AVANT-PROPOS
Raison d'être et objet de l'ouvrage
Tant de livres ont été récemment publiés sur Pascal, qu'une nouvelle étude sur ce sujet doit apporter, en se présentant, ses raisons d'être. La plupart des auteurs qui ont étudié Pascal se sont surtout placés au point de vue historique, philosophique ou littéraire. Tous les esprits cultivés ont lu sans doute et admiré les trois volumes que M. StroAvski a fait paraître sur Pascal et son temps. L'auteur, qui écrit une histoire du sentiment religieux en France au A F//« siècle, n"a eu garde d'oublier la partie mystique ou apologétique de l'œuvre de Pascal. Cependant après avoir étudié ces trois livres infiniment précieux, on garde quelquefois l'impression que M. Strowski ne s'est pas assez étendu sur les questions théologiques et religieuses où il ne se sent pas sur son propre domaine, pour revenir en hâte aux questions historiques et scientifiques dans lesquelles il excelle. L'auteur, parce que cela ne rentrait pas précisément dans son cadre, n'a pas beaucoup insisté sur l'immanentisme ou le fidéisme de Pascal, il n'a pas exposé et critiqué longuement la valeur respective des preuves extrinsèques et intrinsèques du christianisme, il
- pn relief ce qu'on pourrait app3ler le pragmatisme sants, mai. ^"^eu^^ .^^ largument du miracle estiiicom-
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aux'arguments hU.oriques, doil, à moins de tomber *» •InoréluUté, en appeler uniquement à l'-Per-"- -'™; des âmes, au sentiment religieux éprouve. « >ous sa^on5 fr, on que le christianisme est la véritable religion parce ;:;°nrs :« avons rintuition et comme la réve.aUon mt.me^ Pratiauez-le, recueillez-vous, invoquez le Chr.»t et vou sCe" à n'en pas douter qu'il est toujours présent a votre Llqu-il agit en vous comme une réalité intérieure. La est la certitude, le bonheur et la vie. »
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C'est à celte position que le modernisme sans le dire toujours ouvertement voulait nous conduire. Yaurail-il encore des prétendus catholiques qui nourriraient l'espoir secret d'amener par une évolution lente le catholicisme à n'être plus qu'une religion sans dogmes, sans autorité spirituelle extérieure, sans preuves positives? Nous l'ignorons, et nous aimon mieux ne pas le croire. Mais en tout cas, l'entreprise ou l'espérance serait absurde. Le catholicisme cesserait d'être, s'il n'était plus qu'un déisme quelconque, ou un protestantisme très libéral.
On n'en peut venir Ti, on ne peut pas ne recourir qu'à l'expérience intime. Sur ce point tous les docteurs et savants catholiques sont d'accord. Cependant ils ne pensent pas toujours de même sur d'autres questions. Quelle part faut-il faire dans l'apologétique au raisonnement, aux preuves positives, à l'actioa, à l'intuition; quelle méthode doit-on suivre? Les partisans d'une philosophie de la \oîonléou de l'intelligence, attribuent naturellement plus au moins d'importance au sentiment et au raisonnement. La méthode d'immanence a une tendance très sensible à faire passer au second plan les preuves extrinsèques ou métaphysiques, et à donner au cœur, dans la genèse de la foi, la prépondérance. Les neo-scolastiques et les thomistes considèrent celte tendance avec quelque crainte. Ce n'est pas que tous admirent et professent un intellectualisme absolu et intransigeant. Beaucoup estiment et démontrent qu'un thomisme bien entendu, peut faire au sentiment et à l'action une part considérable, en conservant cependant aux données métaphysiques et aux preuves positives en apologétique, un rôle prépondérant.
Or, telle est l'autorité de Pascal que tout le monde le veut avec soi. Quelle est donc son opinion véritable ? Nous ne le saurons qu'après avoir étudié soigneusement son œuvre et sa vie. L'apologétique de Pascal, en effet, n'est pas séparable de sa vie, et surtout de sa vie intime et religieuse. Il est donc impossible de bien saisir le caractère général de l'Apologie qu'il projetait, l'ordre, le dessein, la méthode, le plan qu'il se proposait de suivre, la valeur respective qu'il attribuait aux preuves psychologiques et extrinsèques de la religion,
sans avoir d'abord étudié le développement, révolution intime de son âme, et principalement celte conversion qui l'amena d'une existence scientifique et mondaine à un catholicisme fervent.
Or si cette conversion n'est que l'histoire d'une année, cependant pour la comprendre parfaitement, il est indispensable de se rendre compte de l'éducation chrétienne qu'avait reçue Pascal dans sa famille, de l'influence que le jansénisme exerça ensuite sur sa pensée et ses sentiments, de l'importance psychologique, artistique, morale, philosophique qu'eut dans la formation de son caractère, la période mondaine.
