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18 JI« l'AHTlK. — ÉCniTS Kl GÉMK.
très-obligeamment à lui faire l'amitié de le venir voir K
On voit par là que de difficultés rencontrait la publication des Pensées du càié des approbateurs. Chacun d'eux se crut obligé de fournir son contingent d'observations, de changements de toute nature. Autrement quel eût été leur rôle? tout passif et inutile : ils ne pouvaient évidemment s'y condamner ; c'eût été au-dessous de leur dignité et de leur mérite. Nous lisons dans une lettre de Choiseuil, évêque de Comminges (un des fidèles pourtant), adressée à Etienne Perierle 21 janvier 1670 : « Je ne mérite aucun remer- » ciment de l'approbation que j'ai donnée aux » Pensées de M. Pascal, mais je vous en dois » beaucoup de l'honneur que vous m'avez fait » de vouloir que mon nom parût dans cet excel- » lent ouvrage. Pour les endroits. Monsieur, «wr » lesquels j'ai proposé des doutes, j'ai sujet de me n louer de la bonté de ceux qui ont pris soin de » l'impression, et ils ont bien voulu avoir assez de » condescendance pour faire les chamjements qui » m'ont paru nécessaires. Je vous supplie d'excu- » ser en cela ma faiblesse, et d'être perstuidé que » je n'ai pas eu la présomption de croire que mon » sentiment dût prévaloir ; mais j'ai pensé devant
• Recueil d'IJtrecht, p. Zb%—Z^Q\ Pensées, Frag., etc., t. 1, p. 309 et suiv.
» Dieu être oblige de l'exposer sincèrement '. » Sur quoi portaient les changements proposés par Choiseuil? Non pas sans doute sur les passages sentant un peu leur Jansénisme. Mais un autre, d'opinion contraire, porta à son tour la main sur ces derniers, et on s'étonne comment, après que tant de doigts y eurent successivement passé et repassé, le tableau ait pu garder encore des traces si vives de son premier dessin et de ses riches couleurs.
Car croyons bien que tous les approbateurs agirent comme l'évêque de Comminges. Nous en avons la preuve dans une lettre d'Arnauld du 8 novembre 1669, écrite, par conséquent, une année tout entière après le commencement du premier travail de révision. A cette époque encore, on trouvait des obstacles insurmontables partis de tous côtés : Tantœ molis erat...! La lettre est adressée à Perier le père. Arnauld y parle de difficultés soulevées par Le Camus et d'autres sans doute, car il ajoute : « J'espère que » tout s'ajustera, et que, hors quelques endroits )) qu'il sera assurément bon de changer, on les » fera convenir de laisser les autres comme ils » sont. » Et voici Arnauld qui se range lui-même du parti des correcteurs : « Souffrez, Monsieur,
* Recueil, p. 862 ; Pensées, 1. 1, p. 390.
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» que je -vous dise qu'il ne faut pas être si dii'fi- » cilc, ni si religieux à laisser un ouvrage comme » il est sorti des mains de l'auteur, quand on le » veut exposer à la censure publique. On ne sau- » rait être trop exact quand on a affaire à des en- » nemis d'aussi méchante humeur que les nôtres. » Il est bien plus à propos de prévenir les chica- » neriespar quelque petit changement, qui ne fait » qu'adoucir une expression, que de se réduire » à la nécessité de faire des apologies. » — .Et il apporte en exemple ce qui s'était passé pour un ouvrage deSaint-Cyran. — « Les amis, dit-il en- » core, sont moins propres à faire ces sortes » d'examen que les personnes indifférentes, parce » que l'affection qu'ils ont pour un ouvrage les » rend plus indulgents sans qu'ils le pensent, et » moins clairvoyants. Ainsi, Monsieur, il ne faut » pas vous étonner, si ayant laissé passer de cer- » taines choses sans en être choqués, nous trou- » vous maintenant qu'on les doit changer, en y » faisant plus d'attention après que d'autres les » ont remarquées. Par exemple, etc. »... Et il ci le une Pensée de Pascal relative à la justice, que nous examinerons nous-même, et la discute fort longuement d'après S. Augustin K
* Voir la lettre d'Arnauld, Recueil, p. 355; Pensées, t. I, p. 403.
