‹ Pascal, physicien et philosophe (volume 2)Chapitre 37 sur 89 · Bossut, Œuvres de B. Pascal, t. IV, p. 257 et suiv · texte numérisé non relu

Bossut, Œuvres de B. Pascal, t. IV, p. 257 et suiv

de vie, aient des passions, qui présupposent une âme au moins sensitive pour les ressentir; de plus, que Tobjet de cette horreur fût le vide? Qu'y a-t-il dans le vide qui puisse leur faire peur? Qu'y a-t-il de plus bas et de plus ridicule. Ce n'est pas tout qu'ils aient en eux-mêmes un principe de mouvement pour éviter le vide? Ont-ils des bras, des jambes, des muscles, des nerfs * ? » Néanmoins, même alors, Pascal ne niera pas le vide, non plus qu'il ne le nie en 1648. Car, tandis que Descartes parle uniquement de la matière, Pascal parle encore de la Nature. Tandis que Descartes, en affirmant la pesanteur de l'air affirme le plein, Pascal, en reconnaissant que Tair est pesant, continue, avec Galilée, avec Torricelli, d'affirmer le vide. Il n'a pas assez de moqueries pour la matière subtile de Descartes, quelles que soient les explications que celui-ci ait pu lui foufnir. Il tient invariablement qu'il y a du vide, et en. 1648, comme apparemment plus tard et toujours, son opinion relativement au vide reste telle qu'il l'a exposée en 1647 dans la publication intitulée : Nouvelles expériences touchant le vide, ou encore : Expériences touchant le vide, faites dans des tuyaux, seringues, soufflets et siphons de plusieurs longueurs et figures; avec diverses liqueurs, comme vifargent^ eau, vin, huile, air, etc.; avec un discours sur

1. Les Pensées de Biaise Pascal, édit. Molinier, t. II, p. 450.

le même sujets où est montré qvHun vaisseau si grand qu'on pourra le faire^ peut être rendu vide de toutes les matières connues en la Nature^ et qui tombent sous nos sens^ et quelle force est nécessaire pour faire admettre ce vide. — Dédié à M, Pascal, Conseiller du roi en ses Conseils d'Etat et privé, par le sieur B. Pascal, son fils, le tout réduit en abrégé et donné par avance d'un plus grand Traité sur le même sujet *.

Dans cette publication, dont il importait de rapporter le titre, malgré sa prolixité, Pascal professe, manifestement le vide. Quelle est donc la valeur de cette opinion? Gomment Pascal Ta-t-il défendue? Et, en définitive, doit-on être avec Pascal pour le vide, ou, avec Descartes, pour le plein?

Pascal commence par rappeler qu'après avoir renouvelé l'expérience de Torricelli, « faisant réflexion en lui-même sur les conséquences de cette expérience, elle le confirma dans la pensée où il avait toujours été, que le vide n'était pas une chose impossible dans la Nature, et qu'elle ne le fuyait pas avec tant d'horreur que plusieurs se l'imaginent. » Pascal, d'autre part, termine tout son discours par la conclusion suivante, dans laquelle il exprime son sentiment définitif. « Après avoir démontré, écrit-

1. Ce grand Traiï^ projeté semble s'être réduit aux petits Traités de V Équilibre des liqueurs et de la Pesanteur de la masse de l'air, qui, composés en 1653, ne parurent qu'en 4663, un an après la mort de Pascal; Paris, Guill. Desprez, in-12, Cf. Bossu t, Œuvres de B. Pascsil, t. IV, p. 51 et 222, et notes.

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ili qu'aucune des matières qui tombent sous nos sens et dont nous avons connaissance, ne remplissent cet espace vide en apparence, mon sentiment sera jusqu'à ce qu'on m'ait montré l'existence de quelque matière qui le remplisse, qu'il est véritablement vide et destitué de toute matière ^ » On ne saurait par conséquent soutenir d'une façon plus décidée qu'il y a du vide.

En produisant un tel sentiment, Pascal appelait donc, défiait même, ce semble, la contradiction. Aussi, dès 1647, fut-il attaqué, notamment dans une lettre que lui écrivit un Jésuite, le P. Etienne Noël, recteur à Paris du Collège de Clermont *. Une réponse de Pascal amena une réplique du P. Noël *, laquelle laissa, parait-il, Pascal mal satisfait. C'est pourquoi, dans des explications qu'il crut devoir, cette même année 1647, adresser à Le Pailleur et qu'il publia, Pascal exposait les motifs qui le déterminaient à interrompre le commerce de lettres, où le R. P. Noël « lui avait fait l'honneur de l'engager * ». Celui-ci, de son côté, en physique du moins. Cartésien d'intention ^ presque

i. Bossut, Œuvres de B» Pascal, t* IV, p. 66.

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