‹ Pascal; sa vie et son caractère, ses écrits et son génieChapitre 8 sur 26 · PHASES · texte numérisé non relu

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Pascal commença par la science. Était-ce que son génie le portait surtout de ce côté ? Mais comment l'a-t-il abandonnée plus tard? L'inspiration n'était donc pas très-puissante, l'attrait bien fort? N'est-ce pas par circonstance plutôt qu'il se tourna d'abord vers les études scienli* tiques , poussé par l'exemple de son père, excita par les discussions qu'il entendait autour de lui , attiré par le mystère même qu'on y mettait et le secret qu'on voulait lui en faire? La science au* rait donc été pour lui d'abord une afîaire de famille, une profession qu'il aurait héritée de son père, et qu'il aurait embrassée à force de Fen*tendre louer dans son enfance. Car lui-même a dit : « La chose la plus importante à toute la » vie , c'est le choix du métier. Le hasard en » dispose. La coutume fait les maçons, soldats, » couvreurs. C'est un excellent couvreur, dit-onf; » et en parlant des soldats : Ils sont bien fous, » dit-on. Et les autres, au contraire : Il n'y a rien » de grand (jue la guerre , le reste des hommes » sont des coquins. A force d'ouïr louer en l'en-

» fance ces métiers et mépriser tous les autres, » on choisit ; car naturellement on aime la vertu » et on hait la folie ^ » Il est possible que les circonstances aient décidé la première vocation de Pascal. Mais il en est ainsi de tous les hommes. Qu'est-ce que le génie? Est-ce un germe d'une espèce déterminée qui doive nécessairement, à moins qu'il ne demeure stérile, s'épanouir en fleurs d'éloquence ou de poésie , produire des fruits de philosophie ou l'arbre de la science ? Nous ne le croyons pas. Le génie est un germe, il est vrai, déposé par Dieu dans l'âme humaine, mais un germe de nature féconde et variée qui , suivant la goutte de rosée qui viendra l'amollir, le rayon de soleil qui réchauffera , prendra des développements très-divers. Nous ne voulons pas dire absolument que , suivant les circonstances , le poëte puisse se transformer en savant ou en philosophe , que Sophocle puisse devenir Aristote; Varron, Virgile; mais seulement qu'il est impossible de faire la part des circonstances , de l'éducation , et la part de la nature dans les phases et la direction du génie. Platon aurait pu être indifféremment poëte, orateur, homme d'état aussi bien que philosophe ; avant de chanter Eden , Milton

• Pensées, Fragments, etc., t. II, p. 56.

CHAP. 1. — PASCAL SAVANT. 2iS

composa une logique et écrivit sur la politique et la théologie.

Fils d'un autre père, transporté dans un autre milieu, qu'eût été Pascal? Nul ne le peut dire. Tout est de circonstance, nous le reconnaissons volontiers , dans sa vie et dans ses œuvres. Les traditions et les exemples de sa famille en firent d'abord un savant; ses relations avec Port-Royal et le procès d'Arnauld nous ont valu les Provinciales; sans ses années de dissipation et la connaissance qu'il fit dans le monde des incrédules et des athées , et même , comme le soutiennent quelques-uns, sans le miracle de la Sainte-Épine , nous n'aurions pas les Pensées.

Est-ce à dire que Pascal n'avait pas le génie de la science , et que le hasard et les circonstances ont le droit de revendiquer toute la gloire de ses travaux en ce genre? Non , pas plus que Port- Royal ne peut se glorifier d'avoir produit les Petites Lettres , ni Méré, Desbarreaux ou Marguerite Perier , d'avoir enfanté le livre des Pensées. Le génie était là, fleuve fécond et riche, qui attendait qu'on lui creusât son lit et qu'on lui traçât son cours , prêt à répandre ses eaux , suivant la pente des temps , sur les champs de la science ou sur le terrain de la polémique et de la philosophie religieuse.

[ Nous ne dirons donc pas , avec quelques mo-

dernes , que Pascal cultiva les sciences sans inspiration. Le génie scientifique peut revêtir trois caractères, l'érudition, l'invention, le perfectionnement. Le génie de Pascal n'avait pas le premier, mais il était pourvu des deux autres à un degré suprême. Esprit à la fois vif et bouillant, méditatif et réfléchi, entier et personnel,/ Pascal était peu propre aux lents et paisibles traH vaux de l'érudit , à l'assimilation modeste et pas» sive d'idées et de découvertes étrangères. 11 n'aurait jamais fait un Bénédictin. Quoiqu'il ait dit quelque part qu'il avait lu toute sorte de livres , nous croyons cependant que d'ordinaire il lisait peu , du moins dans ses grandes années, lorsqu'il fut devenu lui-même. Une première nutrition d'enfance peut-être, mais ensuite il vécut de sa propre vie , n'empruntant guère qu'à ses réflexions l'aliment de son intelligence. Sous ce rapport, il a été parfaitement apprécié par Nicole dans son éloge latin : (< Quoique M. Pascal ait été généralement loué par les savants comme un homme d'un très-grand esprit , il y en a peu néanmoins qui aient bien connu quel en était le caractère et l'élévation. Ce qui faisait proprement le mérite de ce rare génie , n'était pas une vaste érudition, qui est le fruit d'un travail long et pénible. C'est là le partage des savants ordi^ naires , mais ce ne fut pas celui de M. Pascal qui

