‹ Pascal, physicien et philosophe (volume 2)Chapitre 47 sur 89 · Ibid,, p · texte numérisé non relu

Ibid,, p

Cela est admirable. Oui, il faut gager, mais je gage peut-être trop. Voyons : il y a ici une infinité de vie infiniment heureuse à gagner, un hasard de gain contre un nombre fini de hasards de perte, et ce que vous jouez est fini. Gela est tout parti ^. »

La règle des partis, qu*il appellera aussi parfois la règle des paris ou des parties, devient ainsi pour Pascal, qu'il en fasse de justes ou d'indiscrètes applications^ une règle souveraine qui nous assure, à défaut de certitude, une décisive probabilité. Et de son propre aveu, c'est en examinant des questions de jeu, qu'il est arrivé d'abord à la concevoir.

Coïncidence vraiment curieuse et que personne néanmoins ne paraît avoir encore signalée I A peu près vers la même époque, quoique quelques années plus tard, Spinoza, ce méditatif, qui, malgré tant de difi'érences essentielles, offre avec Pascal plus d'un trait de ressemblance ', Spinoza s'appliquait, de

1. Les Pensées de Biaise Pascal, édit. Molinier,!.!, p. 48 et s.

2. Sur les rapports de Spinoza et de Pascal, qu'il me soit permis de renvoyer à mon ouvrage intitulé : Spinoza et le Naturalisme contemporain^ 1 v. in-12, Paris, 1866, p. 61 et suiv. « Je ne puis m'empôcher, en parlant de Benoit Spinoza, de songer par contraste à Biaise Pascal. Tous les deux mourant à la fleur de l'âge, tous les deux uniquement dévoués au vrai, tous les deux géomètres et mettant au service de leurs croyances la géométrie, ces deux jeunes hommes finissent avec une incomparable douceur. Cependant, sans parler des disparates de leurs natures, l'une précautionnée autant que l'autre est impétueuse, ni de la diversité de leurs talents, l'un si purement logique, l'autre si littéraire, dans leur fln môme, quelle différence! Chez

son côté, à formuler une règle des partis *. Il est vrai que ce promoteur absolu d'un panthéisme absolu, et c'est là qu'entre Spinoza et Pascal éclate particulièrement le contraste ; il est vrai que Spinoza ne songeait aucunement à déterminer, à son tour, par la règle des partis, les chances de notre destinée. Pour lui, en effet, la personne humaine n'existe pas, ou, du moins, combinaison inexpliquée et temporaire de la pensée divine et de la divine étendue, elle se dissout avec cette combinaison même.

Cependant, comment Pascal qu'absorbèrent, de si bonne heure, les méditations les plus graves, avait-il pu se trouver tout d'abord engagé dans des

Spinoza, c'est rabolition de la conscience, et parmi la dissolution de la machine qui subitement se détraque, l'évanouissement de ce qu'on appelle l'âme, et sa dissipation dans ce qu'on appelle le grand tout. Espérance, amour, bonheur sont, dès lors, des termes vides de sens. Tout est consommé, et l'individu qui a disparu, qu'est-il autre chose que la molécule distincte un instant à la surface de l'insondable abîme? Chez Pascal, c'est la permanence de la personne, vivant de sa propre vie, soutenue par des certitudes, cooiiante en la miséricorde du Très-Haut, franchissant avec allégresse le passage qui donne accès aux divines régions de la vérité, de la beauté et de la vertu », etc.

i. B. de Spinoza Opera^ éd. Bruder, 3 vol. in-12. Lipsiœ, 1844, t. II. p. 271. Epistola XLIII : Voorburgi, 1 oct. 1666. Ornatissimo viro /. v. M. « Omatissime vir, dum hic solitarius in agro vitam ago, quxstionem, quam mihi proposuisti, mecum volvi, eamque simplicem valde deprehehdi. Universalis demonstratio hoc nititur fundamento : quod is jitstus sit lusor, qui suwn lucrandi aut perde ndi sortent seu expectationem cum adversarii sorte œqiuilem ponit^ » etc.

problèmes de jea? C'est ce qpi'il nous faut apprendre de Pascal lui*mènie.

Eq 1654 Y Pascal , qui déjà avait entamé avec Fermati conseiller au parlement de Tooloose, une correspondance dont la meilleure partie est restée malheureusement égarée ou perdue S Pascal écrivait de Paris à Fermât : « Monsieur, Timpatienee me prend aussi bien qu'à vous, et quoique je sois encore an lit, je ne puis m'empècherde vous dire que je reçus hier au soir, de la part de M. de Garcavi, votre lettre sur les partis, que j'admire si fort que je ne puis vous le dire. Je n'ai pas le loisir de m'étendre; mais, en un mot, vous avez trouvé les deux partis des dés et des parties dans la parfaite justesse : j'en suis tout satisfait ; car je ne doute plus maintenant que je ne sois dans la réalité, après la rencontre admi-

1. Les Opéra varia maOïematica, de Pierre Fermât, Toulouse, 1679, in*fol., publiés par Samuel Fermât, son fils, ne comprennent pas, à beaucoup près, tous les écrits mathématiques, ni surtout toutes les lettres non plus que les vers latins, français et espagnols (car Fermât était poète en même temps que littérateur et érudit) de Tillustre géomètre toulousain. Le Précis des CEuvres mathématigues de Fermat, édité par Brassinne, Toulouse, 1853, in-S, n'est qu'un maigre extrait de cette première publication. Aussi était-il extrêmement désirable que Ton songeât & combler une telle lacune. C'est ce qu'a compris le Parlement français, qui, reprenant un projet de 1843, vient, en 1882, de voter les fonds nécessaires pour Tim pression des Œuvres de Fermât, Voyez Journal des Savants, septembre 1839, Des manuscrits inédits de Fermât, par G. Libri, qui déjà signalait la nécessité de cette publication et en indiquait des éléments importants qu'il déclarait avoir en sa possession.

rable où je me trouve avec vous. J'admire davantage la méthode des parties (sic) que celle des dés ; j'avais vu plusieurs personnes trouver celle des dés, comme M. le Chevalier de Méré, qui est celui qui m*a proposé ces questions ^ et aussi M. de Rober« val ; mais M. de Méré n'avait jamais su trouver la juste valeur des parties, ni de biais pour y arriver : de sorte que je me trouvais seul qui eusse connu cette proportion. Votre méthode est très sûre, et c'est la première qui m'est venue à la pensée dans cette recherche. Mais parce que la peine des combinaisons est excessive, j'en ai trouvé un abrégé, et proprement une autre méthode bien plus courte et plus nette, que je voudrais pouvoir vous dire ici en peu de mots : car je voudrais désormais vous ouvrir mon cœur, s'il se pouvait, tant j'ai de joie de notre rencontre. Je vois bien que la vérité est la même à Toulouse et à Paris *. »

4. Cf. Bossut, Essai sur l'histoire générale des Mathématiques, t. II, p. 358, Discours sur la vie et les ouvrages de Pascal. (( C'est encore à Pascal qu'on doit une nouveUe branche de Tanalyse, qui a été très féconde dans la suite. Cette branche est le calcul des probabilités, dans la théorie des jeux de hasard. Le Chevalier de Méré, grand joueur, nullement géomètre, avait posé sur ce sujet deux problèmes à Pascal. L'un consistait à trouver en combien de coups on peut espérer d'amener sonnez avec deux dés; l'autre, à déterminer le sort de deux joueurs après un certain nombre de coups, c'est-à-dire à fixer la proportion suivant laquelle ils doivent partager l'enjeu, supposé qu'ils consentent à se séparer, sans achever la partie. »

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