Les Pensées de Biaise Pascal, édit. Molinier, t. I, p
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Aussi bien, toute argumentation devient superflue et on arrive à la pleine lumière, dès que Ton s'avise de rapprocher du pseudonyme de Louis de Modtalte, sous lequel Pascal finit par publier les Provinciales (les premières parurent avec de simples initiales), le pseudonyme de Salomon de Tultie. On s*assure en effet que ce dernier pseudonyme renferme le même nombre de lettres et les mêmes lettres que le premier.
Louis de Montai t e 3.4.11.14.1. 8.9. 5.6.7.10.2.12.13.15.
Salomon de Tu 1 t i e 4. 2. 3. 4. 5à 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15.
De toute évidence, l'un de ces deux pseudonymes est Tanagramme de Tautre. Dira-t-on que c'est peut-être Louis de Montalte qui a été calqué sur Salomon de Tultie? Mais, à ce compte, il faudrait intervertir Tordre des temps, et admettre, contre toute certitude, que la date des Provinciales est postérieure à celle où Pascal entreprit d'élever, en rhonneur de la religion chrétienne, un monument dont il put à peine préparer les matériaux. M. Bénard l'a établi d'une manière péremptoire : le pseudonyme de Salomon de Tultie est l'anagramme de Louis de Montalte, et ce nouveau pseudonyme, comme le premier, ne peut s'appliquer qu'à Pascal. Carj encore un coup, quel serait l'auteur que Pascal
aurait voulu désigner de la sorte, et par quelle nécessité, ou plutôt par quel étrange caprice lui aurait-il imposé l'anagramme de son propre pseudonyme? Il y a plus : cette pensée que Pascal attribue à Salomon de Tultie, il a commencé par renoncer pour ainsi dire, en son propre nom, et, prise en elle-même, cette pensée n'offre rien qui démente une pareille origine. D'ailleurs, remarquons-le : dans les Pensées, Pascal s'était déjà cité une première fois et sous un premier pseudonyme. c( Montalte. Les opinions relâchées plaisent tant aux hommes, qu'il est étrange que les leurs (celles des Jésuites) déplaisent, etc. » Gomment s'étonner, après cela, que, dans les Pensées^ Pascal se soit cité une fois de plus, sous un nouveau pseudonyme, anagramme du premier? Et alors même qu'il eût toute raison de se persuader que la postérité le mettrait de pair avec Épictète et Montaigne, n'y avait-il pas quelque bienséance à ne point inscrire de sa main et en toutes lettres, à côté de noms aussi illustres, son véritable nom? Évidemment, de Louis de Montalte Pascal a tiré par anagramme Salomon de Tultie, comme de Louis de Montalte il avait déjà tiré par anagramme, le pseudonyme d'Amos Dettonville *, dont il convint avec Garcavi, à l'occasion
1. Dans Amos Dettouville, Vu de Louis de Montalte devient un v.
du concours qu'il ouvrit sur les problèmes de la Roulette.
D'un autre côté, M. Bénard Ta fort bien démêlé. Tous ces pseudonymes, Amos Dettonville, Salomon de Tultie, Louis de Montalte, ont pour racine un premier nom fictif, que crut devoir prendre Pascal, lorsqu'à la veUle de publier les Provinciales^ il se réfugia dans une petite auberge de la me des Poirées, à l'enseigne du Roi Damd^ derrière la Sorbonne, vis-à-vis le collège de Ciermont, c*est-à-dire vis-à-vis l'établissement même des Jésuites \ qu'il allait harceler de ses clandestines attaques. On sait effectivement qu'en entrant dans cet obscur asile, il s'y fit appeler M. de Mons.
« M. de Mons, encore Montalte ! » s'écrie M. Sainte- Beuve *, et le récent historien de Port-Royal parait croire, mais sans chercher à justifier son affirmation, que c'est là un premier pseudonyme de fantaisie, d'où, par addition ou anagramme, Pascal a dérivé tous ses autres noms supposés.
M. Bénard a insisté davantage. Tout en voyant, comme M. Sainte-Beuve, dans cette dénomination de M. de Mons un pseudonyme, il a essayé de s'en rendre compte. « N'était-ce pas, dit-il, chez Pascal
1. Plus tard le Collège, ac^ourd'iiui le Lycée Louis-le- Grand. Quant à la rae des Poirées, elle a pris et porte actuellement le nom de rue des Ck>rdiers.