CHAP. I. — PASCAL SAVANT. 2i7

était né plutôt pour inventer les sciences que pour les apprendre, puisqu'il tirait du riche fonds de son esprit ce que les autres sont obligés d'aller puiser dans les monuments des sciences. » De ftut, Pascal n'était pas érudit, ni en science, ni en histoire , ni en philosophie , ni en littérature. Lorsqu'il entra à Port-Royal, il n'avait guère • Lien lu qu'Epictète et Montaigne. Pendant longtemps encore, toujours peut-être, les Essais furent toute sa bibliothèque , une sorte d'encyclo- \ pédie où il puisait toutes les notions qu'il possé- \ dàt en histoire et en philosophie. Ce n'était que , dans la Bible , qu'il savait toute par cœur, qu'il \ cherchait un supplément à Montaigne. L'eût-il j voulu, que jamais il n'aurait pu arrivera la gloire de l'érudition. Ce n'était pas que la mémoire lui manquât : il l'avait prodigieuse ; il n'avait jamais rien oublié , disait-il lui-même , de ce qu'il avait voulu retenir ' . Mais il n'aurait pas eu celte longue patience que supposent les recherches de Térudit. A chaque instant, son imagination ardente l'aurait transporté hors d'un in-folio et d'une bibliothèque, prison, si vaste eût-elle été , trop étroite pour ce génie libre et fougueux. S'il lisait quelquefois, nous nous imaginons qu'à toute minute le livre lui tombait

' Lettres, Opwc.,^etc., p. 456.

248 lU PARTIE. — ÉCRITS ET GÉNIR.

des mains. Ses pensées devaient sans cesse se substituer aux pensées de son auteur, et son attention s'échapper par toutes les trouées qu'une réflexion profonde et continuelle ouvrait à travers les pages qui passaient sous ses yeux. Nous le savons par Montaigne. Sous prétexte de lui faire quelques emprunts, il s'établissait en maître chez lui, disposait de son bien, le modifiait, l'aliénait à son gré, plantait, bâtissait sur le terrain d'autrui , incapable de se contenter de la table et du couvert que lui avait fournis son hôte.

Pascal était surtout un génie personnel et inventif. Tout lui était matière à réflexion et à découverte ^ On l'a nié de nos jours en le comparant à Descartes. « De tous les grands esprits que » la France a produits , a dit M. Cousin , celui » qui me parait avoir été doué au plus haut de- » gré de la puissance créatrice , est incompara- » blement Descartes. Cet homme n'a fait que » créer... Il invente et produit sans cesse. » Et M. Cousin énumère alors les découvertes de Descartes dans la science, dans la philosophie , dans le style. Puis il ajoute : « Pascal n'a pas cette fé- » condité inépuisable; mais tout ce qui sort de

* Même une pensée oubliée : « Pensée échappée ; je la vou- » lais écrire. J'écris au lieu qu'elle m'est échappée. — Le M hasard donne les pensées , le hasard les ôte ; point d'art » pour conserver ni pour acquérir. » T. I, p. 21 G.

» sa main est exquis et achevé. Osons le dire : » l'homme dans Pascal est profondément origi- » nal , mais l'esprit créateur ne lui avait point été » donné... Pascal n'est pas de la famille de ces » gi'andes intelligences dont les pensées compo- » sent Ihisloire intellectuelle du genre humain : » il n'a mis dans le monde aucun principe nou- » veau; mais tout ce qu'il a touché , il l'a porté » d'abord à la suprême perfection K »

Laissons de côté la question philosophique et la question littéraire qui reviendront en leur lieu. Nous sommes loin de contester la gloire immense de Descartes dans la science et ses admirables créations , mais voyons un peu le bilan de Pascal. Son nom se rattache à l'invention du calcul des probabilités. Peu importe que Fermât en partage avec lui l'honneur. Nous savons qu'il y arriva par des voies indépendantes, et sans rien emprunter aux méthodes de Fermât qui étaient différentes des siennes. La théorie des courbes lui a les plus grandes obligations , et par ses travaux sur la cycloide il a fourni à Huygens le moyen de mesurer les oscillations du pendule. Aussi Huygens, le précurseur de Newton , étaitil pour lui plein d'estime et d'admiration, comme on peut le voir par la lettre qu'il lui adressa à

