‹ Pascal, physicien et philosophe (volume 2)Chapitre 63 sur 89 · P. Faugère, Lettres, Opuscules, etc., p · texte numérisé non relu

P. Faugère, Lettres, Opuscules, etc., p

2. « Gomme Dieu, écrivait Pascal en parlant des siens, à cette occasion ; comme Die.u n'a pas rendu de famille plus heureuse, qu'il fasse aussi qu'il n'en trouve pas de plus reconnaissante. »

d'inventer à la fois et d'expliquer. Aussi bien, était-ce alors assez Tusage, parmi les mathématiciens, que de se proposer entre eux ces espèces de lutte. Et c'est ainsi que Fermât, par exemple, ne cessait de harceler les géomètres et particulièrement les Anglais, de ses défis ^. De la sorte, les amis de Pascal espéraient publiquement établir qu'il est possible d'être à la fois chrétien convaincu et savant de premier ordre, et assurer par là une autorité indéniable au livre projeté, qui nous est parvenu sous le titre de PeU' sées. « Je vous raconterai, écrivait Leibniz à Burnet, une petite histoire de feu M. Pascal, que j'ai apprise de feu M. le duc de Roannez, qui avait été son ami particulier. Vous savez que M. Pascal (qui est mort trop tôt) s'était à la fin adonné à établir les vérités de la religion, et, comme il passait avec raison pour un excellent géomètre, ses amis, bien intentionnés pour la religion, étaient bien aises de son dessein, parce qu'ils jugeaient que cela serait avantageux à la religion même, quand on verrait, par sQn exemple, que des esprits forts et solides peuvent être bons chrétiens en même temps. Il

1, Cf. G. Libri. Journal des Savants, article cité. — Libri remarque que Fermât mettait même quelquefois de Tironie dans ses provocations. Exemple : Proponatur (si placet) Wallisio et reliquis Anglix mathematicis ^ sequens quxstio numenca, — Has solutiones expectamus; quas si Anglia ont Gallia Belgica et Celtica non dederint, dabit Gallia Nar-bonensis, etc. Opéra varia, p. 188.

arriva que M. Pascal trouva quelques vérités profondes et extraordinaires en ce temps-là sur la Cycloï/ie; et, comme ses amis croyaient que d'autres auraient de la peine à y parvenir, parce qu*en effet ces méthodes étaient nouvelles alors, ils le poussèrent à les proposer, en forme de problèmes, à tous les géomètres du temps, parce qu'ils croyaient que cela servirait encore davantage à relever sa réputation, si d'autres n'y pouvaient point arriver. Mais M. Wallis, en Angleterre, le P. Laloubère (sic), en France, et encore d'autres, trouvèrent moyen de résoudre ces problèmes, et cela fît même quelque tort à M. Pascal, parce qu'on ne savait pas ses raisons ^. » Il le faut constater, quoi qu'il en coûte. Si Leibniz admire Pascal, s'il applaudit à la publication des Pensées et déclare même, à diverses reprises, avoir été désireux de contribuer à la publication de quelques opuscules mathématiques inédits du jeune géomètre des Coniques *, il se montre néan-

1. Œuvres de Leibniz^ t. VI, p. 247 et suiv. Lettre V, à Thomas Burnet, 1697.

2. Ibid., p. 34, Leibnitius Vagetio^ 1686. Cum Parisiis esserriy heredes Blasii Pascalis oîim schedas quasdam geometricaSj ad conicoi^m doclrinam illustrandam spectantes^ fidei meœ crediderant, rogantes ut ot*dinarem, quemadmodum e re videretur : quod etiam prxstiti, probavique, etsi integrum aliquidy quale a superslite poiuisset dari, inde exculpi non pofset; multas tamen praclaras propositiones interspergi, additis demonstrationibuSj quse sane merebantur non perire, Reddens ergo schedas ^ sententiam meam de editione et cori' nexione scripto reliqui; sed ab eo tempore nihil de editione

moins surtout comme jaloux de cette grande mémoire. C'est ainsi que non seulement il se flatte « d'avoir eu le bonheur de produire une machine arithmétique avec laquelle celle de Pascal ne saurait entrer en comparaison », mais encore aux méditations de Pascal sur la religion il oppose ses propres méditations. « Elles sont, écrira-t-il, le fruit d'une application bien plus grande et bien plus longue que celle que M. Pascal avait donnée à ces matières relevées de théologie, outre qu'il avait l'esprit plein des préjugés du parti de Rome... et qu'il n'avait pas étudié l'histoire ni la jurisprudence avec autant de soin que j'ai fait *. » Il y a plus! bien avant Voltaire, Leibniz insinuera que de très bonne heure l'intelligence de Pascal s'était dérangée. « C'est dommage, mandait-il en 1714 à Remond de Montmort , c'est dommage que M. Pascal, esprit très mathématique et très métaphysique en même temps, se soit affaibli de trop bonne heure, comme M. Huygens me l'a raconté autrefois, par certains travaux trop opiniâtres et par trop d'application à des ouvrages théologiques, qui lui pouvaient procurer l'applaudissement d'un grand parti, s'il les avait achevés. Il donna même

intellexi, vereorque ne culpa tôt jacturarum in bibliopolas et typographes conferenda, qui sœpe vel non intelligunt quid publicari mereatur^ vel non curant, dum lucrosas nugas orbi obtntdere ipsis liceat. Hamburgi, 27 novemb. 1686. 1. Œuvres de Leibniz, t. VI, p. 248.

dans des austérités qui ne pouvaient être favorables aux méditations relevées et encore moins à sa santé '. » Leibniz ira même jusqu'à prétendre « que Pascal, en voulant approfondir les cboses de la religion et les controverses, était devenu scrupuleux jusqu'à la folie '. » Ix)rsqu'il s*agit de Pascal, Leibniz se trouve donc un juge fort prévenu.

Mieux informé, comme aussi plus équitable envers Pascal, le philosophe de Hanovre aurait su et rappelé que si plusieurs concurrents approchèrent du prix, aucun d'eux n'y eut droit, non pas même Wallis, ni surtout le P. Lallouère, Jésuite de Toulouse. La gloire du concours demeura tout entière à celui qui l'avait ouvert, et Pascal resta le seul à fournir les solutions complètes des problèmes qu'il avait posés, en se servant du pseudonyme d'Amos Dettonville, anagramme de Louis de Montalte, autre pseudonyme, dont il av^it signé les Provinciales ^.

Ce ne fut là, d'ailleurs, à dater de 1654, dans l'existence de Pascal, qu'un incident. Car, dès cette époque (nous en avons pour garantie son propre aveu),

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