‹ Pascal, physicien et philosophe. Par NourrisonChapitre 49 sur 102 · Crookes, Revue scientifique, t. XVII, n · texte numérisé non relu

Crookes, Revue scientifique, t. XVII, n

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Aussi bien, qu'est-ce donc, en dernière analysé, pour Pascal que le vide *? Car, après tout, il le faut définir, et Pascal le définit dans sa lettre à Le Pailleur.

« L'espace vide tient le milieu entre la matière et le néant; il diffère du néant par ses dimensions; son irrésistance et son immobilité le distinguent de la matière : tellement qu'il se maintient entre ces deux extrêmes, sans se confondre avec aucun des deux. — Il est vrai que l'espace n'est ni corps, ni esprit, mais il est espace; ainsi le temps n'est ni corps, ni esprit, mais il est temps, et comme le temps ne laisse pas d'être, quoiqu'il ne soit aucune de ces choses, ainsi l'espace peut bien être, sans être pour cela ni corps, ni esprit -. »

1. Cf. Les Peyisées, etc., édit. Molinier, t. I, p. 81. « Parce, dit-on, que vous avez cru dès l'enfance qu'un colTre était vide lorsque vous n'y voyez rieu, vous avez cru le vide possible. C'est une illusion de vos sens, fortifiée par la coutume, qu'il faut que la science corrige. Et les autres disent : Parce qu'où vous a dit dans l'École, qu'il n'y a point de vide, on a corrompu votre sens commua, qui le comprenait si nettement avant cette mauvaise impression, qu'il faut corriger en recourant à votre première nature. Qui a donc trompé, les sens ou l'instruction '? »

2. Bossut, Œuvres de li. Pascal, t. IV, p. loo et sulv. Déjà, dans sa réponse au P. Noël, Pascal avait écrit : « La diirérence essentielle qui se trouve entre l'espace vide et le corps, qui a longueur, largeur et profondeur, est que l'un est immobile et l'autre mobile... d'où l'on peut voir qu'il y a autant de difTcrence entre le néant et l'espace vide, qu'eutre l'espace vide et le corps matériel ; et qu'ainsi l'espace vide tient le milieu entre la matière et le néant. » Serait-ce

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Voilà quelles sont les définitions que donne Pascal du temps et de l'espace. De cette façon, afin de justifier une abstraction qu'il réalise, l'abstraction de l'espace ou du vide, Pascal réalise une autre abstraction, l'abstraction du temps. « Cette proposition qu'un espace est vide, prenant le vide pour une privation de tout corps, écrivait le P. Noël, non seulement répugne au sens commun, mais de plus se contredit manifestement; elle dit que ce vide est espace et ne l'est pas, ou présuppose qull est espace; or, s'il est espace, il n'est pas ce vide qui est privation de tout corps, puisque tout espace est nécessairement corps; qui entend ce qui est corps comme corps, entend un composé de parties les unes hors des autres... et ces différences ne s'attachent point au vide, pris pour une privation de tout corps, et par conséquent pour un néant dont Aristote parle quand il dit : Non entis non sunt dlfferentix *. »

A notre tour, nous le demanderons à Pascal : qu'est-ce que l'espace ou le vide, sans quelque être qui soit étendu? Et qu'est-ce que le temps, sans quelque être qui dure? Newton et Clarke, d'un côté, et, d'un autre côté, Leibniz, qui sont entrés à propos de la nature du temps et de l'espace en de si savantes

donc dans ses entretiens avec le Chevalier de Méré que Pascal aurait puisé cette étrange doctrine? Voyez plus loin : Pascal et le Chevalier de Méré.

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