' Des Pensées de Pascal, p. 4, 6.

l'occasion des problèmes de la Roulette ^ Il les regardait comme insolubles pour tout autre que pour lui, de la même manière que, de nos jours , M. Poisson s'étonnait qu'il en fût venu à bout sans le calcul infinitésimal. Laplace, que son profond génie et ses vastes connaissances en mathématiques rendaient si compétent et si difficile, mettait Pascal au nombre des onze grands géomètres qu'il reconnaissait dans le monde. Les inventions de Pascal en physique sont plus remarquables encore qu'en géométrie. Quelle que puisse être la part de Descartes , de Galilée et de Toricelli dans les travaux du xvu* siècle, relatifs à la pesanteur de l'air, c'est bien Pascal qui l'a démontrée, qui a expliqué les grands phénomènes qui en étaient les suites , en a fait l'application au baromètre et à Thydrostatique. C'est bien lui surtout qui a créé l'analyse dans les sciences physiques, en substituant aux systèmes et aux hypothèses l'expérience et le calcul. C'est en cela qu'il diffère de Descartes ; c'est pour cela peutêtre qu'il a moins inventé et moins produit que son illustre contemporain. Nous l'avons observé déjà. Descartes, esprit aventureux et systématique, ne demandait bien souvent qu'à son imagination les éléments de ses théories , et traitait

* OEuvres, t- V, p. 425.

la science comme un roman fantastique. Quelle puissance créatrice supposent ses tourbillons et son système du monde ? Nous y voyons le cachet d'une forte imagination, mais non du génie inventif. Nous comprenons donc à merveille les boutades de Pascal contre Descartes dont il ne pouvait souffrir les prétentions hasardeuses'. Il y avait opposition formelle entre leurs méthodes scientifiques. Pascal continuait ou plutôt introduisait ^ dans la science cette philosophie expérimentale qui force l'imagination, le raisonnement à laisser le vain secours des systèmes pour ne marcher qu'avec précaution en s'appuyant sur les faits. Or, en physique comme

* Il n'était pas le seul à parler ainsi : Leibniz traite assez sévèrement Descartes sous le rapport scientifique. (Voir sa correspondance avecISicaise, chanoine de Dijon, publiée par M. Cousin , Fragments phil.^X. II, p. 211 et 199.) Huygens est plus sévère encore. « RI. Descartes , disait-il, avait trouvé la manière de faire prendre ses conjectures et fictions pour des vérités... Il soutenait à tort et à travers les choses qu'il avait une fois avancées, quoique souvent très-fausses. Il répondait à toutes les objections, quoique je voie rarement qu'il ait satisfait à ceux qui les faisaient... Sur les phénomènes naturels il n'a débité que des chimères. » (Notes d'Huygens sur la vie de De.scartes, fragin. phil., t. II, p. 1,58, IGO, 161.)

' Bacon avait publié vers 1G20 les parties de son Instauratio magna , que la mort lui laissa le temps d'achever. Mais nous ne voyons nulle part que ses principes eussent reçu leur application à l'époque des travaux de Pascal.

en psychologie, la méthode expérimentale est lente et ne formule que péniblement une théorie. Que d'observations avant de pouvoir proclamer l'existence de telle loi et rapporter à une cause certaine des phénomènes divers et multiples ! Mais aussi cette méthode est sûre ; elle a renouvelé la face de la science qui lui est redevable de tous ses progrès dans le monde mo- /derne. Disciple ou fondateur de l'école expériî mentale , Pascal devait donc moins produire que (Descartes qui appartenait à l'école systématique. Peut-être d'ailleurs, avec plus de profondeur \que son rival , avait-il moins d'étendue que lui Idans l'esprit. Mais d'un autre côté, partout où il a mis le pied , voyez comme il est resté maître du terrain ' . Toutes ses découvertes sont acquises à la science ; pas une ne lui a été ravie par le temps , ce grand larron qui finit toujours par dépouiller les plus forts et les plus riches. Quelques-unes sont tombées en désuétude : nulle part on n'a démontré d'erreur. Tout est vrai, éternellement vrai , tant ses procédés étaient sûrs , son coup d'œil rigoureux; tant il calculait juste ses ressources et ses forces , lorsqu'il allait à la conquête d'un principe et d'une théorie !

