CHAP. III. — PASCAL PHILOSOPHE ET APOLOGISTE
homme leurs idées et leurs passions, et ont fait répéter à sa voix si riche et si étendue, non ses pensées , mais leur pensée. C'est ainsi surcharge et grossi de toutes les matières étrangères, paillettes d'or ou limon, qu'il a ramassées dans son cours, que le livre de Pascal nous est parvenu. Que faire donc pour en avoir la signification réelle ? Remonter avec lui les âges, reconnaître à la nature des terrains qu'il a parcourus les éléments hétérogènes qui s'y sont mêlés, les en détacher pour lui rendre sa pureté native : en un mot, raconter son histoire.
Quand nous n'aurons plus devant nous que Pascal et son livre, nous lui demanderons avec plus de confiance de nous livrer ses pensées sur la philosophie et la religion. Même alors peutêtre nous ne l'entendrons pas toujours ; ses réponses nous paraîtront quelquefois obscures et contradictoires. Mais nous serons surs au moins que obscurité et contradictions tiennent à la nature de son génie et de son œuvre, et non plus à la confusion et au choc de voix étrangères.