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diversement, selon les temps ou son humeur, sous le nom de Mme de Maintenon, de Mme Scarron, ou de la jeune Indienne. L'importance de la personne justifiera sans doute cette digression, et, aussi bien, à connaître dans le détail les relations de Méré, on connaîtra mieux aussi ce que fut Méré lui-même. Or, c'est ce qu'en général on ignore, à ce point qu'un récent éditeur des Pensées n'hésite point à appeler Méré ^ un des meilleurs mathématiciens du temps * ".
Apparentée aux familles les plus qualifiées de la Saintonge et du Poitou et petite-fille de Théodore- Agrippa d'Aubigné, lequel se fit encore plus connaître par ses écrits que par sa turbulente influence dans le parti protestant, Françoise d'Aubigné avait eu pour père Constant d'Aubigné. Celui-ci, enfermé pour crime d'Etat, à Bordeaux, au Château-Trompette, y avait épousé en 1627 Jeanne de Cardilhac, fille de Pierre de Cardilhac, gouverneur de cette forteresse. C'était le second mariage de Constant qui, dans un accès de jalousie, avait tué sa première femme, Anne Marchant. Constant d'Aubigné ne devait d'ailleurs quitter le Château-Trompette que pour y être promptement renfermé de nouveau, et se voir ensuite, grâce aux sollicitations de Jeanne qui l'y avait suivi, transféré dans la prison du châ-
l.Molinier, Les Pensées de Biaise Pascal, 1. 1, préface, p. xiv.
teau de Niort '. Ce fut là qu'en 1635 naquit Françoise d'Aubigné. — Elle avait dix ans, lorsque son père, rendu enfin à la liberté, demanda et obtint d'être envoyé à la Martinique, afin d'y occuper un emploi de la Compagnie des îles d'Amérique. 11 y emmenait toute sa famille, et ne tardait guère à y terminer une vie de désordres et d'aventures.
Revenue en France en 1647, Françoise était remise par sa mère à une de ses tantes, Mme de Villette, qui déjà l'avait recueillie tout enfant dans son château de Mursay près de Niort. Elle avait été baptisée comme catholique. Mme de Villette, calviniste ardente, tout en lui prodiguant mille soins, ne l'en élevait pas moins dans la religion réformée. Sur une dénonciation, un ordre de la Cour intervint, qui obligea Jeanne de Cardilhac à confier sa fille à une parente catholique, Mme de Neuillant. Celle-ci qui habitait tour à tour le Poitou et Paris, ne montra que dureté envers sa pupille. « Je n'avais dans la maison que des sabots, racontait plus tard Mme de Maintenon, et passais une partie du jour à garder les dindons. » Bientôt même Françoise était confinée aux Ursulines de Niort, et finalement rendue à sa mère qui, misérablement installée à Paris, la
1. On montre encore aujourd'hui dans la partie du château appelée le donjon, la Chambre de M. d'Aubigné, vaste pièce, dont l'unique fenêtre, garnie de gros barreaux de for, s'ouvre sur un paysage dont le riant aspect devait rendre, ce semble, plus sensibles les rigueurs de la captivité.
fit recevoir par charité aux Ursulines de la rue Saint-Jacques. Là, après d'énergiques résistances et maintes controverses, elle finit par abjurer. Elle ne sortait bientôt de cet asile, momentanément ouvert à sa pauvreté, que pour venir partager, rue des Tournelles, la petite chambre où sa mère vivait du travail de ses mains et d'une chétive pension de deux cents livres. Mme de Neuillant, à laquelle il avait bien fallu revenir, les avait présentées l'une et l'autre à une célébrité du voisinage, chez qui se donnaient rendez-vous, « ce qu'il y avait de plus poli à la Cour et tous les beaux-esprits de Paris *. » C'était Scarron, le poète et cul-de-jatte Scarron, dont la médiocre fortune et les infirmités précoces n'étaient point parvenues à altérer la joyeuse humeur. Habitué à la société des Goulanges, des d'Albret, des Saint- Évremond, des Sévigné, des Scudéri, des Ninon, Scarron se plaisait à entendre Mme d'Aubigné et sa fille parler de la Martinique , où il avait conçu l'étrange dessein d'aller s'établir, dans l'espoir d'y refaire sa santé. Mais d'autres et plus puissants motifs l'attachèrent bientôt aux nobles indigentes qu'il avait accueillies. Belle, remplie d'agréments, avec cette sûreté d'esprit qui déjà étonnait, et presque sous des haillons avec un port de reine, la vue de Françoise d'Aubigné n'avait pas laissé que de remuer