Bossut^ Œuvres de B. Pascal, t. IV, p. 73 et suiv
controverses *, Newton, Glarke et Leibniz, tout en professant sur la nature du temps et de Tespace les opinions les plus différentes, s'accordaient du moins à reconnaître que ni le temps ni l'espace ne sont en eux-mêmes des réalités. En cela. Newton, Glarke et Leibniz avaient raison. Le temps et l'espace sont des manières d'être, ce ne sont pas des êtres.
Kant lui-même, sous certains rapports, ne se trompait point, lorsqu'il ne voyait dans l'espace et le temps que deux modes de la sensibilité '. Son erreur a été de croire que ces modes sont comme des moules intérieurs qui déterminent les objets, au lieu que ce sont les objets qui déterminent en quelque façon les moules intérieurs qui sont les modes. Il a erré, en imaginant que ce sont les abstractions que nous imposons aux réalités, tandis que ce sont les réalités qui nous suggèrent les abstractions. Effectivement, si le temps et l'espace sont des abstractions, il n'y en a pas moins de l'objectif dans le temps et dans l'espace. Car le temps et l'espace ne sont des abstractions que parce qu'ils sont détachés de certaines réalités. Ces réalités, pour ce qui est de l'univers matériel, ce sont les corps. Le fait de l'existence des corps, ou la collection de leurs durées,
1, Leibnitii Opéra omnia, t. II, pars 1, p. 105 et suiv. — Qu'il me soit permis de renvoyer aussi à mon ouvrage intitulé : La Philosophie de Leibniz, Paris, 1861, in-S, p. 400 et suiv.