Un tel génie n'est pas moins admirable et

* M. Faugère en a fait la remarque, Introd.^ p. lxxx v.

peut-être est plus rare que celui de Descartes. Ne rayons donc pas Pascal de la liste des esprits inventeurs ; non, quand même il faudrait avouer qu'il n'a mis au monde aucun principe nouveau (ce qui est loin d'être vrai), qu'il n'a fait que porter ce qu'il a touché à la suprême perfection. De tels esprits font partie encore de la famille des grandes intelligences. Le génie qui perfectionne, au point surtout que l'avait Pascal, est un génie très-rare et qui suppose la réunion des plus précieuses qualités : l'intelligence assez vaste pour embrasser tout un système d'idées, la perception des rapports de la partie au tout , la vue nette et profonde du principe et du but, la science des moyens, le sens exquis et délicat du vrai et du beau, la puissance égale du fond et de la forme. C'est ce génie qui a produit toutes les grandes époques littéraires : il s'appelle Sophocle, il s'appelle Virgile, il s'appelle Racine et Boileau. C'est essentiellement le génie français : ne le rabaissons pas. Exaltons-le au contraire, et comprenons que le germe n'est rien avant son éclosion et son développement intégral, que la bêche qui découvre le diamant brut ne vaut pas la main qui le polit, qu'une idée, une découverte n'ont de prix dans le monde que par leur perfectionnement et leur application aux arts et à la vie. Admirons surtout les hommes qui savent,

comme Pascal, unir le génie qui perfectionne au génie qui invente ; réunion prodigieuse dont les deux termes s'excluent le plus souvent, parce que les qualités que chacun suppose suffisent à remplir les plus vastes intelligences et sont presque toujours contradictoires, comme l'audace et la prudence, la témérité et la sagesse, l'imagination et la raison, l'enthousiasme et le bon sens, la force et la délicatesse, la grandeur et la grâce, la vue de l'ensemble et la science des détails.

De tels génies seront précis, rigoureux et surtout éminemment pratiques. Aussi Pascal sembla dédaigner presque toujours ce qui était de pure curiosité. Ce fut pour simplifier des calculs longs et pénibles qu'il inventa sa machine arithmétique , pour résoudre la théorie des jeux de hasard et en faire l'application aux chances les plus hautes de la vie qu'il fit toutes les découvertes qui touchent au calcul des probabilités ; tous ses travaux sur le vide le conduisirent à fixer les lois de l'équilibre des liqueurs et à compléter la science de l'hydrostatique. Dans son désir d'être utile avant tout, il ne craignait pas de descendre des plus hauts problèmes de la science aux plus modestes inventions. On lui doit la brouette et le haqiiet. Jacqueline nous apprend qu'il avait inventé une nouvelle méthode pour apprendre à

CHAP. I. - PASCAL SAVANT. 2&ft

lire aux enfants ^ Le génie scientifique de Pascal était donc essentiellement pratique. 11 abandonne les sciences lorsqu'il croit qu'elles ne mènent à rien, ou du moins lorsque la foi, parlant plus haut qu'elles , lui découvre de plus vastes intérêts. Sa pensée sur la science se trouve parfaitement exprimée dans ce passage de la Logique de Port-Royal : « On se sert de la raison pour ac- » quérir les sciences, et on se devrait servir, au » contraire , des sciences comme d'un instru- » ment pour perfectionner sa raison... Les » hommes ne sont pas nés pour employer leur » temps à mesurer des lignes, à examiner les » rapports des angles, à considérer les divers » mouvements de la matière. Leur esprit est » trop grand, leur vie trop courte, leur temps » trop précieux pour s'occuper à de si petits ob- » jets : mais ils sont obligés d'être justes, équita- » blés, judicieux dans tous leurs discours, dans » toutes leurs actions, et dans toutes les affaires » qu'ils manient -, et c'est à quoi ils doivent par-

' Voir Fa lettre de Jacqueline du 26 octobre 1655. — Chargée alors de l'éducation des jeunes Olles de Port-Royal, .îac' queline demande des explications à son frère, et lui propose quelques objections. Cette méthode, aujourd'hui généralement usitée, est exposée dans le chap. de la grammaire générale de P. R., intitulé : D'une manière facile pour appi'endre à lire facilement en toutes sortes de langues.

256 11« l'AKTlK. - ÉCRITS ET GÉNIE.

» liculièroment s'exercer et se former. » On croirait entendre Pascal lorsqu'il écrit à Fermât : « Pour vous parler franchement de la géométrie, » je la trouve le plus haut exercice de l'esprit; » mais en même temps je la connais pour si inu- M tile, que je fais peu de différence entre un » homme qui n'est que géomètre et un habile » artisan. Aussi je l'appelle le plus beau métier » du monde ; mais enfin ce n'est qu'un métier ; » et j'ai dit souvent qu'elle est bonne pour faire » l'essai, mais non pas l'emploi de notice force ' . Jusqu'ici ce n'est que de la philosophie humaine. Pour Pascal comme pour Port-Royal, la géométrie, la science, n'est qu'un instrument qu'il faut acquérir sans doute, mais pour le tourner sur soi-même afin de travailler et de façonner l'homme. Philosophie humaine, disons- nous, philosophie déiste tout au plus, qui ne dépasse pas, qui atteint à peine Socrate et Platon. Pascal ira plus loin. Il n'envisagera pas seulement la géométrie dans ses rapports avec la science et la formation de l'homme, mais il se demandera quels secours elle peut lui fournir pour former en lui le chrétien, y établir la vie de la grâce et le conduire à ses éternelles destinées. Alors elle lui paraîtra vaine et inutile ; il la dédaignera, il

