X PRÉFACE
veutions, sachons garderie respect de riiistoire. En philosophie de même qu'en théologie, les Jésuites ont constamment défendu le libre arbitre humain. Qui l'ignore? D'autre part, comment ne point être rempli d'étonnement, à envisager quels sont parfois les rigoristes et les censeurs qui reprochent aux Jésuites, pour parler avec Bossuet, « une malheureuse et inhumaine complaisance, une pitié meurtrière, qui leur a fait porter des coussins sous les coudes des pécheurs, chercher des couvertures à leurs passions *? » Oui, évidemment, ce n'était point tant le scandale de leur morale dite relâchée que rinfluence ouverte ou occulte dont ils disposaient, qui suscitait et devait entretenir contre les Jésuites d'implacables hostilités ou d'insurmontables aversions. Organisée par un soldat, et par un soldat Espagnol, afin de repousser les assauts du Luthéranisme; assez semblable, comme le remarquait Diderot -, à un ordre de
i. Oraison fioièhre ih' A'irolfi.s Cornet.
2. (t-Aivrrs complètes, édit. Assi'zat--- Paris, 1875-71, 20 vol. in-8. T. II, p. 42'» et siiiv. « Le fondateur des Jésuites était un militaire. Leur institution fut militaire; le Christ fut le chef de la troupe, le général eu fut le colonel; le reste fut ou capitaine, ou lieutenant, ou sergent, ou soldat. Cela fait
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chevalerie, ou plutôt, par son exacte discipline, comparable à un régiment, l'obéissance absolue que la Société de Jésus exigeait de chacun de ses membres, son prosélytisme ardent, et, au milieu de son immense diffusion, sa cohésion inébranlable, en un mot sa constitution et son action ne pouvaient manquer de la rendre promptement incommode ou même formidable non seulement aux souverains, mais encore aux particuhers *. « Vous ployez sous les plus puissants que vous, disait Pascal aux Jésuites, et vous opprimez de tout votre petit crédit ceux qui ont moins d'intrigue que vous dans le monde -. » Et bien des années après : « J'ai peur des Jésuites, écrivait de son côté
rire, mais cela n'est pas moins vrai. C'était un véritable ordre de chevalerie. Et quels étaient les ennemis qu'ils avaient à combattre? le diable ou l'incrédulité, le vice et l'ignorance, etc. •>
1. Cf. Comte de Saint-Priest, Histoire delà chute des Jésuites au XIIII- Siècle, Paris, 1846, in-i2: - Comte de Moutlosier
3/emoireàcon5w/;er,etc.o=édit.,Paris,1826,in-8;-Tabaraud Essai historique et critique sur l'état des Jésuites en France, Paris, 1828, iu-8. Voyez d'autre part : Crétineau-Joly, Histoire •religieuse, politique et littéraire de la Compaqnie de Jésus Pans, 1844-1846, 6 vol. in-8; - le P. de Ravignan, De l'existence et de l'Institut des Jésuites, 7» édit. Paris, 183.3 in-12
2. Les Pensées de Biaise Pascal, texte revu sur le manuscrit autographe avec une préface et des notes, par Auguste Molinier, Paris, 1877-79, 2 v. in-12. t. II. p. 103