Les Pensées, etc., édit. Molinier, t. II, p
5. Voyez plus loin la lettre que Pascal adressait à Fermât le 10 août 1660. Bossut, Œuvres de B, Pascal, t. IV, p. 447. L'homme qui déclarait ne faire aucun cas de la géométrie, venait d'inventer le triangle arithmétique, de résoudre les délicats problèmes de la CycloXde, et d'échanger avec Fermât, par l'intermédiaire de Garcavi, les plus savantes
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datent de bien plus loin et tiennent encore et surtout à d'autres causes.
Rechercher ces causes, les mettre en lumière, ce sera, en rappelant les rapports qu'eurent entre eux ces deux si grands hommes, mais qui, après tout, furent des hommes, pénétrer plus avant dans la connaissance de leurs idées, notamment de celles qui se rapportent à la question si considérable du plein et du vide. Ajoutons que Montuclà est le premier, croyons-nous, qui, dans son Histoire des Mathématiques y ait relevé in extenso chez Descartes les principaux textes, par où se trouve établie Tincontestable priorité du philosophe de la Haye, relativement à la découverte de la pesanteur de l'air, tandis que Baillet, l'historien de Descartes, n'avait fait que les signaler incidemment ^
11 suffisait d'ailleurs et il suffit de lire les Lettres de Descartes, pour y constater cette preuve de son inventif génie. Aussi bien, Montuclà conclut-il ne
communications touchant la géostatique et le calcul des chances ou des partis.
1. La Vie de M. Descartes, 2® partie, p. 330 en note. Les mêmes citations, et en vue des mêmes conclusions, ont été reproduites dans son bel ouvrage sur le Cartésianisme, par Bordas-Demoulin, qui renvoie à Montuclà {le Cartésianisme ou la Véritable rénovation des sciences. Paris, 1843, 2 v. in-8, t. I, p. 308 et suiv.), et, plus tard, par l'auteur d'une publication intéressante sur Descartes, mais malheureusement inachevée, M. Millet {Histoire de Descartes avant d637. Paris, 1867, in-8, p. 257 et suiv.; Descartes, son Histoire depuis 1637. Paris, 1870, in-8, p. 214 et suiv.).
pouvoir porter aucun jugement très assuré sur le droit que prétend Descartes à l'expérience du vide, tout en avouant « que les textes qu'il cite pourront paraître fort favorables à sa prétention * ». La question reste donc, en quelque sorte, presque entière.
On sait comment Etienne Pascal, ayant perdu sa femme, Antoinette Begon, vendit à Biaise Pascal, son frère, sa charge de second président à la Cour des Aides de Clermont-Ferrand. Mettant ensuite la plus grande partie de sa fortune en rentes sur l'Hôtel de Ville de Paris, il vint en 1631 , se fixer dans la capitale, afin de s*y occuper uniquement de Téducation de ses deux filles et de son fils, pour lors âgé de huit ans *. Or, à peine s'y trouva- t-il installé que sa maison devint le rendez-vous de savants tels que Mersenne, Roberval, Gassendi, Le Pailleur, Des Ar-
1. Histoire des Mathématiques, 4 v. in-4. Paris, an VII, t. II, p. 205 et suiv. « Il ne faut pas oublier quelques traits de la sagacité de Descai'tes ; nous avons des preuves que ce philosophe reconnut avant Torricelli la pesanteur de l'air, et son action pour soutenir l'eau dans les pompes et les tuyaux fermés par un bout. »
2. Sur la famille de Pascal, Cf. Recueil d^Utrecht, p. 239 et suiv. Voyez aussi le curieux travail de M. Gonod, intitulé : Recherches sur la maison où Biaise Pascal est né et sur la fortune d^Étienne Pascal, son père, Clermont, 1847, in-8.
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gués, Garcavî, Montholon, Beaugrand et d'autres moins connus. De ces réunions choisies, qui se tenaient également tour à tour, soit chez M. Levasseur, soit chez Montmort, soit chez Melchisédec Thévenot, et dont les membres s'appelaient eux-mêmes « la Compagnie » , devait prochainement sortir l'Académie des sciences *. Ce fut dans un tel milieu que grandit Biaise Pascal, qui, de très bonne heure, se révéla comme un enfant extraordinaire et auquel, dès les premiers jours, ne cessèrent, en conséquence, d'être prodigués les applaudissements. Éloigné de l'étude des mathématiques par la volonté de son père, qui craignait de fatiguer sa jeune intelligence et jugeait opportun de l'appliquer, avant tout, à la connaissance des langues, seul, à douze ans, avec ce qu'il appelait naïvement des barres et des ronds, il parvenait à découvrir jusqu'à la trente-deuxième proposition du premier livre d'Euclide. Consterné de ce trait de génie, Etienne Pascal en pleurait de joie et ses amis partageaient son émotion.