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Les conv^cteurs se succédant les uns aux autres, c'était une filiation continue et sans fin de suppressions et de changements. Mais il serait injuste, la chose est claire maintenant, de rejeter toute la faute sur le compte des amis de Pascal. Les approbateurs et censeurs en revendiquent la meilleure partie. Pour être juste envers tous cependant, voyons quel fut le rôle des éditeurs. Nous les connaissons tous : c'étaient Arnauld, Nicole, Tréville, Du Bois, La Chaise, Brienne, et surtout le duc deRoannez qui, dit le Recueil d'Utrecht ^ eut le plus départ à ce travail. Etienne Perier était l'intermédiaire entre ceux-ci et la famille de Pascal, en particulier sa mère. Quelques-uns de ces hommes, comme Tréville, Du Bois, La Chaise, assistaient au conseil. Mais s'ils y avaient voix déhbérative, leur avis, selon nous, devait rarement prévaloir. Cependant La Chaise composa pour le livre une préface qui fut rejetée par des motifs que nous dirons, et Brienne le cite, ainsi que Du Bois, comme auteur d'objections qui ne furent pas dédaignées. Mais l'autorité de Brienne n'est pas grande dans cette affaire, et il est probable que, blâme ou louange, on doit les décharger à peu près de toute responsabilité. Quant à ce fou de Brienne lui-môme, quelques
écrivains de nos jours, M. Cousin en particulier, ont fait peser sur lui presque tout le poids des accusations adressées aux premiers éditeurs, sans doute pour épargner Arnauld et Nicole. Nous ne saurions croire qu'il ait eu grande part au travail de révision. On ne s'appuie que sur son témoignage, contenu dans des lettres curieuses que nous a conservées de lui le père Guerrier '. Mais évidemment Brienne se vante et se donne une importance qui ne lui a jamais appartenu. Sans s'en douter, il le fait entendre lui-même. Ecoulons-le parlant à M'"" Perier : « M. votre fils » a travaillé tout le jour céans pour mettre enfin » la dernière main aux fragments de votre il- » lustre et bien heureux frère, après qu'ils ont » subi tous les examens de M. Roannez, ce qui » n'est pas peu de chose... M. de Roannez est » très-content, et assurément l'on peut dire que » lui et ses amis ont extrêmement travaillé. Je » crois que vous l'en devez remercier ^. » Il ne
* Voir ces lettres, Pensées, Fragments, etc., t. I, p. 390- 399. Klles sont de la iiu de 16G8. Brienne avait alors 34 ans. îl venait d'abandonner les fonctions de secrétaire d'État qu'il avait héritées de son père, pour se retirer à l'Oratoire, dont il fut chassé au commencement de 1670, à cause de sa mauvaise conduite.
^ Nous coupons et modifions un peu des phrases interminables, tout alourdies d'incidents, qui présentent dans leur forme pénible une image assez fidèle de la torture à laqueWe
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parle pas de lui dans ce passage, ce qu'il eût fait infailliblement s'il eût siégé, môme à la dernière place, parmi les correcteurs, tant il y avait de forfanterie ridicule chez cet homme. Il est vrai qu'il ajoute : « Nous allons encore faire une revue, » M. votre très-cher fils et moi, après laquelle il n n'y aura plus rien à refaire. » Cette revue devait avoir pour but d'examiner si l'on ne pouvait rien restituer des fragments qu'avait retranchés Roannez. Nous le répétons, Brienne exagère ici son importance, et certainement les autres amis de Pascal, Roannez surtout, ne l'eussent pas laissé faire. Vraie mouche du coche, il voulait persuader qu'il poussait beaucoup la publication ; tantôt il volait du côté des amis, tantôt du côté d'Etienne Perier et de sa mère : somme toute, il se donnait beaucoup de mouvement et ne faisait rien. Il dit ailleurs : « Je me charge des appro- » bâtions et de tout le reste ; que ne ferais-je » point pour des amis tels que vous? » Et dans un second post-scriptum (il n'en finit pas plus que les éditeurs : post-scriptum de post-scriptura comme correction de correction) : (( Je ne ferai » point commencer à imprimer, quoique la chose » presse extrêmement. » L'impression dépendait
on soumit l'œuvre de Pascal. « On voit, dit M. Sainte-Beuve, toute la filière par où l'édition a dû passer. » (T. III, p. 29.5,
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donc de lui? Qui le croira? Il suivrait au moins de ces paroles qu'on lui avait confié tous les détails matériels de l'édition, et cependant nous savons par la relation de Desprez que celui-ci avait été chargé par Etienne Perier du soin des approbations, et qu'il en avait été le solliciteur auprès des prélats et des docteurs.
Pour nous, Brienne n'est que le journaliste dift'us et emphatique de l'œuvre des amis de Pascal , l'écho qui nous répète ce qui se disait à Paris et à Clermont comme il l'était dès-lors entre les éditeurs et la famille Perier, tout au plus l'avocat bavard des correcteurs qu'il se bornait à excuser et à défendre auprès de la sœur de Pascal. Pour s'en convaincre, il suffit de lire attentivement ses lettres. Nous l'avons vu déjà, et les passages que nous en citerons encore le démontreront outre mesure.