" Olimres, t. IV, p. 392.

n'y pensera plus. Il ajoute, en effet, dans sa lettre à Fermât : « Il y a maintenant ceci de plus en » moi j que je suis dans des études si éloignées de » cet esprit-là, qu'à peine me souviens-je qu'il » y en ait. » Lui, le savant curieux et enthousiaste, lui qui n'a pas craint d'établir un parallèle entre Archimcde et Jésus-Christ *, il osera écrire en tête d'une de ses Pensées : Vanité des sciences! « La science des choses extérieures, » dira-t-il alors, ne me consolera pas de l'igno- » rance de la morale au temps de l'affliction; » mais la science des mœurs me consolera tou- » jours de l'ignorance des choses extérieures.

» J'avais passé longtemps dans l'étude des » scieiKes abstraites, et le peu de communica- » tion qu'on en peut avoir m'en avait dégoûté. » Quand j'ai commencé l'étude de l'homme, j'ai » vu que ces sciences abstraites ne lui sont pas » propres et que je m'égarais plus de ma con- » dition en y pénétrant, que les autres en les » ignorant : j'ai pardonné aux autres d'y peu » savoir^. »

Ces nouveaux sentiments de Pascal sur la science datent de sa première conversion , quoiqu'il n'ait pas abandonné dès-lors ses études ché-

' OEuvres, 1. 11, p. 330.

' Pensées, Fragm., etc., 1. 1, p. 198, 199.

258 II- PAUTiE. — ECniTS ET GENIE.

ries, et qu'il y soit revenu, à propos de la Roulette, même au fort de son ascétisme. Parmi les livres jansénistes que lui avaient communiqués les frères Baiileul , se trouvait un petit traité de Jansénius intitulé : De la lié forma lion de l'homme intérieur, dont M. Sainte - Beuve ' a extrait la page suivante.

Après avoir parlé de la concupiscence des sens, Jansénius parle ainsi de la concupiscence de l'esprit : « C'est cette curiosité toujours inquiète, i) qui a été appelée de ce nom à cause du vain » désir qu'elle a de savoir, et que l'on a pal- » liée du nom de science.

» Elle a mis le siège de son empire dans l'es- » prit, et c'est là qu'ayant ramassé un grand » nombre de différentes images, elle le trouble » par mille sortes d'illusions...

)) Le monde est d'autant plus corrompu par » cette maladie de l'àme, qu'elle se glisse sous le >j voile de la santé, c'est-à-dire de la science. . .

» De là est venue la recherche des secrets de la » nature qui ne nous regardent point, qu'il est M inutile de connaître, et que les hommes neveu- » lent savoir que pour les savoir seulement ^...

' Port-Iioyal,t. U. p. 471.

* Pascal a dit : « La vanité est si ancrée dans le ccour de l'homme, qu'un soldat, un goujat, un cuisinier, un crocheteur se vante et veut avoir ses admirateurs : et les philosophes

CilAi'. 1 . — l'ASCAI. SAVAM. S^n

» Qui poiirrail exprimer en combien de choses, M quoique basses et méprisables, notre curiosité » est continuellement tentée, et combien nous » m;ui(iuons souvent lorsque nos oreilles ou nos >i yeux sont surpris et frappés de la nouveauté de » quel(iue objet, comme d'un lièvre qui court, » d'une araignée qui prend des mouches dans » ses toiles, et de plusieurs autres rencontres » semblables; combien notre esprit en est touché » et emporté avec violence?

» Je sais que ces choses sont petites ; mais il » s'y passe ce qui se passe dans les grandes : la » curiosité avec laquelle on regarde une mouche, » et celle avec laquelle on considère un éléphant, » étant un effet et un symptôme de la même ma- » ladie.

» ... Et lorsque nous sommes revenus à nous- » mêmes , et que nous nous élevons pour con- » templer cette beauté incomparable de la vérité » éternelle, où réside la connaissance certaine et » salutaire de toutes les choses , doit-on trouver

iriciTifs eu veulent. Kt ceux qui écrivent contre veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit; et ceux qui le lisent veulent avoir la gloire de l'avoir lu ; et moi qui écris ceci, ai peut-être cette envie ; et peut-être ceux qui le liront. — « Curiosité n'est que vanité. Le plus souvent on ne veut savoir que pour eu parler. Autremi-nt on ne voyagerait pas sur la mer pour ne jamais t a ritn dire, et pour le seul plaiiir de voir, sans espôrancc iWw jamais communiquer. » (Pensées, Fragm., etc., 1. 1 , p 20S.

