‹ Pascal, physicien et philosopheChapitre 16 sur 49 · Faugère, Pensées, etc., t. II, p · texte numérisé non relu

Faugère, Pensées, etc., t. II, p

lui-même; où est, dans l'expression, la différence essentielle que l'on puisse signaler? Il est vrai qu'en tête de ce morceau et à la date du 23 novembre 1654 se lit cette mention, qui, au premier aspect, peut paraître étrange : « depuis environ dix heures et demie du soir jusqu'à environ minuit et demi, Feu. » Mais qui ne comprend tout de suite de quel feu il s'agit? « Esprit saint , Esprit pacifique , s'écriait Bossuet dans son Sermon pour la profession de foi de Mlle de Lavallière^ je vous ai préparé les voies en prêchant votre parole. Ma voix a été semblable peut-être à ce bruit impétueux qui a prévenu votre descente; descendez maintenant, ô feu invisible; et que ces discours enflammés que vous ferez au dedans des cœurs, les remplissent d'une ardeur céleste ! Faites-leur goûter la vie éternelle qui consiste à connaître et à aimer Dieu : donnez-leur un essai de la vision, dans la foi; un avant-goût de la possession, dans l'espérance; une goutte de ce torrent de délices qui enivre les bienheureux, dans les transports célestes de l'amour divin. » Et Bossuet lui-même, s'exprimant ainsi, que faisait-il autre chose que commenter ces paroles de saint Mathieu : « C'est lui qui vous baptisera dans l'Esprit saint et dans le feu ^ » Le feu invisible et divin, voilà donc le feu qui, dans la nuit

i. Évang.y III, XI.

du 23 novembre 1654, illumina Pascal. C'était, à certains égards, ce même feu qui illuminait Descartes durant cette journée du 10 novembre 1619, qu'il notait en marge de ses Olympique?, : « X novembris 1619, cum plenus forem enthusiauno et mirabilis scientids fundamenta reperirem; le 10 novembre 1619, alors que je me sentais plein d'enthousiasme et que je découvrais les fondements de la science admirable ^ » Mais tandis que chez Descartes cet enthousiasme, tout en le pénétrant jusqu'au plus profond de son être, se traduit par des élans qui ne l'élèvent qu'aux conceptions de la science; chez Pascal, c'est vraiment l'Esprit saint, l'Esprit pacifique qui descend en lui pour inonder de clarté et de paix son cœur contrit et humilié, cor contritum et humiliatum. « C omminutum cor. Saint Paul. Voilà, écrivait l'auteur des Pensées^ le caractère chrétien -. »

C'est là néanmoins ce qu'on n'a pas craint d'appeler la vision, l'hallucination de Pascal, irritation cérébrale, précédée ou suivie d'une névrose, que de longue date aurait préparée l'état épileptique ou cataleptique de sa toute première enfance ^ ; que

1. Foucher de Careil, Œuvres inédites de Descartes, Paris, 1859, in-8°. Préface, ij.

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