Restent donc Arnauld, Nicole et Roannez. Eux seuls sont responsables, car eux seuls ont tout fait. Ces hommes avaient-ils les qualités que nous semble réclamer le rôle d'éditeurs de Pascal? Non, quand môme ils n'auraient pas été gênés par la censure et les circonstances. En général, les Port-Royalistes, esprits lucides, exacts, mais froids, étaient incapables, nous ne disons pas de goûter, mais de bien comprendre la pensée et le style d'un homme qu'il faut juger par le cœur
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plus que par rintelligeiico, à l'étude duquel il faut appliquer non pas une faculté de l'àme, mais l'àmc tout entière. A chaque instant ils devaient être effrayés devant ces jets de flamme, comme à l'aspect de la lave d'un volcan. Nous savons la peur que Pascal fit au pauvre Singlin, et Sacy, quoique plus distingué par l'esprit et la science, n'entra qu'en tremblant en conversation avec lui, et après s'être enveloppé dans S. Augustin comme dans une armure. « Les lumières saintes qu'il » trouvait dans l'Ecriture et dans les Pères lui » firent espérer, dit Fontaine, qu'il ne serait » point ébloui de tout le brillant de M. Pascal. » Et, en effet, S. Augustin était là à ses côtés comme un ange gardien et protecteur pour le défendre contre les fascinations de ce démon séduisant. Sans doute Arnauld, Nicole et Roannez, Roannez surtout l'ami du cœur, ne tremblèrent jamais ainsi devant Pascal. Mais, à part les différences de caractère, l'humeur batailleuse, par exemple, chez Arnauld, ils étaient imbus, en matière philosophique et littéraire, de l'esprit de Sacy, le grand directeur. Nicole en particulier ne nous paraît guère différer du maître qu'il reproduit assez fidèlement avec son caractère calme, méticuleux et timide. Aussi nous croyons que Port- Royal, les premières craintes passées, l'humilité et les vertus chrétiennes voilant l'éclat trop vif.
se familiarisa bien avec la personne de Pascal, mais jamais avec son génie, sa parole magnifique, les éclairs de son imagination. On goûta et on applaudit les Provinciales : mais l'intérêt de parti était là ; on aime toujours l'avocat qui nous venge et gagne notre procès. D'ailleurs, à part l'esprit et le sarcasme (Port-Royal n'eut jamais d'esprit), les Provinciales, polémique passionnée, mais sans grands traits d'imagination, sans autre philosophie que celle de Jansénius et de la grâce, allaient mieux à nos solitaires, et leur violence même devait plaire à Arnauld.
Il en fut autrement des Pensées. L'égoïsme ne venait plus en aide à l'intelligence et à l'admiration, et puis il y avait trop de distance du terreà-terre de Port-Royal, des Provinciales ellesmêmes , aux vues élevées et audacieuses des Pensées. Aussi Nicole ne les aima jamais : Ignoii nnlla cupido. Il en faisait bien des éloges officiels ' : mais dans les confidences de l'amitié il s'exprimait bien autrement. M"" de Lafayette avait dit des Pensées : C'est un méchant signe pour ceux qui ne goûteront pas ce livre. A ce propos, Nicole écrivit au marquis de Sévigné^ : « Pour vous dire
• Traité de l'Éducation d'un Prince, 2" partie, p. 321.
' Oucle de IM'"" de Sévigné. Il mourut solitaire à Port- Royal, le 16 mars 1676.— Sou illustre nièce, malgré ses affections jansénistes, ne paraît pas lui avoir porté un bien grand
» la vérité, j'ai eu jusques ici quelque chose de » ce méchant signe. J'y ai bien trouvé un grand » nombre de pierres assez bien taillées, et capa- » blés d'orner un grand bâtiment, mais le reste » ne m'a paru que des matériaux confus, sans » que je visse assez l'usage qu'il en voulait faire. » Il y a même quelques sentiments qui ne me » paraissent pas tout-à-fait exacts, et qui ressem- » blent à des pensées hasardées que l'on écrit )» seulement pour les examiner avec plus de » soin *. M
M. Cousin ^ a le premier cité cette lettre dont il a parfaitement compris la portée. Depuis, M. Sainte-Beuve^ a produit une conversation non moins curieuse qui aurait eu lieu entre l'abbé de Saint-Pierre et Nicole. Nicole n'aurait pas craint de préférer l'esprit de Tréville à l'esprit de Pascal, et de traiter l'auteur des Pensées de ramasseiir de coquilles! Riches coquilles sous lesquelles il n'apercevait pas le magnifique manteau
intérêt. Cette femme, qui a célébré avec éloquence et sentiment tant (le morts célèbres , jette ce mot indifférent sur le cercueil de son oncle : « .T'oubliais de vous dire que notre » oncle de Sévigné est mort » (Lettre cgcclxxv, du 22 mai-s 1G76.) Le marquis de Sévigné, du fond de son tombeau, dut être jaloux alors du cuisinier Vatel.