260 lie PARTIE. - ÉCRITS ET GÉNIE.

» étrange si cette multitude d'images et de fan- » tomes, dont la vanité a rempli notre esprit et » notre cœur, nous attaque et nous porte en bas, » et semble comme nous dire : Où allez-vous, » étant couverts de taches et si indignes de vous » approcher de Dieu ? Où allez-vous? »

Telle est bien évidemment l'origine des pensées dédaigneuses de Pascal sur la science. D'ailleurs il puisa à deux sources identiques : car cette doctrine était passée, de Jansénius à Port- Royal par Saint-Cyran. « Après qu'on a ruiné la » cupidité des richesses , des honneurs et des » plaisirs du monde, disait Saint-Cyran à Le- » maître \ il s'élève dans l'âme, de cette ruine, » d'autres honneurs, d'autres richesses et d'au- » très plaisirs , qui ne sont pas du monde visi- » ble , mais de l'invisible. Cela est épouvantable, » qu'après avoir ruiné en nous le monde visible » avec toutes ses appartenances autant qu'il peut » être ruiné ici-bas, il en naisse à l'instant un » autre invisible, plus difficile à ruiner que le » premier. »

A l'époque où Pascal entra en communication avec Port-Royal, l'esprit de Jansénius et de Saint- Cyran y vivait encore tout entier. Par une sorte de métempsychose il s'était transmis à tous les

* Mémoires de Fontaine, t. I, p. 175.

CHAP. I. — PASCAL SAVANT. 26t

directeurs, et il était alors personnifié dansSacy. \ Quand Pascal se fut jeté entre les bras de Singlin, celui-ci crutdcvoir l'envoyer à Port-Royal, pour quWrnauld lui prêtât le collet en ce qui re- , garde les sciences, et que Sacy lui apprit à les \ mépriser '. Nous dirons dans le chapitre suivant l'influence qu'Arnauld exerça sur lui, mais Sacy au commencement paraît avoir été le plus fort : c'était juste; il était le directeur. Qu'était Sacy? 1 renfermé dans la Bible et saint Augustin, il y trouvait des lumières qui faisaient pâlir pour lui l'éclat le plus brillant de la science et des lettres. Ce n'est que du fond de cette double forteresse qu'il osa affronter Pascal. Encore ne se rassurat-il complètement qu'après les premiers assauts, et lorsqu'il eut reconnu que les armes de son adversaire n'étaient pas si formidables, qu'il ne pût en trouver de tout aussi bien trempées dans son grand arsenal, S. Augustin. Alors il consentit, non-seulement à ne plus craindre , mais à admirer Pascal. « M. Pascal est extrêmement estima- » ble , disait-il, en ce que n'ayant point lu les » Pères de l'Église, il a de lui-même , par la pé- » nétration de son esprit , trouvé les mêmes véri- » lés qu'ils avaient trouvées. Il les trouve sur- » prenantes parce qu'il ne les a vues en aucun

• Mémoires de Fontaine, t. II, p. 55.

2G2 n« PARTIE. — ÉCRITS ET GÊNIf].

» endroit; mais pour nous, nous sommes accou- <( tumés à les voir de tous côtés dans nos livres. » Alors encore il se résigne à suivre sa constante habitude qui était de proportionner ses entretiens à ceux à qui il parlait , et à mettre Pascal sur le chapiti'e de ses philosophes. Il avait Ionjours cru devoir peu lire ces auteurs, parce qu'il les regardait comme bien inutiles, et que leurs paroles ne venaient point de llmniilité et de la piété chrétienne. Aussi , en entendant Pascal disserter d'Epictète et de Montaigne , croyait-il vivre dans un nouveau pays et entendre une nouvelle langue, et il se disait en lui-même les paroles de S. Augustin: 0 Dieu de vérité! ceux qui savent ces subtilités de raisonnement, vous sont" ils pour cela plus agréables ?

Un tel homme devait peu goûter les sciences et les lettres. Aussi son œuvre littéraire capitale est-elle la mise en vers (quels vers ! ) des racines grecques de Lancelot'. C'était bien le direc-