Biaise Pascal allait d'ailleurs bientôt provoqutjr de nouveaux étonnements. Ne parlons que pour
1. Cf. Bossut, Œuvres de B. Pascal, t. IV, p. 408 et suiv. En 16^4, Pascal offrant quelques-uns de ses écrits mathémathiques au^t membres de cette savante Compagnie^ où si Jeune encore il s'était signalé par de si remarquables débuts, la qualifiait de « très célèbre Académie Parisienne de Mathématiques «, Celeberrima Matheseos Academia Parisiensis. Ce ne fut qu'en 1666 que Colbert fonda, on dirait mieux, reconnut l'Académie des sciences.
mémoire de ses observations aussi sagaces qu'imprévues sur la propagation du son. Mais, à seize ans, il composait un Traité des sections coniques j <( qui passa, écrivait Mme Perier, pour un si grand effort d'esprit, qu'on disait que depuis Archimède on n'avait rien vu de cette force. » — « Les habiles gens, ajoutait-elle, étaient d'avis qu'on l'imprimât dès lors, parce qu'ils disaient qu'encore que ce fût un ouvrage qui serait toujours admirable, néanmoins si on l'imprimait dans le temps que celui qui l'avait inventé n'avait encore que seize ans, cette circonstance ajouterait beaucoup à sa beauté ; mais comme mon frère n'a jamais eu de passion pour la réputation, il ne fit pas cas de cela, et ainsi cet ouvrage n'a jamais été imprimé ^ )> A parler exactement^ ce dédain pour la réputation ne devait pénétrer qu'assez tard l'âme ardente de Pascal, tout d'abord, au contraire, très avide de gloire. II
1. La Vie de Pascal, écrite par Madame Periery p. 10. Cf. Bossut, Œuvres de B, Pascal, t. V, p. 459, Lettre de Leibniz à M, Perier, 30 août 1676. Leibniz À qui Perier avait communiqué les manuscrits de Pascal touchant les coniques, lui indique Tordre dans lequel il conviendrait de les publier. Il ne parait pas que ce projet de publication ait été suivi d'effet. Bossut du moins ajoute en note : « J*ai écrit, et fait écrire de tous côtés, pour me procurer ces ouvrages de Pascal, dont parle Leibniz, mais jusqu'à présent mes recherches à ce sujet ont été presque inutiles. Un fragment intitulé : Essais pour les coniquesy le seul de tous les écrits dont parle Leibniz, que j'aie pu me procurer, est imprimé à la tête du IVo volume de celte édition. »
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faut en venir à 1655, c'est-à-dire à Tépoque de sa seconde conversion, pour le trouver possédé « du désir d'être anéanti dans l'estime et la mémoire des hommes ^ ».
Ce qui le prouve, ce sont les lettres étudiées et quelque peu superbes qu'écrivit Pascal au chancelier Séguier ' et à la reine Christine 3, en leur offrant, comme il l'offrait au grand Condé ^, la machine arithmétique qu'il avait inventée à dix-huit ans, qui lui coûta tant de peines et de dépenses, et qu'il parvenait enfin à produire à l'âge de vingt ans. Car en s'acquittant d'un hommage, il ne lais*
1. Expressions de Jacqueline Pascal, devenue à Port-Royal sœur de Sainte^Ëuphémie, et écrivant à Mme Perier le détail des fréquentes visites qu'en 1655 lui faisait leur frère, visites à la suite desquelles il finit par se mettre entre les mains de M. Singlin. Cf. P. Faugère, Lettres^ etc., p. 358.
2. Cf. Bossut, Œuvres de B. Pascal, t. IV, p. 7 et suiv. « Quand je me représente que cette même bouche, qui prononce tous les jours des oracles sur le trône de la justice, a daigné donner des éloges au coup d'essai d'un homme de vingt ans, écrivait Pascal à Séguier, je suis comblé de gloire, et je ne trouve point de paroles pour faire paraître ma reconnaissance à Votre Grandeur, et ma joie à tout le monde » (1645).