De plus, comme pour se faire une idée exacte de la conversion de Pascal, il ne suffit pas de connaître le point d'où il est parti, mais encore le terme auquel il est arrivé, nous devons nécessairement aussi analyser la vie mystique qu'il embrassa en sortant du monde. De sorte que c'est toute son existence religieuse que nous nous proposons d'étudier.
Et notons bien que la connaissance de la vie intime de l'auteur des Pensées est particulièrement nécessaire à l'intelligence de son apologétique. Car Pascal, à l'exemple de Montaigne, de la plupart des moralistes et des philosophes psychologues et religieux, a tiré en grande partie de son expérience même la nature des arguments et la méthode de son Apologie. Xous pouvons parfaitement bien concevoir les Eléments d'Euclide, sans rien savoir de l'auteur, nous ne pouvons pas bien comprendre les Pensées sans être familiarisés avec l'existence intime de Pascal.
Cette existence intime, nous la concevons comme une longue ascension continue vers Dieu. Dans cette ascension il il y eut des étapes et même à une époque donnée un sensible recul ; mais Pascal au fond ne cessa jamais de rechercher la vie la plus parfaite. Ce qui le mena toujours ce fut ce que l'on pourrait appeler lïnstinct de la perfection, le désir inquiet du vrai, du beau, du bien, de Dieu. Il demanda d'abord la plénitude de la vie aux recherches scientifiques ; ayant reconnu que ce n'était point là la vie parfaite, il se convertit au jansénisme. Cette religion austère n'ayant pas
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satisfait ses exigences de sentiment, il s'engagea dans le monde. Mais la vie mondaine ne lui donna que des besoins plus grands de certitude et d'amour sans les remplir. Les plaisirs du monde l'écœurèrent. Ce fut le commencement de son retour à la vie religieuse, à un jansénisme non plus absolu, comme autrefois, mais modéré. Pascal pénitent et converti se jeta daus les bras de Jésus-Christ et il trouva dans le Rédempteur la certitude, la paix profonde, la vie parfaite dans laquelle il mourut.
Dans son Apologie, Pascal ne faisait qu'ériger en méthode la voie qui l'avait conduit au'christianisme intégral. Parlant de l'étude de la nature humaine, il analysait l'âme et le cœur de l'homme pour en étudier les multiples et infinis besoins, et il démontrait que ni la science, ni la philosophie, ni les divertissements mondains ne peuvent combler le vide que tout honnête incroyant qui s'étudie trouve en lui-même, et que le christianisme seul le peut faire.
Ensuite il entreprenait de démontrer par les preuves extrinsèques, parles prophéties, par les miracles, par la vie de Jésus-Christ, par son établissement prodigieux, que le christianisme, est bien la seule religion véritable. Enfin, comme l'incrédule pouvait hésiter encore à croire, il lui enseignait que la foi est un don de Dieu, qu'il la faut demander parla prière, et s'y disposer néanmoins en s'exerçant aux pratiques de la religion chrétienne.
La vie religieuse de Pascal et son apologétique tel est donc le double objet de notre étude. Nous n'avons pas à traiter spécialement la question des Provinciales, ni à nous occuper autrement des travaux scientifiques de Pascal. Ce n'est pas que ces questions n'aient eu une influence importante sur son apologétique. Mais nous avons tenté de nous en tenir au strict nécessaire.
Pascal écrivait : « Certains auteurs, parlant de leurs ouvrages, disent : u Mon livre, mon commentaire, mon histoire, etc.. » Ils sentent leurs bourgeois qui ont pignon sur rue, et toujours unu chez moin à la bouche. Ils feraient mieux dédire : Notre livre, notre commentaire, notre histoire, etc.. » vu que d'ordinaire il y a plus en cela du bien d'autruique du leur. »
Nous avouons èlre dans ce cas. Nous avons tout d'abord usé et abusé des citations, on nous le pardonnera, nous avons voulu mettre le lecteur en contact direct avec la pensée de Pascal. Ce n'est point notre seule dette. Si nous retranchions, en plus des Pensées que nous avons transcrites, tout ce qui est dû aux livres de MM. Strowski, Michaut, Giraud, Brunschvicg, Boulroux, Sully-Prudbomme, Vinet, Brunetière, Sainte-Beuve etc.. nous ne voyons pas ce qu'il resterait de cette étude. Gomme nous avons puisé à des sources excellentes, il y aura au moins de bon en cet ouvrage ce que nous avons emprunté.