' Lettre LXXXVIII.
* Revue des Deux-Mondes^ 15 janvier 1845.
» Port-Roijal, t. Ill, p. 304, note.
du pèlerin de l'éternité ! Dans sa lettre au marquis de Sévigné, Nicole se trahit lui-même. Il estime quelques pierres assez bien taillées (le poli seul lui allait, au risque d'effacer toute forme), mais le reste ne lui paraissait qu'un amas de matériaux confus dont il ne voyait pas l'usage. Nous le croyons bien. Nicole ne pouvait aimer qu'un petit bâtiment bien aligné et symétrique : toute ruine un peu grandiose devait lui être un chaos. Et puis quelques sentiments ne lui paraissaient pas tout-à-fait exacts ; d'autres lui semblaient hasardés. L'exactitude , la froide méthode , sans élan, sans écart de génie, d'imagination surtout , c'était là le tout de Nicole. L'imagination! il la reléguait au pays des chimères , ou s'il croyait à son existence, c'était pour en avoir peur. Aussi c'est bien lui qui, dans le fragment où Pascal s'attache à peindre l'influence décevante de cette faculté sur la raison humaine, a substitué de sa main Vopinion h Y imagination.
D'après Marguerite Perier, ce serait Roannez qui aurait eu le plus de part à a première édition des Pensées. A bien des égards, ce rôle lui appartenait. Il avait été l'ami le plus intime de Pascal. Mieux que personne, peut-être, il avait le secret de sa pensée et de son style, et pouvait entendre à demi-mot. D'un autre côté, il devait être le plus jaloux de la gloire de son ami , et le plus
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empressé à en publier les titres. On conçoit donc (ju'il se soit montre si ardent à se foire nommer exécuteur testamentaire de Pascal, et si zélé dans le long travail qui précéda la publication des Pemées. C'est bien ainsi , en effet, que Bricnne nous le représente, et 31. Cousin s'est emparé de son témoignage pour rejeter sur le duc et pair toutes les fautes de cette première édition, et en absoudre Arnauld et Nicole. M. Faugère ne croit pas que Roannez ait le plus contribué à la révision littéraire des fragments de Pascal, et regarde comme plus naturel de penser qu'il abandonna cette tâche à qui elle revenait de droit , Arnauld et Nicole, docteurs et écrivains de profession. M. Faugère a raison, pensons-nous. Mais oserons-nous dire que nous avons regret que le rôle de Roannez n'ait pas été plus actif et plus absolu? Moins mêlé que les chefs de Port-Royal aux querelles du .Jansénisme, il aurait eu moins de scrupules et se serait montré éditeur plus indépendant; peu philosophe, il n'aurait pas eu, comme Nicole, tant de soucis d'une exactitude qui n'était qu'un compas sous lequel on rétrécissait Pascal, qu'un niveau qui brisait et décapitait ses plus hautes pensées; versé dans le commerce et l'intimité de son ami, il était, ainsi que nous l'avons observé déjà, familiarisé avec les traits impétueux de son imagination et de son langage
30 n« PARTIE.— b'CRITS ET GÉNIE.
dont il devait posséder le secret et l'intelligence; nullement écrivain ni littérateur, il n'aurait pas appliqué sa petite critique à un style tout personnel, et loin de lui rogner les ailes, l'aurait laissé avec tous ses caprices et toutes ses hardiesses.