3. Id.j ibid,, p. 25 et suiv. — Voyez plus loin des fragments de la lettre adressée par Pascal à la reine Christine.
4. Cf. V. Cousin, Jacqueline Pascal. Paris, 1849, in-12, p. 400. Billet inédit de Bourdelot à Pascal : « Monsieur, je parlai hier à Son Altesse qui m'a témoigné impatience de vous voir avec votre roue Pascale. Si vous prenez la peine de venir à dix heures du matin, je crois que c'est celle qui lui est la plus commode. — Bourdelot, à l'hôtel de Condé, ce 26 février 1644. »
sait pas aussi que de solliciter de ces personnages une approbation qui jetât du lustre sur son œuvre, en même temps qu'il obtenait en faveur de cette même machine un privilège du roi, rédigé dans les termes les plus flatteurs pour son père et pour lui ^ Cependant, bien avant qu*il fût question de la machine arithmétique, le Traité des coniques, Finvention comme à nouveau de la géométrie, c'étaient là, pour ne point mentionner d'autres travaux de Biaise Pascal, c'étaient là comme autant de merveilles, dont il n'était guère possible que le bruit n'arrivât pas jusqu'à Descartes. Le nom même de Pascal devait sufGre à appeler son attention. Car Descartes avait conçu pour le président Pascal une
1. Cf. Bossut, Œuvres de B. Pascal^ t. IV, p. 30 et suiv. Privilège du Roi pour la machine arithmétique. « Louis, etc. Notre très cher et bien-amé le Sieur Pascal nous a fait remontrer, qu'à rimitation du Sieur Pascal son père, notre Conseiller en nos Conseils et Président en notre Cour des Aides d'Auvergne, il aurait eu, dès ses plus jeunes années, une inclination particulière aux sciences mathématiques, dans lesquelles, par ses études et ses observations, il a inventé plusieurs choses, et particulièrement une machine, par le moyen de laquelle on peut faire toutes sortes de
supputations A ces causes, désirant gratifier et traiter
favorablement ledit Pascal fils, en considération de sa capacité en plusieurs sciences, et surtout aux mathématiques, et pour l'exciter d'en communiquer de plus en plus les fruits à nos sujets, et ayant égard au notable soulagement que cette machine doit apporter à ceux qui ont de grands calculs à faire, et à raison de l'excellence de cette invention, nous avons permis et permettons par ces présentes, etc., 22 mai 1649. »
estime singulière, depuis que celui-ci avait soutenu, en se joignant à Roberval, les objections faites par Fermât à sa Dioptrique ^
Retiré en Hollande, Descartes y vivait, à la vérité, dans un isolement profond, ne souffrant aucune distraction à ses études, et pratiquant autant qu'il était en lui sa devise favorite : Qui bene latuit, bene vixit. Mais son ami, le P. Mersenne, lui servait du moins dHntermédiaire avec les savants de TEurope entière, et, de Paris, l'informait soigneusement de tout ce qui était de nature à l'intéresser. Mersenne ne pouvait donc manquer et en effet ne manqua point de l'entretenir de Biaise Pascal. C'est ainsi que, par une lettre du 12 novembre 1639, il lui mandait, rapporte Baillet, « qu'un jeune garçon de seize ans avait composé un Traité des coniqties, qui faisait le sujet de Tétonnement de tous les vieux mathématiciens à qui on l'avait fait voir. Ce jeune auteur était le flls de M. Pascal , que le roi Louis XIII avait fait depuis peu intendant de justice (?) à Rouen, et l'on ne croyait point le flatter en publiant qu'il avait passé sur Ip ventre à tous ceux qui avaient traité ce sujet avant lui, pour aller rejoindre Appollonius, qui semblait même avoir été moins heureux que lui en plusieurs points. » Or, quelle fut, à cette nouvelle, l'impres-
d. Baillet, La Vie de M. Descartes, 1" partie^ p. 330 et saiv.
sion qu'éprouva Descartes? « M. Descartes, qui n'admirait presque rien, dissimula comme il put la surprise que lui causa cette merveille. II répondit assez froidement au P. Mersenne qu'il ne lui paraissait pas étrange qu'il se trouvât des gens qui pussent démontrer les coniques plus aisément qu'Apollonius, parce que cet ancien est extrêmement long et embarrassé, et que tout |ce qu'il a démontré est de soi assez. facile; mais qu'on pouvait bien proposer d'autres choses touchant les coniques qu'un enfant de seize ans aurait de la peine à démêler ^ » En conséquence, Mersenne, afin de convaincre Descartes de visu y fit tirer une copie du Traité ^ et la lui envoya. Cependant, que répondit Descartes? « J'ai reçu aussi VEssai touchant les coniques du fils de M. Pascal, écrivait-il en 1640 à Mersenne, et avant que d'en voir la moitié j'ai jugé qu'il avait appris de M. Des Argues; ce qui m'a été confirmé iûcoiitinent après par la confession qu'il en fait luî-^ même '. » Des Argues, familier des Pascal, yëi&âit en efl'et, et avant qu'on ne parlât de l'opùsoule da jeune Biaise, de rédiger sur les coniques un proji^ d'ouvrage, qu'il avait adressé à Descartes par le P. Mersenne, « afin d'avoir son sentiment sur la