Id., ibid
5. Questions de littérature légale, du plagiat, etc. Paris, 1828, in-S», p. 41 et suiv.
6. Pensées, Essais et Maximes, Paris, 1849, 2 vol. in-S", t. II, p. 16o.
84 DKFENSE DE PASCAL
Nous n'avons point, quant à nous, à nous en dédire. De même que c'est du Pugio fidei contra Mauros et Judœos par un- moine catalan du xiii" siècle, Raymond Martin, que Pascal a tiré, en grande partie, son argumentation théologique contre les athées, c'est aux Essais surtout qu'il nous paraît avoir emprunté non seulement l'érudition historique et philosophique des Petisées, ce qu'on pourrait appeler farrago iibelH, mais encore nombre de vues originales et de traits acérés. En un mot, il a pratiqué Montaigne à peu près comme Montaigne lui-même avait pratiqué Plutarque, et Montaigne certainement lui a plus servi qu'Épictète. Aussi persistonsnous à croire que, pour devoir tant à Montaigne, il a manqué envers Montaigne de reconnaissance. Nous irons jusqu'à avancer que, par préoccupation, il ne l'a peut-être pas toujours assez compris. Manifestement Pascal n'envisage pas la mort avec le flegme tout païen de Montaigne et ce n'est pas lui qui eût écrit : « Il m'advient souvent d'imaginer avec quelque plaisir les dangers mortels, et les attendre; je me plonge, la tête baissée, stupidement dans la mort, sans la considérer et reconnaître, comme dans une profondeur muette et obscure qui m'engloutit d'un saut, et m'étoufTe en un instant d'un puissant sommeil, plein d'insipidité et indolence. Et en ces morts courtes et violentes, la conséquence que j'en prévois me donne plus de
consolation, que l'effet, de trouble *. » Toutefois, lorsque Pascal reproche à Montaigne « de ne penser qu'à mourir lâchement et mollement par tout son livre ^ », a-t-il considéré notamment que c'est du moins la pensée de la mort qui reste, de l'aveu même et de l'aveu réitéré de Montaigne, la pensée dominante des Essais? « Il n'est rien, écrivait Montaigne, de quoi je me sois, dès toujours, plus entretenu que des imaginations de la mort ^. »
Quoi qu'il en soit et malgré les différences extrêmes qui distinguent leurs génies, l'un si plein de lui-même et qui avec tant d'inaltérable contentement se mire jusque dans ses vilenies et ses défauts, l'autre si pénétré des misères du moi qu'il voudrait s'abîmer en Dieu afin d'y puiser une vie toute nouvelle, Montaigne et Pascal ne se trouventils pas du moins réunis dans un commun scepticisme?
C'est l'infirmité de la langue philosophique, que par des équivoques perpétuelles elle engendre d'interminables discussions. Doute méthodique, doute académique ou probabilisme, pyrrhonisme ou nihilisme, incrédulité ou, comme on parlait au xvii^ siècle, libertinage, tout cela, en dépit des distinctions