‹ Pascal; sa vie et son caractère, ses écrits et son génie (volume 2)Chapitre 22 sur 54 · PROLÉGOMÈNES DE PASCAL · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES DE PASCAL

Par où commençait Pascal avec son incrédule? Tue page intéressante de M'"" Perier va nous l"ap-

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prendre et en même temps nous initier au secret de sa méthode d'apologie chrétienne ' .

Il cherchait d'abord à se mettre à la portée de tous, à intéresser l'homme à la recherche de la vérité religieuse, soit en lui faisant sentir en luimême les principes du christianisme, soit en lui monlrant que la religion était de tous points le parti le plus raisonnable par la paix de la vertu qu'elle nous procure dès ce monde et par ses espérances immortelles. Cependant il ne croyait pas que ces idées pussent faire impression sur l'indifférence et l'ignorance volontaires, car il établissait ces deux points, que Dieu se découvre à ceux qui le cherchent et qu'il se cache à ceux qui le négligent. Aussi il ne commençait jamais par la dispute ni par poser ses principes. Mais il sondait le cœur de ceux qui conféraient avec lui, interrogeait leurs dispositions et leur désir de connaître la vérité. Etaient-ils sincères, il leur servait de guide charitable et les conduisait à la lumière de la foi. Mais s'ils étaient indifférents ou incrédules volontaires, il les disposait d'abord à goûter la vérité, en détruisant leurs préventions, en effrayant leur fausse sécurité, en secouant

' tlelte page ne se trouve pas dans le texte aucienuenieut publié de la f le de Pascal. Elle a été conservée par Besoigue, llhtolre de rjbbaye de Port-Royal, t. IV, p. 469. — Voir Lettres, Opusc, etc., p. 51 .

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leur torpeur par le mobile de l'intérêt et de la crainte.

Cette page nous aide à comprendre le plan dcî Pascal. C'est là toute sa préface et ce qu'il appelle la règle des partis. Nous devons avoir pleine confiance dans le récit de M"" Perier, car dans le fragment dont nous venons d'analyser un passage , elle prouve combien elle connaissait la pensée intime de son frère. Toutes les paroles qu'elle assure être de lui, se trouvent textuellement dans l'autographe ou dans les copies.

Ouvrons, en effet, la préface générale de l'Apologétique; qu'y lisons-nous? On ne saurait, dit Pascal, pour légitimer son indifférence ou son incrédulité, prétexter l'obscurité de la religion, puisqu'elle établit précisément ces deux points, que Dieu se révèle à ceux qui le cherchent, et qu'il se voile à ceux qui ne le cherchent pas de tout leur cœur. Or, l'avez vous cherché sérieusement, partout, dans les livres et parmi les hommes? Et pourtant, notre intérêt nous y pousse. L'immortalité de l'àme est une chose qui nous importe bien fort, puisqu'elle doit fixer la direction de la vie. La négligence en une affaire où il s'agit de nous-mêmes, de notre éternité, de notre tout, irrite plus qu'elle n'attendrit ; elle étonne, elle épouvante ; c'est une extravagance , une monstruosité. Qui pourrait l'expliquer? Sans avoir

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l'àme élevée, ne \oyons-iious pas que la terre est triste, nos maux iiilinis ; que la mort va nous mettre en peu d'années dans Thorrible nécessité d'être éternellement anéantis ou malheureux ; qu'entre lenfer et le ciel il n'y a que la vie entre deux, qui est la chose du monde la plus fragile? Rien de plus réel, rien de plus terrible. Faisons tant que nous voudrons les braves, voilà la iin qui attend la plus belle vie du monde.

Après avoir ainsi remué la fibre de l'intérêt, Pascal épouvantait par de grandes images. «Qu'on » s'imagine un nombre d'hommes dans les chaî- » nés, et tous condamnés à la mort, dont les uns » étiinl chaque jour égorgés à la vue des autres, » ceux qui restent voient leur propre condition » dans celle de leurs semblables, et se regardant » les uns les autres avec douleur et sans espérance, » attendent leur tour : c'est l'image de la condi- » lion des hommes. » Cette heure de terrible attente, l'emploierons-nous à faire lever notre arrêt de mort ou k jouer au piquet ?

Pascal faisait honte ensuite à l'incrédule par la traduction à la fois éloquente et ironique de ses faibles raisonnements. 11 se moquait de ces gens qui s'imaginent que les belles manières du monde consistent à faire ainsi l'emporté; qu'il est de bon ton de secouer le joug et de faire le J)rave. Et alors il reprenait de sa grande voix ;

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« Rien n'est plus lâche que défaire le brave contre Dieu. Il n'y a pas de courage à un homme mourant d'aller, dans la faiblesse et dans l'agonie, affronter un Dieu tout -puissant et éternel '. »

Puis il s'attendrissait, plein de commisération pour ceux qui gémissent dans leurs doutes et n'épargnent rien pour en sortir, pris au coîur d'une charitable pitié pour ceux mêmes qui ne songent pas à dépouiller leur folie. Comment ne pas plaindre les incrédules : ne sont-ils pas assez malheureux? Pourquoi les injurier? cela ne leur sert pas, mais leur nuit. D'ailleurs songeons à nous-mêmes : peut-être tomberons-nous dans leur aveuglement , et alors que voudrions-nous qu'on fît pour nous ^ ?

Et déjà Pascal laissait entrevoir ses grandes preuves. De l'aveuglement des hommes, de leur insensibilité et de leur indifférence, il faisait un premier argument. Que l'homme si sensible aux vanités humaines, à la perte des biens et de l'honneur, oublie et néglige à ce point son ànic et son éternité, il y a là quelque chose de surna-

' Doinat, l'ami de Pascal, a dit de même : « Quelle satisfaction peut-on avoir de ne voir que des misères sans ressources ? Quel sujet de vanité de se trouver dans des obscurités impénétrables ! » (Voir Pensées, etc., t, II, p. 413.)

2 Pensées, etc., t. II, p. 5-24, et p. 387.

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lurel, une preuve de ce premier et grand enseignement de la fui, que sa nature est dans la corruption.

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