‹ Pascal, physicien et philosophe (volume 2)Chapitre 71 sur 89 · Les Historiettes, t. III, p. 182 et suiv · texte numérisé non relu

Les Historiettes, t. III, p. 182 et suiv

renoncer aux passions^ el devenir des dieux; les autres ont voulu renoncer à la raison, et devenir bêtes brutes. Mais ils ne Font pu ni les uns ni les autres, et la raison demeure toujours, qui accuse la bassesse et rinjustice des passions et qui trouble le repos de ceux qui s'y abandonnent ; et les passions sont toujours vivantes dans ceux qui y veulent renoncer *. »

On ne sait presque rien de Miton. Egoïste raffiné autant qu'esprit délicat, il semble avoir été assez nonchalant et assez riche pour n'exercer ni profession ni emploi, et de manières assez hautes pour aller de pair avec les plus qualifiés de son temps. Bien supérieur en effet se montre-t-il à Des Barreaux, quoique leur philosophie soit à peu près la même et que des maximes tout épicuriennes restent à tous les deux la règle invariable de leur conduite. Mais tandis que Des Barreaux vit en Épicurien vulgaire, plongé tout entier, jusqu'à s'abêtir, dans la fange des basses voluptés, Miton, plus fidèle au véritable sentiment d'Épicure, fuit les excès abrutissants, et, d'un tempérament moins emporté, cherche surtout dans le jeu, dans les plaisirs de la société ou la culture des lettres une bonne part du contentement et de la jouissance dont il fait du reste son unique objet.

C'était également la philosophie de Méré, qui dé-

1. Les Pensées de Biaise Pascal, édit. Molinier, t. I, p. 175.

clare tout net « qu'il ne songe qu'à bien vivre, ou, pour mieux dire , qu'à passer la vie agréablement * ». Ailleurs même il ne fera point difficulté de soutenir que « pour vivre heureusement, il faut avoir l'esprit d'une grande étendue et le cœur extrêmement borné ^ ». Enfin, si vous voulez prendre Méré sur le vif et le connaître dans son intérieur, écoutez-le. « Je vous dirai, écrit-il du Poitou à Miton, je vous dirai dans une grande simplicité que ma demeure et les environs sont agréables, que je me porte bien, que rien ne m'incommode, que je dors cinq à six heures de bon sommeil, que je rêve, je lis, j'écris, et que je me promène pour avoir de l'appétit, que j'ai d'excellent vin et les meilleurs fruits et les meilleures viandes qu'on puisse désirer. Mais je n'en abuse pas ; je veux dire que par une longue habitude ou par mon tempérament je m'attache trop à penser. Mandez-moi seulement si vous avez de la santé, si tout va bien chez vous, si le jeu est toujours languissant, ce que font nos amis et nos amies ' ». Méré et Miton devaient donc se convenir en perfection. Aussi Méré se plait-il à reconnaître en Miton l'étofi'e d'un honnête homme. « Depuis si longtemps que nous nous connaissons, lui écrit-il, j'ai remarqué dans plusieurs rencontres

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