Qu'Arnauld et Nicole aient été les vrais éditeurs de Pascal, on n'en saurait guère douter. Nous avons parlé de Nicole. Pour Arnauld, M. Faugère cite bien des preuves de son active collaboration. Dans une des copies du manuscrit autographe , plusieurs corrections sont écrites de sa main ', et si elles ne s'y montrent pas plus nombreuses, c'est sans doute que la plupart furent faites, soit sur une autre copie qui fut livrée à l'impression, soit sur les épreuves elles-mêmes, comme nous l'apprend la lettre dont nous avons cité quelques passages. Besoigne paraît lui attribuer la meilleure part du travail : « Dans le même » temps, dit-il, M. Arnauld travailla à l'édition » des Pensées de M. Pascal. Comme c'est un » ouvrage posthume, et qui n'était composé, à la » mort de l'auteur, que de courtes sentences » ou de morceaux de métaphysique sur des » papiers volants, il avait besoin d'une main in- » telligente pour prendre quelque forme. 11 fal- » lait môme faire un triage, et ne point employer
* Voir Pensées, t. II, p. 41, 48, 64, 103, 130,
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n tous ces petits papiers écrits, dont quelqucs- » uns étaient de fausses pensées de Montaigne que » M. Pascal ne pensait pas sans doute adopter.. » M. Arnauld se donna tous les soins nécessaires » pour mettre l'ouvrage en état de voir le jour, et )> il se justifia auprès de M. Perier, beau-frère de » l'auteur, de quelques changements qu'il avait » cru , pour la raison que je viens de dire , » devoir faire aux écrits de M. Pascal en cer- » tains endroits '. »
Pour nous résumer, nous invoquons donc à la décharge des premiers éditeurs la paix de l'Kglise qu'ils craignaient de rompre, la censure qui les gênait, l'esprit de Port-Royal et leur caractère particulier qui leur rendait impossible la pleine intelligence de Pascal.
Ajoutons qu'ils appartenaient à ce dix-septième siècle , si respectueux envers les grands hommes. L'égalité et la familiarité n'existaient pas alors. On n'aimait pas le déshabillé. Chacun se tenait à sa place , et se renfermant dans son humble mérite, se contentait de voir à distance les hommes qui dominaient par leur génie. On voilait leurs faiblesses et leurs négligences, tout ce qui les rapprochait de la condition commune. Ceci tenait à une grande délicatesse de goût et à
*■ Histoire de V Abbaye de Fort-Royal, t. VI, p. 45.
32 Il«. PARTIE. — ÉCRITS ET GÉNIE.'
un instinct admirable de la perfection Mttéraire ; c'était en même temps respect pour le publicauquel on ne voulait rien livrer qui ne fût achevé. Les amis de Pascal ne pouvaient donc nous donner l'édition que réclame notre siècle, et le livrer à nos regards curieux dans tout son négligé. Aujourd'hui la superstition, la religion littéraire, si l'on aime mieux , est poussée à un point extrême. On semble adorer les reliques des grands hommes. Mais sous ce culte se cache peut-être une curiosité jalouse qui se porte plus à leurs pieds qu'à leur tête , pour voir s'ils ne les ont pas aussi bas que les nôtres. De là cette soif d'anecdotes et de mémoires qui nous dévore , cette recherche des moindres fragments, des plus petits chiffons d'un grand écrivain. Il y a du bon, sans doute, dans cette passion littéraire. Ces notes rapides tracées sans regard vers le public et la postérité sont les mémoires du génie , et initient au secret de sa composition. Mais ne trouvons pas trop mauvais que d'autres âges aient autrement entendu la conduite à tenir envers les grands hommes.
D'ailleurs cette fidélité puérile que nous demandons à leurs éditeurs n'est-elle pas infidélité quelquefois pour les œuvres posthumes ? Il est im mot très-vrai de M. de Maistrc , à propos de la Défense de la déclaralion de Bossuet, qui
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trouve ici sa rigoureuse application : « Tout ce » (|u'un liomrae écrit n'est pas avoué par lui, ni » destiné à l'impression. Tous les ouvrages post- » humes sont suspects ; et souvent il m'est arrivé » de désirer qu'il fût défendu de les publier » sans autorisation publique. » En publiant, en etîet, une œuvre posthume, on ne pénètre pas seulement, sans autorisation, dans le cabinet d'un homme, mais dans le sanctuaire le plus intime de sa pensée. Or, quel est l'homme, si grand, si pur soit-il , qui voudrait qu'on forçât ainsi les portes de son àme pour en montrer aux regards de tous les plus secrets mouvements ?
Lorsqu'on veut user du bien et des dépouilles des autres, peut-être serait-il bon d'avoir leur consentement exprès ou présumé. Nous nous portons tous pour héritiers, mais où est le testament ? Or, à ce point de vue, on peut dire que la volonté de Pascal eût été opposée aux publications modernes. Brienne dit dans sa seconde lettre : u II est certain que s'il vivait encore , il » souscrirait sans difficulté à tous ces petits em- » belhssements et éclaircissements qu'on a don- » nés à ses pensées, et qu'il les aurait mises lui- » même en cet état s'il avait vécu davantage , et » s'il avait eu le loisir de les repasser. » Non certes, il n'aurait pas voulu de ce remaniement étranger, mais pas davantage , moins peut-être,