' Il avait fait des vers dans sa jeunesse. On peut voir dans les Mémoiieii de Fontaine (t. I, p. 87), la curieuse lettre qu'il é'^ivit à sa mère, sur quatre bourses que cette dame avait faites pour chacun de ses enfants. Sacy avait été chargé du remercîment, et il épuise dans cette lettre entremêlée de vers, tout l'amphigouri et le mauvais goiU qui pouvaient circuler alors en France. Le bon Fontaine, qui adiuirait tout de son maître, trouve cette poésie excellente. T/amour-propre niaterucl de M"" Lemaitrc lui en avait fait porter le même Juge-

leur que Siiiglin voulait à Pascal pour lui apprendre à mépriser la science. Singlin l'avait vu à l'œuvre à Port-Royal. Au milieu des disputes ({ui s'y élevaient touchant les sciences humaines cl la philosophie, Sacy gardait son calme et sa gravité, se mettait à l'ahri de l'orage dans l'Écriture et S. Augustin, et il n'en sortait que pour adresser, avec l'autorité de sa vertu et de sa position, un quos ego non impérieux, mais charitable, aux flots irrités. Le désert retentissait alors des nouvelles opinions de Descartes. C'était Arnauld surtout, avec son incessant besoin de luttes et de discussions, qui troublait par toutes ces curiosités la paix de la solitude. Pas un solitaire «jui ne parlât à'anlomate. On battait les chiens sans scrupule et sans pitié ; on les clouait même, les pauvres bêtes, sur des ais, par les quatre pattes, afin de les ouvrir tout vifs et d'étudier la circulation du sang; et aux cris qu'ils faisaient, aux exclamations de quelques solitaires moins

ment. Aussi, pour exercer le génie poétique de son fils, elle le pria de traduire en vers les hymnes du Bréviaire. Rieu n'égale Peiitliousiasme de ï'ontaine sur ce chefrd'o'un'e qui doit subsister dans toute la suite des siècles. Depuis, Sacy fit les Knluminures de r.ilmanach des Jésuites, dont Racine se moque si spirituellement; il traduisit en vers le poëme De Ihfjratis, de saint Prosper d'Aquitaine, et composa lui-même un poème en dix chants et en stances sur le Saint-Sacrement. Tout cela est détest^ible.

convaincus et plus compatissants, c'étaient des éclats de rire, des moqueries railleuses de la part de nos savants, bien convaincus que les animaux n'étaient que des horloges sans aucun sentiment, et que leurs plaintes ne devaient pas plus émouvoir que le bruit d'un ressort ou d'un balancier. Le château de Vaumurier, donné par le duc de Luynes aux solitaires, était le siège de la petite académie. On y parlait sans cesse et avec admiration du nouveau système du monde de Descartes. C'était à qui pénétrerait le plus avant dans toutes ces curiosités et construirait le plus vite l'univers. Que faisait le bon Sacy au milieu de ce tumulte et de ce conflit bruyant d'opinions ? Souriant doucement, il plaignait ceux qui s'arrêtaient à toutes ces vanités , ou bien il admirait la conduite et la justice de Dieu dans les révolutions et les changements des doctrines humaines. Il se réjouissait de voir tous les savants se ravir mutuellement une autorité usurpée , comme on verrait avec plaisir un voleur qui viendrait tuer un autre voleur et lui ravir ses dépouilles. Aristote avait usurpé l'empire de la science, avait même pénétré dans le domaine de la théologie, où il régnait en maître , vénéré à l'égal de l'Ecriture , cité comme un Père de l'Église. Quel bonheur pour le pieux Sacy de le voir renversé et dépossédé par un autre tyran, surtout dans

CIIAP. I. - PASCAL SAVANT. 2G5

I l'espérance de voir celui-ci détrôné à son tour, jusqu'à ce qu'cntin on consentît à ne plus laisser régner dans l'Église que la Bible et S. Augustin ! El il disait alors magnifiquement à Fontaine : « Dieu a fait le monde pour deux choses : l'une » pour donner une grande idée de lui , l'autre » pour peindre les choses invisibles dans les vi- » sibles. M. Descartes détruit l'un et l'autre. Le » soleil est un bel ouvrage , lui dit-on : Point du » tout , répond-il, c'est un amas de rognures. » Au lieu de reconnaître les choses invisibles dans » les visibles, comme dans le soleil, qui est le » Dieu de la nature, et de voir en tout ce qu'il » produit dans les plantes l'image de la grâce, il » prétend, au contraire, rendre raison de tout » par de certains crochets qu'ils se sont imaginés. » Je les compare à des ignorants qui verraient un » admirable tableau, et qui, au lieu d'admirer un » tel ouvrage, s'arrêteraient à chaque couleur en » particulier et diraient : Qu'est-ce que ce rouge- » là? De quoi est-il composé? C'est de telle chose, » ou c'est d'une autre, au lieu de contempler » tout le dessein du tableau dont la beauté » charme les sages qui le considèrent. Je ne pré- » tends pas, dit M. Descartes, dire les choses » comme elles sont en effet. Le monde est un si » grand objet, qu'on s'y perd; mais je le regarde » comme un chiffre. Les uns tournent et retour-

