‹ Pascal, physicien et philosophe (volume 2)Chapitre 50 sur 89 · Œuvres de Méré, i. II, p. 138. 3* Ibid,, p · texte numérisé non relu

Œuvres de Méré, i. II, p. 138. 3* Ibid,, p

ET LE CUBVALIEft DB UÉRÉ 161

démentent les faits, et si, par montre de modestie, Méré déclare ne point se poser en émule de Voiture et de Balzac, il n'en témoigne pas moins, dans cette même lettre à Ménage, qu'il s'applique à suivre leurs traces, de même qu'il commence par y relever, non sans quelque chatouillement d'amour-propre, les jugements qu'on porte de ses épitres. « Tous me mandez qu'on lut dernièrement quelques-unes de mes lettres dans une compagnie où vous étiez, que la plupart en furent très satisfaits, et qu'il y eut néanmoins quelques gens qui dirent qu'elles sont trop ajustées, qu'on n'y remarque point la moindre négligence, même dans celles que j'écris à des procureurs, qu'il paraît assez par ce grand soin que je me voudrais toujours faire admirer; mais que je me devrais souvenir d'avoir écrit en quelque endroit que ce serait le moyen de se rendre insupportable. »

C'était à peu près aussi ce que, de son côté, Miton, un autre de ses amis, écrivait à Méré. « Je reçus hier votre lettre en bonne compagnie, lui disait-il; cinq ou six convives de grande réputation dînaient céans, et nous étions à table lorsqu'on me l'apporta ; quoique nous fussions en cet endroit du repas, où l'on parle volontiers, quand on sut qu'elle était de vous, on me pria de la lire; et ce fut un grand silence. Je vous jure que jamais lettre ne fut plus hautement louée, et tout le monde

s^écria qu'on ne pouvait rien voir de plus naturel et de plus galant * ».

Que devient, à ce compte, cette ^fBrmatioa du Chevalier, qu^il n'écrit des lettres que pour ceux auxquels elles s'adressent? On ne doit pas davantage l'en croire sur parole, quand il affirme que « lorsqu'il lui arrive d'écrire, c'est toujours le plus aisément qu'il peut ». Sans doute, et c'est chose à noter chez un précieux de son espèce, il met tout son art et emploie toute son industrie à paraître naturel, quoiqu'il ne le soit assurément pas toujours. Mais son art est laborieux, son apphcatioa incessante , et s'il admire qu'on puisse écrire de verve, son admiration en cela n'est pas exempte d'ironie. Ainsi parle-t-ii, par exemple, d'une dame qui pourrait bien, malgré tout, être Mme de Sevigne? « Je songe, observe-t-il , je songe à cette dame qui n'y fait pas plus de façon que de passer les mains sur ses yeux, et de dire : Allons, ma plume. Aussitôt, comme si c'était un charme, elle écrit d'une vitesse incompréhensible une belle lettre que nous admirons. » A la bonne heure. Mais lisez la suite. (( J'avais reçu d'elle une lettre fort brillante et qui jetait partout des éclairs, et parce qu'elle était un peu confuse, je lui demandai ce qu'elle avait voulu dire en quelque endroit qui n'était pas

Page 1