteur, quand même il ne l'aurait appris que dans la lecture de ce grand saint, car je sais combien il y a de différence entre écrire un mot à l'aven-

ET descàrtes 57

Descartes de fréquentes et hautaines boutades, qu'une main peut-être étrangère a quelquefois barrées après coup, et que peut-être aussi Pascal lui-même ne comptait pas maintenir, ou se proposait , au contraire , de développer et d'expliquer.

C'est ainsi qu'il paraît condamner et la doctrine que comprennent les Principes de Descartes et le titre même de ce livre immortel. — « Les Principes/ titre fastueux M » — « Les Principes/ il faut dire en gros : cela se fait par figure et mouvement, car cela est vrai. Mais de dire quelles, et composer la

tare, sans y faire une réflexion plus longue et plus étendue, et apercevoir dans ce mot une suite admirable de conséquences, qui prouve la distinction des natures matérielle et spirituelle, et en faire un principe ferme et soutenu d'une métaphysique entière, comme Descartes a prétendu faire. Car sans examiner s'il a réussi efOcacement dans sa prétention, je suppose qu'il Tait fait, et c'est dans cette supposition que je dis que ce mot est aussi différent dans ses écrits d'avec le même mot dans les autres qui l'ont dit en passant, qu'un homme plein de vie et de force, d'avec un homme mort. » i. Les Pensées de Biaise PascaU édit. Molinier, t. I, p. 30. «Des deux infinis de science, celui de grandeur est bien plus sensible, et c'est pourquoi il est arrivé à peu de personnes de prétendre connaître toutes choses... D'où il paraît combien est sot, vain et ignorant ce titre de quelques livres : de omni scibili. Mais l'infinité en petitesse est bien moins visible. Les philosophes ont bien plutôt prétendu d'y arriver, et c'est là où tous ont achoppé. C'est ce qui a donné lieu à ces titres si ordinaires, des Principes des choses^ des Principes de la philosophie^ et aux semblables, aussi fastueux en effet, quoique moins en apparence, que cet autre qui crève les yeux, de omni scibili. »

machine, cela est ridicule, car cela est inutile, et incertain et pénible. Et quand cela serait vrai, nous n'estimons pas que toute la philosophie vaille une heure de peine ^ )>. Et ailleurs : Descartes « inutile et incertain - ». Rêverie : « opinion de Descartes sur la matière et sur l'espace ' ». Et encore : « Écrire contre ceux qui approfondissent trop les sciences, Descartes *. »

Sans doute, de telles paroles se rapportent probablement, pour la plupart, sinon toutes, à Tépoque où Descartes mort, et après ce qu'on a nommé la seconde conversion de Pascal, celui-ci uniquement occupé de la pensée de son salut, en était venu à un mépris superbe pour la philosophie, et ne considérait plus guère la géométrie elle-même que comme une curiosité difficile et un divertissement ^. Mais il semble, sauf erreur, que ces dispositions antipathiques de Pascal à l'égard de Descartes

1. Les Pensées de Biaise Pascal, èdïi, Molinier, t. II, p. 148.

Page 1