386 II» PAUTIE. — ÉCRITS ET GÉNII''.

» nent les lettres de cet alphabet, et trouvent » quelque chose : moi j'ai aussi trouvé quelque » chose, mais ce n'est pas peut-être ce que » Dieu a fait. Ces gens-là, disait Sacy, cherchent » la vérité à tâtons : c'est un grand hasard qu'ils » la trouvent ' . »

(" Nous savons désormais où Pascal avait appris à dire anathème à la science : c'est évidemment à l'école de Sacy. C'est à la suite d'une conversation avec Sacy quMl prit la résolution d'écrire contre ceux qui approfondissent trop les sciences^. Il désignait par là Descartes dont il juge ainsi le système du monde : « 11 faut dire en » gros : Cela se fait par figure et mouvement ; » car cela est vrai. Mais de dire quels, et compo- » ser la machine, cela est ridicule , car cela est » inutile et incertain et pénible. Et quand cela » serait vrai , nous n'estimons pas que toute la » philosophie vaille une heure de peine ^. » Et

^ Pour tout ce qui précède, voir Mémoires de Fontaine, t. II, p. 52-64.

2 Pensées, Fragments, etc., t. I, p. 235.

3 Pensées, Fragm., etc., p. 181. — A cette occasion, une petite anecdote. En 1 812, une vive discussion s'éleva entre M. Cousin et M. Libri au sujet de cette Pensée. M. Cousin ue pardonnait à Pascal ce qu'il appelait cette boutade contre Descartes, que parce que, disait- il, il l'avait barrée, reconnaissant ainsi son crime de lèse-philosophie. — Non, reprenait M. Libri : la Pensée est effectivement barrée dans l«

encoie : « Je ne puis pardonner à Descartes : il » aurait ])icn voulu , dans toute sa philosophie, n [)ouvoir se passer de Dieu ; mais il n'a pu s'enin prc'.ier de lui faire donner une chiquenaude , » pour mettre le monde en mouvement; après » cela il n'a plus que faiie de Dieu '. » A part le Irait et l'originalité de l'expression , ne croiraiton pas entendre Sacy?

Voilà donc ce jeune savant qui brûle les dieux <iu'il a adorés, ces dieux inutiles et sourds qui n'entendent pas les vastes aspirations de son àme ot ne sauraient les satisfaire, pour aller demander ù une autre divinité, à Jésus-Christ, la voie, la vcr'tté et la vie, aliment à son intelligence, amoLu* pour son cœur , moyens pour arriver à ses

luaiiiiscrit original, mais ce n'est pas de la main de Pascal, et la prouve, c'est que les barres (ou plutôt les tortillons) qui traversent tout le papier, se prolongent jusque dans les marges du volume , qui sont postérieures à la mort de Pascal. Or, le piquant de l'affaire, c'est que ni M. Cousin, ni Al. Librî n'avaient vu cette Pensée dans le manuscrit autographe, et ne la connaissaient autrement que par les copies. M. Faugère l'a découverte le premier dans le manuscrit, en faisant <li>par;iître, au verso d'une autre Pensée, une partie de la feuille de papier fort épais sur laquelle elle était collée et qui la cachait entièrement à la vue. Il faut avouer que M. Fau- ;î<Mt' a poussé jusqu'à l'extrême limite la politesse littéraire eu n'usant pas de ce fait et de bien d'autres semblables contre VA'MX qui ont cherché plus tard à déprécier ses travaux. ' .Mots rapportés par Marguerite Perler, ibid , p. 369.

éternelles destinées. Si, comme il est évident, Sacy lui a inspiré ce culte nouveau, grâces lui en soient rendues ! Nous lui devons Pascal, ses merveilles de sentiment, sa mélancolie sublime, ses immortelles Pensées. Pascal avait le génie de la science, nous l'avons assez dit. Et pourtant, croyonsnous, sur ce sol aride et circonscrit, n'auraient pu se développer et s'épanouir toutes les richesses de son talent. Il n'y aurait pas eu là place pour sa haute intelligence de la nature morale , pour les mouvements de son âme, pour les épanchements de son cœur, pour ce qui le constitue véritablement à nos yeux. Nous ne regrettons pas toutefois qu'il ait commencé par la science. La science a été pour lui un instrument pour perfectionner sa raison; il s'en est heureusement servi pour fah^e l'essai et non l'emploi de sa force.

Alors il en a retiré cette clarté, cette vigueur, ce trait ferme , juste et net qui seront le caractère de son style. Comme l'a remarqué M. Villemain ', ses essais scientifiques ne furent même pas perdus pour son éloquence. En abandonnant la géométrie il se trouva tout formé. C'est que, peu érudit , peu porté aux recherches laborieuses , il a été contraint de deviner la science , et

' Essai sur Pascal.

c'est moins la faculté scientifique qui s'est développée chez lui que l'imagination. C'est ainsi que l'histoire nous représente les vieux philosophes de la Grèce trouvant la poésie dans l'étude de la nature.

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