Dictionnaire historiq'ue, article cité
dégoûter Pascal des sciences qui l'avaient charmé. Ce serait oublier les traits les plus saillants de la vie de Pascal et comme tout renchalnement des diverses périodes de son existence. Effectivement, qu'on y songe! C'est en 1642 que Pascal invente la machine arithmétique, et en 1645 qu'il la livre aa public. Ébranlé par ce grand effort, dont aussi bien il ne se remettra jamais, il se relâche alors de ses travaux scientiGques, en même temps qu'un accident arrivé à son père le tourne lui même à la dévotioui C'est de 1646 à 1649 environ que dure ce qu'on a appelé sa première conversion, et c'est en 1648 que, par l'intermédiaire de Rabanis, disciple de Saint- Cyran, commencent avec Port-Royal ses rapports. Mais il s'en faut que Pascal ait dès lors absolument renoncé à la géométrie et à la physique. C'est, au contraire, vers cette époque, qu'il s'occupe le plus particulièrement de la question du vide. En 1649, son activité intellectuelle prend même un nouvel essor. Vainement les médecins l'ont engagé^, afin de raf<fermir sa santé chancelante, à laisser là toute étude et à se jeter dans les distractions du monde. Durant cette période d'apparente dissipation, Pascal continuera ses expériences du vide, perfectionnera sa machine arithmétique, inventera la brouette et le baquet, déterminera la règle des partis, et il faut arriver à Tannée 1654, pour que s'accomplisse enfin, déterminée ou non par l'aventure mal attestée du
pont de Neuilly *, sa seconde et définitive conversion. Ravi dans une espèce d'extase, pendant la nuit mémorable du 23 novembre 1654, Pascal consigne ses résolutions suprêmes sur ce morceau de parchemin, qu'on a calomnieusement appelé une amulette mystique et qu'il portera toujours cousu en double dans ses vêtements *. C'est seulement à partir de ce moment que, retiré à Port-Royal, quoiqu'il doive plus tard se défendre de lui appartenir, il rompt définitivement avec tout ce qui est profane. D'ailleurs, on le voit même alors apporter parmi les solitaires tout l'entrain de la bonne humeur. « Je ne sais, lui écrivait en janvier 1655 sa sœur Jacqueline, je ne sais comment M. de Saci s'accommode d'un pénitent si réjoui et qui prétend satisfaire aux vaineâ joies et aux divertissements du monde par des joies un peu plus raisonnables et par des jeux d'esprit plus permis, au lieu de les expier par des
1. Ni A^me Perier, ni sa fille Marguerite Perier n'ont parlé de cet événement, dont il est uniquement question dans un manuscrit des Pères de l'Oratoire de Clermont. Cf. P. Faugère, Lettres, Opuscules, etc., p. 470.
2. On regrette que le sincère et sagace M. Lélut ait prêté à cette légende de l'amulette, l'autorité de son grand savoir : V Amulette de Pascal, pour servir à Vhistoire des hallucina' tions. Paris, 1846, in-8. Il est également regrettable que l'éminent physiologiste ait accepté de piano les paroles de Pabbé Boileau {Mémoires, t. I, lettre XXIX}, affirmant « savoir d'original que Pascal croyait toujours voir un abîme à son côté gauche, et y faisait mettre une chaise pour se rassurer ». L'abbé Boileau est le seul qui ait mentionné une aussi étrange particularité.
larmes continuelles ^ » Il faut que se produise le miracle de la Sainte Épine, où Pascal croit reconnaître en faveur de son parti un témoignage décisif, et en ce qui le concerne lui-même, un encouragement ■, pour que finalement, comme perdu en Dieu, il ne songe plus, en pratiquant en ascète la religion chrétienne, qu'à en composer une apologie. Non pas que ce bouillant génie ne doive encore se mêler, comme par échappées, aux luttes ardentes de la polémique, ou se livrer de nouveau aux recherches de la science. En 1656, cet homme, que ses détracteurs, Gondorcet et Voltaire en tète, ont voulu faire passer pour fou depuis Taccident supposé de Neuilly, cet homme rédige les ProvincialeSj et, en 1658, résout les délicates difficultés de la Cycloîde ou de la Boulette, L'histoire de ce dernier travail est vraiment curieuse. Afin de se distraire d'un mal de dents qui lui 6te tout sommeil, Pascal reprend des spéculations de géométrie depuis longtemps abandonnées. Or, il conçoit, à ce propos, des théorèmes si neufs et en découvre de si élégantes démonstrations, que ses amis émerveillés le pressent de mettre au concours les problèmes de la Boulette^ que seul peutêtre, et, en tout cas, le premier, il aura eu le mérite