‹ Pascal, physicien et philosophe (volume 2)Chapitre 36 sur 89 · Bossut. Œuvres de B. Pascal, t. IV, p. 226 et suiv · texte numérisé non relu

Bossut. Œuvres de B. Pascal, t. IV, p. 226 et suiv

ET DESGARTES 121

Taîr, qui est un corps compressible et pesant aussi bien que la laine, se comprime elle-même par son propre poids; et Pair, qui est en bas, c'est-à-dire dans les lieux profonds, est bien plus comprimé que celui qui est plus haut, comme au sommet des montagneS; parce qu'il est chargé d'une plus grande quantité d*air. Comme il arriverait en cette masse de laine, que si Ton en prenait une poignée de celle qui est dans le fond, dans Fétat pressé où on la trouve, et qu'on la portât, en la tenant toujours pressée de la même sorte, au milieu de cette masse, elle s'élargirait d'elle-même, étant plus proche du haut, parce qu'elle aurait une moindre quantité de laine à supporter en ce lieu-là ; ainsi si Ton portait de l'air, tel qu'il est ici-bas et comprimé comme il y est, sur le sommet d'une montagne, par quelque artifice que ce soit, il devrait s'élargir lui-même, et devenir au même état que celui qui l'environnerait sur cette montagne, parce qu^il serait chargé de moins d'air en cet endroit-là, qu'il n'était au bas; et, par conséquent, si on prenait un ballon à demi plein d'air seulement, et non pas tout enflé comme ils le sont d'ordinaire, et qu'on le portât sur une montagne, il devrait arriver qu'il serait plus enflé au haut de la montagne, et qu'il devrait s'élargir à proportion qu'il serait moins chargé; et la difl*érence devrait en être visible, si la quantité d'air qui est le long de la montagne, et de laquelle il est

déchargé, a un poids assez considérable pour causer un efTet et une diflerence sensible '. » On se le demande : entre les paroles de Pascal et celles de Descartes y nV a-t-il donc qu*nne simple coïncidence? Est-ce uniquement par hasard qu'ils se sont l'un et Tautre avisés de comparer l'air à de la laine? Ou plutôt, n*est-il pas fort raisonnable de trouver dans le langage de Pascal comme un écho de ses entretiens avec Descartes, et dans la comparaison à laquelle Pascal a recours, comme une réminiscence d'une comparaison familière à Descartes, et qu'il avait sans doute employée pour persuader Pascal lui-même que l'air est pesant. Plus on y regarde de près et plus on se convainc, en dépit de revendications altières et d'assertions tranchantes, que c'est à Descartes notamment, à Descartes plus qu'à tout autre, que Pascal est redevable de sa découverte de la pesanteur de l'air.

Toutefois, de ce que Pascal en est venu à reconnaître que l'air est pesant et a tiré de ce fait les plus fécondes conséquences, s'ensuit-ii qu'il conclue également qu'il n'y a pas de vide? Pas le moins du monde. Sans doute plus tard il écrira : « Qu'y a-t-il de plus absurde que de dire que des corps inanimés ont des passions, des craintes, des horreurs, que des corps insensibles, sans vie et même incapables

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